La vérité peut-elle être relative ?

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : La vérité
Type : Dissertation | Année : 2013 | Académie : Antilles, Guyane


Antilles, GuyaneSeptembre 2013

dissertation • Série S

La vérité peut-elle être relative ?

Les clés du sujet

Définir les termes du sujet

La vérité

La vérité désigne, dans son sens le plus général, le caractère des jugements (et des propositions qui les expriment) capables de fonder un accord entre les esprits. La vérité renvoie à des choses et à ce qu’on en dit. Elle désigne ainsi ce qui est, soit un fait (synonyme de réalité), soit une proposition.

Peut-elle être

L’expression interroge la possibilité au sens d’une éventualité pour une vérité d’être relative. Il s’agit aussi de se demander si c’est légitime, autrement dit de savoir si une vérité relative est encore une vérité.

Relative

Relatif désigne ce qui n’a pas sa raison d’être en soi : dépendant, imparfait, ou à resituer dans un contexte. Il s’oppose à absolu qui désigne ce qui se suffit à soi-même pour exister, pour être vrai : indépendant, autosuffisant, et par suite complet, total.

Dégager la problématique et construire un plan

La problématique

La vérité, désignant l’exacte conformité entre un jugement et la réalité jugée, a pour caractéristique l’objectivité, c’est-à-dire qu’elle désigne ce qui n’est pas subjectif, relatif au sujet qui l’énonce. Dès lors qualifier la vérité de relative serait la confondre avec ce à quoi elle s’oppose : l’opinion, relevant d’un jugement subjectif, singulier.

Pourtant, si l’on considère l’histoire des sciences, on s’aperçoit qu’une vérité procède par réfutations et rectifications. Selon les époques, les méthodes et les choix des scientifiques diffèrent, le critère de vérité change : la vérité peut-elle être relative ?

Le plan

Il s’agira d’abord de montrer que la vérité n’est pas relative en réfutant le relativisme qui confond la vérité et l’opinion.

Ensuite, il faudra nuancer ce propos par la description de la méthode expérimentale en science qui montre que la vérité n’est pas un absolu.

Enfin, une troisième partie établira que si la vérité est « construite » par le sujet de la connaissance, elle n’est pas pour autant une opinion.

Éviter les erreurs

Ce sujet est un sujet classique qui porte sur la notion très générale de vérité. Il ne faut pas se contenter de réciter le cours mais essayer de problématiser à partir du repère « relatif/absolu ». Il faudra également faire intervenir le repère « objectif/subjectif » pour traiter ce sujet.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

« Cette phrase est fausse » est la formulation la plus simple du paradoxe du menteur. Ou bien la phrase est fausse, mais alors elle est vraie, ou bien elle est vraie, mais alors elle est fausse. Cet exemple souligne le décalage possible entre un énoncé et la réalité à laquelle il renvoie. La vérité se présente d’abord comme ce qui est formulé par une personne dans une proposition. Ainsi la vérité serait relative au sujet qui l’énonce. Mais alors la vérité peut-elle être relative ?

Conseil

On a ici en filigrane le plan du devoir, les trois derniers paragraphes de l’introduction correspondant aux trois parties du devoir.

 

Qu’une vérité soit relative signifie qu’elle dépend du sujet qui l’énonce, qu’elle est subjective. Or s’il y a autant de vérités que d’individus, la communication devient impossible car chacun soliloque avec ses affirmations et ses définitions, et la vérité n’existe plus. Elle se confondrait avec l’opinion. La vérité doit être objective, c’est-à-dire universelle et nécessaire.

Pourtant, la vérité en science progresse grâce à de nombreuses rectifications, et même des réfutations. En ce sens elle ne serait pas non plus un absolu.

Il s’agira alors dans une dernière partie de se demander comment une vérité peut être construite par un sujet, tout en se distinguant de l’opinion.

1. La vérité n’est pas relative

A. Le relativisme de Protagoras

Si la vérité désigne ce à quoi l’on donne son assentiment, alors elle dépend de chacun d’entre nous. Affirmer que la vérité dépend de nous c’est dire, pour reprendre le titre d’une pièce de Pirandello, À chacun sa vérité. Une telle conception relativiste est défendue par le sophiste Protagoras dans le ­Théétète de Platon. « L’homme est la mesure de toute chose » signifie qu’il n’y a pas de vérité absolue mais une multiplicité de points de vue qui varient en fonction des individus, mais aussi en fonction des époques, des lieux ou des états d’âme d’un même individu.

La vérité ne serait donc qu’un ensemble d’opinions.

B. Réfutation du relativisme

Mais Socrate démontre l’impossibilité logique d’une telle idée : en affirmant « à chacun sa vérité », on prétend détenir une vérité et donc, soit c’est vrai mais ce n’est valable que pour celui qui le dit et cela ne vaut rien, soit c’est faux et donc il existe une vérité universelle.

C. Distinction entre vérité et connaissance

Le relativisme confond vérité et opinion. Or, par définition, la vérité ne renvoie pas qu’à un simple sentiment, mais à la conformité de l’objet avec l’idée que l’on s’en fait : la vérité est signe d’objectivité. Elle se distingue de l’opinion dans la mesure où la conformité a été justifiée, prouvée ou démontrée. La vérité doit être universelle (valable partout) et nécessaire (valable en tout temps). La science pourrait donc être le lieu privilégié de la vérité.

Ainsi la vérité ne peut être relative au sens où justement sa caractéristique est de restituer avec objectivité la réalité qu’elle désigne. La vérité ne doit pas dépendre du sujet singulier qui l’énonce, et c’est à ce titre qu’elle est universelle.

[Transition] Mais si la science est le lieu privilégié de la vérité comment expliquer l’évolution de lois scientifiques ?

