France métropolitaine 2025 • Dissertation
SPRINT FINAL
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DISSERTATION
Intérêt du sujet • L’explication scientifique du changement climatique se heurte parfois à l’indifférence, quand elle n’est pas remise en cause par des discours qui n’ont rien de scientifique. Mais comment se fait-il que des vérités de ce type puissent être ignorées ou contestées, et paraissent alors étrangement impuissantes ?
Les clés du sujet
Définir les termes du sujet
La vérité
La vérité désigne le rapport adéquat de l’esprit à la réalité : en ce sens, est dite vraie une proposition ou une représentation qui correspond à ce qui est. Le contraire de la vérité est alors le mensonge, l’illusion ou le préjugé.
En un sens plus spécifique, est vraie une proposition conforme aux règles logiques – on parle alors de vérité logique ou de vérité-cohérence. Le contraire du vrai est alors le faux, ou l’erreur.
Est-elle toujours
La vérité est-elle convaincante par nature, s’agit-il d’une caractéristique essentielle de la vérité, ou cette caractéristique n’est-elle qu’accidentelle et extérieure à la vérité ?
Il convient de s’interroger sur les conditions auxquelles une vérité est susceptible d’être accueillie ou reconnue.
Convaincante
Ce qui est propre à nous convaincre, (du latin convincere, qui signifie vaincre avec) est ce qui est capable de nous conduire à penser une chose, ce qui emporte notre adhésion.
Si un discours est convaincant, c’est qu’il nous permet de mettre fin à une hésitation, une incertitude. On distingue en ce sens le discours
Dégager la problématique

Construire un plan
1. La vérité est convaincante par elle-même | Si la vérité rationnelle s’impose à nous par l’évidence et la certitude, la vérité révélée dispose d’une même force. Mais comment expliquer que la vérité ne s’impose pas toujours ? |
2. La vérité peine à nous convaincre | Elle se heurte à des obstacles psychologiques ou sociaux, parce qu’elle nous oblige à agir. Faut-il pour autant renoncer à la vérité ? |
3. La vérité est plus désirable que convaincante | Une vérité impuissante est une vérité que nous ne sommes pas prêts à accueillir ou à chercher. Il nous revient alors de nous convaincre de sa valeur. |
Les titres en couleurs et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.
Introduction
[Reformulation du sujet] Suffit-il qu’une idée soit vraie pour que nous acceptions de la reconnaître ? A priori, nous n’avons pas le choix : une fois démontrée, révélée ou prouvée, la vérité s’impose à nous. Si le menteur doit nous convaincre qu’il dit vrai, de quoi devrait donc nous convaincre la vérité, puisqu’elle est la vérité ? Mais comment expliquer que même des vérités
1. La vérité est convaincante par elle-même
Le conseil de méthode
Attention à ne pas dresser une liste d’exemples de vérités qui seraient convaincantes et de vérités qui seraient douteuses, une argumentation n’est pas une succession d’exemples.
A. La vérité nous apparaît dans l’évidence
On pourrait d’abord penser que la vérité n’est pas sujette à débat : si je ne suis pas convaincu par une idée, si je doute, c’est que je ne sais pas encore qu’elle est vraie. La vérité, explique Descartes dans les Règles pour la direction de l’esprit, se donne à moi comme ce qui résiste au doute, si bien qu’on peut penser qu’elle est dotée d’une force propre. L’intellect doit suivre une méthode pour l’atteindre, mais qu’elle soit issue d’une intuition ou d’une démonstration, elle est accessible à tout sujet rationnel et s’impose à lui comme une évidence.
B. La vérité possède sa propre force
Les vérités de raison nous convainquent parce que chacun dispose du pouvoir de les vérifier : comme les axiomes, les théories scientifiques ne dépendent pas de la contingence de la vie humaine. Si la théorie de la relativité d’Einstein était effacée des archives humaines, n’y aurait-il pas toutes les chances qu’elle réapparaisse sous un autre nom ?
La vérité religieuse, objet d’une révélation, et qui ne peut donc être vérifiée, s’impose pourtant, elle aussi, avec cette force qu’évoque Pascal dans le Mémorial à propos de sa nuit de feu : « Certitude, certitude, sentiment, joie, paix. » N’est-ce donc pas une caractéristique essentielle de toute vérité que d’être convaincante ?
[Transition] Mais si la vérité dispose de cette force de conviction, comment se fait-il qu’elle ne parvienne pas à s’imposer à tous ?
2. La vérité peine à nous convaincre
A. La vérité est fragile
Si la vérité de raison est donc convaincante, la vérité de fait paraît plus vulnérable. C’est ce que montre Hannah Arendt en reprenant à son compte, dans Vérité et politique, la distinction faite par Leibniz entre vérités de raison et vérités de fait.
