Annale corrigée Contraction de texte et essai

La tête dans les étoiles

Sujet d’écrit • Contraction – Essai

La tête dans les étoiles

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • Hubert Reeves (1932-2023), astrophysicien québécois et grand vulgarisateur scientifique, nous invite à plonger notre regard dans le ciel étoilé afin de mieux apprendre à nous connaître.

 

1. Contraction • Vous résumerez ce texte en 192 mots. Une tolérance de +/– 10 % est admise : votre travail comptera au moins 173 mots et au plus 211 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de la contraction, le nombre total de mots utilisés.

2. Essai • En quoi le goût de la science s’enracine-t-il dans une expérience concrète du monde ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les Entretiens sur la pluralité des mondes de Fontenelle, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du xvie au xviiisiècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Document 

En période de crise économique, on est tenté de réduire les budgets de la recherche, de les concentrer sur les projets à rentabilité immédiate. Invité récemment par l’université de Montréal à défendre les objectifs de la recherche fondamentale, j’ai choisi d’évoquer l’angoisse pascalienne devant le silence des espaces sidéraux. Trois siècles nous séparent de Pascal. Des milliers de chercheurs, humbles ou célèbres, dans des laboratoires éparpillés à la surface du globe, ont scruté les mystères des atomes et des galaxies.

Grâce à leurs travaux, nous savons que le ciel ne nous est pas étranger. Nous lui devons l’existence. Sur cette thèse, la majorité des scientifiques est aujourd’hui d’accord. Il s’agit d’un acquis à l’échelle de l’humanité. La valeur de cet acquis déborde, me semble-t-il, le domaine purement intellectuel. À plusieurs reprises, des témoignages épistolaires1 m’ont fait sentir son influence positive au plan psychologique. Pour paraphraser l’Évangile2 : « L’homme ne se nourrit pas que de pain » … La recherche fondamentale peut-elle trouver meilleure justification ?

L’histoire ancienne de l’être humain se passe en grande partie dans le ciel. C’est à l’intérieur des étoiles que se forment les noyaux des atomes qui composent notre corps, le carbone, l’azote, l’oxygène et les autres. C’est dans les espaces froids entre les étoiles que les atomes se combinent pour constituer les molécules de notre vie : l’eau, le gaz carbonique, etc. Ces molécules, nous les observons dans les nuages ou nébuleuses interstellaires, comme la nébuleuse d’Orion. Ce sont d’immenses nappes de matière visibles dans la Voie lactée.

Pour bien percevoir la réalité de cette histoire, je recommande au lecteur de se familiariser avec la voûte étoilée, visible au-dessus de nos têtes par les belles nuits sans Lune. Qu’il reconnaisse les constellations, qu’il arpente des yeux la majestueuse Voie lactée et son cortège de nuages sombres et lumineux. Qu’avec des jumelles (ou un télescope) il admire la nébuleuse d’Orion ou la grande galaxie d’Andromède­. La narration prendra un relief autrement saisissant…

L’éclairage électrique est, bien sûr, une invention épatante. Pourtant­, tout n’est pas que bénéfice. L’habitant d’une grande ville ne voit plus le ciel étoilé. « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles3 » lui est étrangère. Qui, de nos jours, sait reconnaître les constellations ? L’homme antique vivait en étroite relation avec le ciel nocturne. La nuit tombée, les étoiles devenaient sa réalité, son contact avec le vaste univers. Les lampadaires ont éteint le ciel et rompu la relation. Les étoiles, aujourd’hui, sont des êtres fictifs.

Un incident m’a révélé l’étendue de cette aliénation4. Les moniteurs d’une colonie de vacances m’avaient invité à « montrer » les étoiles aux enfants. Le ciel était couvert. Je me présente à la colonie avec quelques photographies astronomiques à commenter. « Ce n’est pas cela que nous voulons, me dit un moniteur. Pourquoi ne pas nous montrer les constellations ? » À mon grand étonnement, j’ai dû lui expliquer que les constellations ne sont pas visibles quand le ciel est couvert, parce que les nuages nous empêchent de les voir. Ce garçon n’avait jamais quitté la ville. La réalité du ciel étoilé lui était totalement étrangère. En fait, il ne la connaissait, m’a-t-il dit, que par le cinéma.

Il s’agit d’un cas un peu extrême, mais qui illustre un phénomène assez général : l’aliénation de l’homme moderne par rapport à la nature. Les impératifs du confort nous imposent un cadre de vie physique artificiel, fait de matériaux préfabriqués, de produits aseptisés et d’air conditionné. Nos voitures sont des forteresses de métal qui nous présentent le monde à travers leurs vitres teintées.