2. La vérité en science n’est pourtant pas un absolu

A. L’histoire des connaissances est marquée par des ruptures et des progrès

Info

Il s’agit ici d’un exemple issu de l’histoire des sciences pour s’opposer à la première partie et assurer ainsi la transition avec la seconde.

 

Comment comprendre par exemple que la lumière fut d’abord expliquée par la théorie corpusculaire de Newton puis par la théorie ondulatoire de Fresnel, pour enfin être, aujourd’hui, théorisée sous forme de quanta ? L’histoire de la connaissance, qui est aussi l’histoire de ses erreurs, ne se confond pas avec l’histoire de la vérité. En effet, une connaissance qui se trouve infirmée, contredite, n’était pas en réalité une vérité, mais une erreur qui pendant un temps a donné l’illusion d’être une vérité.

B. La vérification d’une vérité en science

Dans le cas des sciences formelles comme les mathématiques, la vérification se fait par démonstration et calcul. Dans les sciences empiriques, en revanche, on parle plutôt de confirmation ou de corroboration. Karl Popper a montré qu'on peut établir expérimentalement la fausseté d'une hypothèse, alors qu'il n'est pas possible d'en établir la vérité. Lorsque l’hypothèse a passé avec succès un contrôle qui aurait pu la « falsifier », on « confirme » une vérité qui ne vaut que « jusqu’à preuve du contraire ».

C. Conventionnalisme et pragmatisme

La vérité est relative à des méthodes et des choix scientifiques. La vérité se décline selon différents modes et différents critères. Établir une vérité fait donc l’objet de méthodes variées. Que l’on préfère telle ou telle théorie géométrique pour comprendre l’espace (Euclide, Riemann…), telle ou telle conception de la lumière, la vérité désigne finalement le point d’accord entre les esprits d’une communauté de sujets. La vérité est relative à cette communauté : elle représente alors pour elle un ensemble provisoire de conventions concernant la méthode, l’objet d’étude ou encore le modèle d’explication.

Mais ce conventionnalisme renvoie à une conception pragmatique de la vérité : entre deux systèmes d’explication, on choisit le plus pratique, celui qui augmente l’efficacité de l’action (pour faire des prévisions, soigner, être le moins onéreux possible…).

Ainsi établir une vérité relève de différentes méthodes. La vérité dépend de nous personnellement car elle engage notre capacité à pénétrer le réel, mais aussi notre capacité à raisonner, à saisir une évidence.

[Transition] La vérité doit aussi dépendre d’un « nous » collectif, garant de l’intersubjectivité mais, quand ce « nous » ne fait que poser des conventions, c’est la valeur même de la vérité qui est remise en cause, puisqu’elle n’est plus un absolu.

3. La vérité n’est ni une opinion, ni un absolu

A. La structure a priori du sujet saisit des phénomènes

Conseil

Il s’agit maintenant de concilier l’idée que la vérité ne peut être relative et en même temps qu’elle n’est pas un absolu.

 

La vérité construite par le sujet ne se confond pas avec la réalité donnée. En effet, Kant explique dans la Critique de la raison pure que la vérité dépend de la structure a priori de l’esprit humain. Une connaissance est une synthèse, entre une intuition de la sensibilité et un concept de l’entendement, qui lui donne une forme. Toute donnée de l’expérience est donc saisie par des formes a priori de la sensibilité (l’espace et le temps) et des catégories de l’entendement.

De ce fait, ce qui est appréhendé par la raison n’est pas la réalité indépendante du sujet, la chose en soi, mais la réalité en tant qu’elle est saisie par l’expérience qu’en fait l’esprit humain. La vérité qui dépend de notre structure ne saisit que les phénomènes des choses.

B. L’objectivité est garantie

La connaissance avec Kant ne porte plus sur la chose en soi, mais sur le phénomène, l’objet en tant qu’il est perçu par un sujet. Dès lors, on ne peut plus considérer la vérité comme un absolu à atteindre puisqu’elle est relative au sujet de la connaissance. Mais cette structure du sujet (catégorie de l’entendement, formes de l’intuition, c’est-à-dire espace et temps) étant commune à tout sujet, l’universalité et la nécessité de la connaissance sont garanties, mais ce n’est qu’une connaissance des phénomènes.

C. La vérité comme valeur

Enfin, on peut préférer, à la vérité et à l’effort de la raison, le plaisir, le pouvoir ou l’action comme le revendique Nietzsche. Mais la valeur de la vérité ne peut se prouver, elle ne peut se baser sur elle-même. La vérité est donc un choix ; elle dépend de nous car elle relève ainsi de notre liberté et de la définition que l’on donne à la dignité humaine. En ce sens, la vérité est relative au choix que fait le sujet de la considérer.

Conclusion

La vérité n’est pas relative au sujet de la connaissance dans la mesure où elle se distingue des opinions par son caractère objectif, c’est-à-dire universel et nécessaire.

Pourtant une vérité dépend des choix méthodologiques des scientifiques qui l’établissent. Les connaissances ont une histoire qui montre qu’une vérité est avant tout une hypothèse que l’on a confirmée, et cela jusqu’à preuve du contraire. La vérité est établie selon des choix conventionnels et pratiques.

La vérité fait l’objet d’un travail de traduction, de représentation et de formulation. Sans être le pur produit d’une invention subjective, la vérité mêle à la fois la réception d’une réalité et sa transformation. En ce sens elle n’est pas un absolu non plus. Si la vérité dépend du sujet de la connaissance, ce n’est pas dans le sens où elle serait relative à chacun mais c’est parce qu’elle dépend de la structure de tout sujet intelligent et capable de représenter logiquement la réalité. La raison du sujet serait alors le garant de son universalité.