Ces dernières (un événement passé, par exemple) ne reposent pas sur des preuves formelles, mais sur des preuves empiriques, toujours falsifiables. Contingentes, car dépendantes du discours et de la mémoire des hommes, elles sont susceptibles d’être requalifiées au rang de simples opinions, dont on peut débattre. Est-il vraisemblable, après tout, que l’homme soit allé sur la Lune ? De manière générale, le réel n’est-il pas parfois si peu vraisemblable qu’il suffit d’être un tant soit peu persuasif pour m’en faire douter ?
définitions
Persuader, c’est amener quelqu’un à croire ou à faire une chose en s’adressant à sa sensibilité, alors que convaincre implique de s’adresser à sa raison en développant des arguments.
B. La haine de la vérité
Il semble en outre que l’on puisse faire le choix de l’illusion et de l’erreur contre toute vérité. Dans l’Allégorie de la caverne, les prisonniers de Platon sont convaincus que les ombres sont la réalité, si bien que quand l’un d’eux se libère, contemple la vérité (l’éclat brûlant du soleil) et revient dire à ses camarades qu’ils se trompent, ces derniers ne sont pas seulement sceptiques, mais ils menacent de le mettre à mort. « Platon ne fournit aucune explication à leur amour pervers pour l’erreur et la fausseté », remarque Arendt. De fait, si les prisonniers tenaient seulement leur camarade pour fou, ils ne voudraient pas sa mort. Comment expliquer leur réaction ?
C. La post-vérité
C’est peut-être que la vérité dérange en ce qu’elle nous force à agir, à sortir de notre passivité de spectateurs. Le concept contemporain de post-vérité désigne la dilution des critères du vrai et du faux dans un espace public saturé d’informations : toute vérité est désormais soupçonnée de n’être qu’une opinion. Si la vérité ne nous convainc plus, n’est-ce pas en raison de la circulation massive des opinions, qui jettent sur les faits et les vérités scientifiques l’ombre du doute et du relativisme ?
[Transition] Mais finalement, la force de conviction de la vérité ne repose-t-elle pas entièrement sur notre capacité à l’accueillir et à la chercher ? Ne nous revient-il pas de valoriser la vérité ?
3. La vérité est plus désirable que convaincante
A. La vérité est précédée par le désir que nous en avons
Une vérité convaincante serait alors une vérité dont nous sommes convaincus que nous devons la rechercher. En présentant, dans le Phèdre, l’idée de la beauté comme la seule Idée vraie qui ait un éclat dans le monde sensible, et seule capable, à ce titre, de faire naître en nous un désir de vérité, Platon souligne la dimension affective de notre rapport à la vérité : il nous faut en effet sentir qu’elle est précieuse pour la rechercher. Mais comment faire naître ce désir s’il est absent ?
B. La vérité est nécessaire pour agir
S’il est vrai que nous imaginons plus facilement un monde sans vérité qu’un monde sans liberté ou sans justice, la faute n’en revient pas à la vérité, mais au rapport que nous entretenons avec elle. Il reviendrait alors à l’éducation de nous convaincre de la valeur de la vérité, de nous faire comprendre qu’elle est désirable, et qu’il importe de lutter non seulement contre l’ignorance, mais aussi contre le mensonge qui la dévalorise. En effet, contrairement à l’ignorance, qui se corrige, le mensonge délibéré de celui qui nie les faits ne connaît pas de remède.
Si le menteur est souvent plus convainquant que le diseur de vérité, remarque Arendt, si le mensonge est parfois plus vraisemblable que le réel, la seule issue est pourtant de persister à dire la vérité dans l’espace public. Et d’en saisir l’enjeu : le résultat de la substitution des mensonges aux vérités de fait n’est pas seulement que le mensonge passera pour vrai, mais que « le sens par lequel nous nous orientons dans le monde réel – et la catégorie relative à la fausseté compte parmi les moyens de cette fin – se trouve détruit ». Autrement dit, si nous perdons de vue les critères permettant de distinguer le vrai du faux, nous ne pouvons plus dialoguer, juger ni agir, et nous sommes livrés aux opinions contradictoires qui prospèrent dans l’espace public.
Conclusion
Si la vérité nous semble parfois impuissante à convaincre, ce n’est donc pas tant en raison de son absence de force que de notre propre faiblesse. Nous seuls portons en effet la responsabilité d’une vérité devenue incapable de convaincre. La puissance de la vérité, sa capacité à guider nos actions, dépend finalement de notre capacité à nous convaincre de sa valeur, et à faire d’elle une exigence et un principe.