Annale corrigée Sujet d'oral

Lagarce, Juste la fin du monde, prologue

Sujet d'oral • Explication & entretien

Lagarce, Juste la fin du monde, prologue

20 minutes

20 points

1. Lisez le texte à voix haute.
Puis proposez-en une explication.

Document 

Il s'agit du début de la pièce.

Prologue

Louis. – Plus tard, l'année d'après

– j'allais mourir à mon tour –

j'ai près de trente-quatre ans maintenant et c'est à cet âge que je mourrai,

l'année d'après,

de nombreux mois déjà que j'attendais à ne rien faire, à tricher, à ne plus savoir,

de nombreux mois que j'attendais d'en avoir fini,

l'année d'après,

comme on ose bouger parfois,

à peine,

devant un danger extrême, imperceptiblement, sans vouloir faire de bruit ou commettre un geste trop violent qui réveillerait l'ennemi et vous détruirait aussitôt,

l'année d'après,

malgré tout,

la peur,

prenant ce risque et sans espoir jamais de survivre,

malgré tout,

l'année d'après,

je décidai de retourner les voir, revenir sur mes pas, aller sur mes traces et faire le voyage,

pour annoncer, lentement, avec soin, avec soin et précision

– ce que je crois –

lentement, calmement, d'une manière posée

– et n'ai-je pas toujours été pour les autres et eux, tout précisément, n'ai-je pas toujours été un homme posé ?,

pour annoncer,

dire,

seulement dire,

ma mort prochaine et irrémédiable,

l'annoncer moi-même, en être l'unique messager,

[…]

Nous n'avons pas eu l'autorisation de reproduire les 9 lignes qui terminent le prologue. Vous pouvez retrouver le texte intégral de cette scène dans l'édition des Solitaires intempestifs (2016).

J.-L. Lagarce, Juste la fin du monde, Prologue, 1990.

2. question de grammaire. Analysez l'interrogation dans ce passage : « et n'ai-je pas toujours été pour les autres et eux, tout précisément, n'ai-je pas toujours été un homme posé ? » (l. 26-27).

 

Conseils

1. Le texte

Faire une lecture expressive

Ce prologue est une confession de Louis au public : votre lecture doit faire sentir le caractère intime et sensible de ces aveux.

Louis parle en homme lucide, qui sait qu'il va mourir : il faut que vous fassiez entendre l'aspect tragique de la situation.

Situer le texte, en dégager l'enjeu

Dans ce prologue, Louis annonce sa détermination à revenir vers les siens pour leur annoncer sa mort prochaine.

Demandez-vous en quoi ce texte exprime les tourments intérieurs du personnage.

Montrez qu'il construit une attente : Louis parviendra-t-il ou non à annoncer sa mort à sa famille ?

2. La question de grammaire

Repérez les différentes marques de l'interrogation (ponctuation, place des mots, intonation…) et demandez-vous ce qu'elles signifient sur le plan syntaxique.

Étudiez la portée pragmatique de cette interrogation : quel sens a-t-elle dans le discours ?

1. L'explication de texte

Introduction

[Présenter le contexte] Le théâtre de Jean-Luc Lagarce interroge la difficulté à dire la vérité sur soi, mais aussi la complexité des relations familiales.

[Situer le texte] Dans Juste la fin du monde, Louis revient dans sa famille après des années d'absence. Au début de l'œuvre, dans un prologue rappelant le théâtre antique, le personnage présente les raisons de ce retour : l'annonce de sa mort prochaine.

[En dégager l'enjeu] En quoi ce prologue montre-t-il les tourments intérieurs du personnage ?

Explication au fil du texte

Un personnage face à sa propre mort (l. 1-14)

Au seuil de la pièce, dans un monologue singulier, Louis se fait narrateur de sa propre vie : il annonce le thème de la pièce (un homme revient vers les siens pour leur annoncer sa mort prochaine) et crée d'emblée un sentiment d'urgence temporelle (il nous apprend que ses jours sont comptés).

La parole s'inscrit dans un futur prophétique à travers l'entêtant leitmotiv : « Plus tard, l'année d'après ». Le jeu troublant des temps verbaux donne le sentiment que Louis, conscient de sa propre disparition, est suspendu entre la vie et la mort : « j'allais mourir », « j'ai près de trente-quatre ans maintenant », « je mourrai ».