Le « primitif », Indien d’Amérique, Aborigène d’Australie, possédait son territoire. Sur des dizaines de kilomètres carrés, la moindre colline, la moindre caverne lui étaient familières. Le citadin d’aujourd’hui se contente de reconnaître son entrée d’autoroute et l’endroit où il peut garer sa voiture ! La ville de Tokyo est un incroyable labyrinthe de rues sous lequel on a creusé un métro très moderne. La majorité des habitants n’ont aucune idée de la géométrie de leur ville. Il m’a fallu beaucoup de démarches pour en obtenir un plan détaillé. Un soir, après un spectacle de théâtre kabuki5, des amis japonais m’ont proposé de poursuivre la soirée dans une autre salle de spectacle. Il fallait, selon eux, prendre le métro et effectuer deux changements de ligne. En consultant mon plan, j’ai constaté, à leur grande surprise, qu’il suffisait de marcher dix minutes…

Pour s’approprier un territoire, il faut l’arpenter longtemps. Avec les pieds pour le sol, avec les yeux pour le ciel. Reconnaître les étoiles, les constellations, c’est habiter l’espace, c’est sentir notre appartenance cosmique.

Hubert Reeves, Poussières d’étoiles, © Éditions du Seuil, 1984, 1994, 2008.

1. Épistolaires : par lettres.

2. L’Évangile : texte biblique.

3. « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » est une citation de Corneille (Le Cid, acte iv, scène 3).

4. Aliénation : fait de devenir étranger à quelque chose ou à soi-même.

5. Kabuki : genre théâtral traditionnel japonais.

 

Les clés du sujet

Observer le texte à contracter

Énonciation

Texte à la 1re personne.

Thèse

L’observation de la nature est indispensable aux êtres humains.

Composition

1. Il faut défendre la recherche astronomique. (l. 1-25, §1-3)

2. Les hommes devraient se familiariser avec le ciel étoilé. (l. 26-51, §4-6)

3. La vie moderne nous coupe de notre environnement naturel. (l. 52-74, §7-9)

Chercher des idées pour l’essai

1. L’observation du monde, base de la curiosité scientifique

Trouvez des exemples historiques d’observation du monde qui ont donné lieu à des découvertes scientifiques.

2. Le plaisir d’approfondir ses connaissances et de comprendre le monde

Montrez que, au-delà de l’observation, le goût de la science naît également de l’expérimentation et d’une soif de savoir. En quoi cette attitude suscite-t-elle du plaisir ?

3. La littérature pour donner le goût de la science

En quoi la vulgarisation littéraire permet-elle de stimuler un goût pour la science ?

1. Contraction

En temps de crise économique, la recherche est souvent menacée, car jugée moins rentable à court terme. Or, nous devons prendre sa défense : la science moderne a montré que nous devons notre existence humaine au ciel. Les atomes et les molécules qui nous composent et qui sont indispensables à la [50] vie, viennent de l’espace intersidéral.

Les êtres humains devraient donc s’intéresser davantage aux constellations qui peuplent le ciel nocturne, apprendre à les reconnaître. Cependant la lumière artificielle des villes, bien qu’elle ait ses avantages, nous empêche parfois de discerner les étoiles et nous coupe de cette réalité [100]. Certains d’entre nous ne connaissent le ciel étoilé qu’à travers les représentations, notamment cinématographiques, qu’on peut en voir.

à noter

Résumez les exemples déve­loppés dans le texte original (le moniteur de colonie, les Aborigènes d’Australie, les amis japonais) pour n’en garder que l’idée essentielle.

Cette aliénation s’étend à nos modes de vie modernes qui nous éloignent de la nature. Notre environnement est devenu trop artificiel pour nous permettre de l’appréhender véritablement [150], de savoir quels sont les éléments naturels qui le composent. Les citadins n’ont plus conscience du territoire qui les entoure, ne savent plus s’y orienter. Il faut que nous réapprenions à habiter vraiment la terre et le ciel pour retrouver notre place dans l’univers.

197 mots

2. Essai

Les titres des parties ne doivent pas figurer dans votre copie.

Introduction

La recherche scientifique naît du besoin de comprendre le monde qui nous entoure et d’en expliquer ses phénomènes. Dès l’Antiquité, les philosophes grecs observaient la nature et les astres pour en déduire des principes physiques et mathématiques. La connaissance naît de l’observation empirique du réel sensible et de l’expérimentation, qui sont au fondement de la démarche scientifique moderne. Comment l’observation du monde développe-t-elle un intérêt pour la science ? Nous verrons que l’observation du monde peut être la base de la curiosité scientifique ; nous étudierons ensuite le plaisir que l’on éprouve à approfondir ses connaissances ; nous montrerons enfin que le goût de la science s’ancre dans sa transmission par la littérature.

I. L’observation du monde, base de la curiosité scientifique

Les scientifiques se sont souvent opposés aux religieux qui expliquaient le monde comme une création divine, une vérité révélée. À l’inverse, les savants ont cherché à comprendre son fonctionnement à partir de son observation.

Certaines des plus grandes découvertes scientifiques trouvent leur origine, souvent légendaire, dans l’observation concrète du monde.

des points en +

Ce serait en plongeant dans son bain qu’Archimède (287 av. J.-C.-212 av. J.-C.) aurait découvert la « poussée » qui porte son nom, et en recevant une pomme sur la tête qu’Isaac Newton (1643-1727) aurait eu l’idée de la loi de la gravitation universelle.

