La vérité

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : La vérité
 

sujet de type bac – Explication de texte

Dégagez l’idée principale du texte suivant, puis expliquez les étapes de son argumentation.

Qu’est-ce qu’un jugement vrai ? Nous appelons vraie l’affirmation qui concorde avec la réalité. Mais en quoi peut consister cette concordance ? Nous aimons à y voir quelque chose comme la ressemblance du portrait au modèle : l’affirmation vraie serait celle qui copierait la réalité […] Prenons une vérité aussi voisine que possible de l’expérience : « la chaleur dilate les corps ». De quoi pourrait-elle bien être la copie ? Il est possible, en un certain sens, de copier la dilatation d’un corps déterminé à des moments déterminés, en la photographiant dans ses diverses phases. Mais une vérité qui s’applique à tous les corps, sans concerner spécialement aucun de ceux que j’ai vus, ne copie rien, ne reproduit rien […] Une proposition telle que « la chaleur dilate les corps », proposition suggérée par la vue de la dilatation d’un certain corps, fait que nous prévoyons comment d’autres corps se comporteront en présence de la chaleur ; elle nous aide à passer d’une expérience ancienne à des expériences nouvelles ; c’est un fil conducteur, rien de plus. La réalité coule, nous coulons avec elle ; et nous appelons vraie toute affirmation qui, en nous dirigeant à travers la réalité mouvante, nous donne prise sur elle et nous place dans de meilleures conditions pour agir.

Henri Bergson, Sur le pragmatisme de William James, 1911.

Corrigé

Bergson propose ici une définition de la vérité qui se distingue fermement de celle qui domine depuis Thomas d’Aquin. Un jugement vrai n’est plus un énoncé conforme à l’état de choses qu’il décrit, mais un énoncé qui nous donne un pouvoir sur la réalité. L’argumentation en faveur de cette redéfinition de la vérité se fait en trois temps.

Bergson rappelle d’abord la définition classique de la vérité : on définit en général la vérité comme concordance entre une affirmation et la réalité. Il demande alors ce que peut être cette concordance, et affirme que nous nous la représentons comme une ressemblance entre la pensée et le réel, comme si la pensée venait copier ou photographier les choses.

Or un exemple va montrer que cette idée de ressemblance ou de copie n’a aucun sens. Parler de la chaleur ou des corps, c’est parler de choses générales et non pas d’une réalité particulière que l’on pourrait reproduire. Dire que « la chaleur dilate les corps », ce n’est donc pas copier avec des mots quelque chose que l’on verrait. La vérité n’est pas une ressemblance entre la pensée et le réel.

Bergson finit en donnant une autre définition : une pensée vraie n’imite pas le réel mais nous donne un pouvoir sur lui. Un énoncé est vrai quand, grâce à lui, je peux prévoir ou agir sur le réel. Dire que « la chaleur dilate les corps », c’est savoir que la glace en fondant prendra davantage de volume. Cela facilite mon action. On dit que l’énoncé est pragmatique.

Remarque : Cette définition de la vérité est appelée pragmatique. Bergson l’emprunte au philosophe américain William James (1842-1910), fondateur du pragmatisme. Ce texte est donc l’exposé de la conception pragmatique de la vérité.