Les mathématiciens de la Grèce antique utilisaient le gnomon (un bâton planté verticalement dans le sol) pour observer, grâce à son ombre, les déplacements du Soleil. Les astronomes antiques scrutaient le ciel à l’œil nu et donnaient des noms imagés aux constellations.

Dès la Renaissance, les grands explorateurs sont passés de l’observation à la découverte du monde. Dans son Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil, Jean de Léry part à la découverte des Indiens Tupinamba, cherchant à comprendre leurs rituels et leurs modes de vie ; son récit de voyage est un exemple précurseur de la science ethnographique moderne.

Dans cet extrait, Hubert Reeves souligne l’importance des éléments naturels auxquels nous ne prêtons plus attention, mais qui peuvent pourtant nous donner le goût de la compréhension de notre environnement.

II. Le plaisir d’approfondir ses connaissances et de comprendre le monde

Mais la simple observation du monde ne suffit pas toujours pour conserver ce goût de la science. Le scientifique doit prouver ce qu’il pressent, vérifier ses hypothèses à travers l’expérience qui ouvre la voie à la réalité du monde.

Dans les Entretiens sur la pluralité des mondes, Fontenelle met en lumière ce désir de compréhension qui est à la source de sa propre curiosité scientifique. Il « tire le rideau » du spectacle de la nature, semblable à celui de l’Opéra, et cherche à comprendre comment fonctionnent les coulisses de ce théâtre où sont dissimulés les rouages et les mécanismes du monde.

La marquise questionne le philosophe pour appréhender le fonctionnement des astres. Fontenelle retrace alors l’histoire de leur observation et de leur conceptualisation, en se référant d’abord à Ptolémée, puis en s’appuyant sur les dernières découvertes de Nicolas Copernic (1473-1543). La quête de vérité se double d’un plaisir : pour la marquise, celui d’une initiation enthousiasmante ; pour le philosophe, celui d’une transmission inventive et efficace.

Nous-mêmes sommes également confrontés à des situations concrètes de la vie quotidienne qui peuvent engendrer le plaisir d’une recherche, d’une quête de la vérité. Se questionner nous amène alors à mettre en œuvre des démarches d’expérimentation qui peuvent elles-mêmes être sources de plaisir.

des points en +

Appuyez-vous aussi sur votre propre expérience concrète du monde. Vous pouvez, par exemple, évoquer un produit de consommation courante dont les bienfaits auraient été vantés par la publicité, mais dont vous révélez les mensonges publicitaires et la véritable composition.

III. La littérature pour donner le goût de la science

Cependant, c’est aussi la transmission de cette expérience concrète du monde par la littérature qui renforce le goût de la science.

Les récits fictifs peuvent notamment le susciter efficacement. Dès le xviie siècle, dans Les États et Empires de la Lune et du Soleil (1657), Cyrano de Bergerac invente des voyages interplanétaires et tisse ainsi un lien entre curiosité scientifique et imagination. Ces récits se sont réalisés trois cents ans plus tard, lorsque les hommes sont allés sur la Lune.

De même, la vulgarisation permet une démystification de ce qui paraît difficile d’accès, voire obscur. Ainsi, dans ses Pensées sur la comète (1694), Pierre Bayle montre que les événements astronomiques d’apparence extraordinaire sont en fait explicables. L’auteur transforme cette observation en une leçon générale contre les fausses croyances et les superstitions.

Les travaux de vulgarisation peuvent également présenter de manière attrayante des concepts scientifiques au lecteur. Déjà dans ses Entretiens, Fontenelle se plaît à présenter les concepts les plus complexes sous l’angle poétique et imagé, la Voie lactée devenant ainsi une « fourmilière d’astres ».

Dans Poussières d’étoiles, Hubert Reeves, grand vulgarisateur contemporain, encourage le lecteur à contempler le ciel étoilé pour repérer les constellations comme Orion ou la Grande Ourse, et à méditer face à cette grandeur infinie. Cette observation peut ainsi devenir le point de départ d’une réflexion plus large sur notre propre place au sein de l’univers.

Conclusion

Le goût de la science prend donc bien sa source dans une expérience concrète du monde, à la fois par l’observation, par l’expérimentation, mais aussi par le biais de la vulgarisation littéraire. Il est essentiel, encore aujourd’hui, de conserver ce regard curieux sur le monde qui nous entoure afin d’apprendre à mieux nous connaître.

Pour lire la suite

Je m'abonne

Et j'accède à l'ensemble
des contenus du site

Commencez vos révisions !

  • Toutes les matières du programme
  • Les dernières annales corrigées et expliquées
  • Des fiches de cours et cours vidéo / audio
  • Des conseils et méthodes pour réussir ses examens
  • Pas de publicité

J'accède gratuitement à
3 contenus au choix

S'inscrire

J'accède dès 7,49€ / mois
à tous les contenus

S'abonner