La parole est lancinante, répétitive ; le personnage ressasse cette attente solitaire. Le parallélisme insiste sur ses tourments existentiels : « j'attendais à ne rien faire, à tricher, à ne plus savoir, […] j'attendais d'en avoir fini » ; l'anaphore « de nombreux mois » inscrit cette souffrance dans une longue durée indéterminée.

Le personnage éprouve cependant le besoin physique de réagir à la mort qui vient, par une sorte de réflexe instinctif qu'exprime la subordonnée de comparaison : « comme on ose bouger parfois, / à peine / devant un danger extrême ».

La décision du retour (l. 15-27)

Revenir vers les siens n'est pas chose aisée. La répétition de la formule concessive « malgré tout » rythme l'expression de la détresse (« la peur, / prenant ce risque et sans espoir jamais de survivre »).

Le personnage annonce son choix à travers le passé simple « je décidai », qui semble constituer le verbe principal de l'unique longue phrase, aux nombreux détours, qui compose ce monologue. Il opère un retour vers sa famille, vers ses origines dans un moment de crise : « retourner les voir, revenir sur mes pas, aller sur mes traces et faire le voyage ».

Le personnage insiste lourdement sur la manière dont il doit annoncer sa mort : « lentement, avec soin, avec soin et précision […] lentement, calmement, d'une manière posée ». L'interrogation rhétorique qui suit interroge le rapport entre qui l'on est et l'apparence que l'on donne : pour sa famille, Louis est toujours apparu comme « un homme posé ».

Une annonce tragique et dérisoire (l. 28-32)

des points en +

Comme dans les tragédies antiques où une divinité pouvait prononcer le prologue, Louis ressemble à Hermès, dieu messager chargé de guider les âmes des morts vers l'autre monde.

L'objet de l'annonce est enfin prononcé comme une condamnation tragique : « ma mort prochaine et irrémédiable ». La parole revient avec insistance sur elle-même, comme s'il s'agissait pour Louis de se conforter dans une résolution difficile mais essentielle : « annoncer, / dire, / seulement dire ».

Confronté à sa finitude, Louis trouve dans la maîtrise du discours un semblant de prise sur son existence : il s'agit d'être « l'unique messager » de sa mort.

Ce besoin de s'affirmer une dernière fois, par fidélité à soi, perce à travers l'usage des pronoms de première personne : « l'annoncer moi-même ».

Conclusion

[Synthèse] Dans ce prologue, le personnage principal de la pièce expose au spectateur les raisons de sa décision de revenir près des siens. Ce faisant, il dévoile sa volonté de rester maître de sa propre destinée, ce qui est une manière de rester vivant jusqu'au bout alors que la vie lui échappe.

[Ouverture] L'épilogue de la pièce constitue un écho tragique au prologue : Louis y fera l'amer constat de son incapacité à révéler la vérité à sa famille, avec une voix d'outre-tombe : « Je meurs quelques mois plus tard ».

2. La question de grammaire

« et n'ai-je pas toujours été pour les autres et eux, tout précisément, n'ai-je pas toujours été un homme posé ? »

Cette interrogation est directe, comme le montre le point d'interrogation final, ainsi que l'intonation ascendante à l'oral. Elle est de registre soutenu : le sujet je est inversé par rapport à l'auxiliaire du verbe ai été. Elle est totale (pas de mot interrogatif introducteur limitant la portée de la question).

De forme négative, elle doit être interprétée comme une question rhétorique, qui implique le contraire de ce qu'exprime sa forme : Louis affirme ainsi qu'il a « toujours été pour les autres et eux […] un homme posé ».

Des questions pour l'entretien

Lors de l'entretien, vous devrez présenter une autre œuvre que vous avez lue au cours de l'année. L'examinateur introduira l'échange et peut vous poser des questions sous forme de relances. Les questions ci-dessous ont été conçues à titre d'exemples.

1 Sur votre dossier est mentionnée la lecture cursive d'une autre œuvre associée au parcours « Crise personnelle, crise familiale » : Le Retour au désert de Koltès. Pouvez-vous en résumer brièvement l'intrigue ?

2 Quelle est la place des enfants dans cette crise familiale ?

3 Quels points communs et quelles différences peut-on observer entre le retour de Mathilde et celui de Louis dans Juste la fin du monde ? Quelles conséquences ces retours ont-ils sur la famille ?

4 Expliquez les liens de cette pièce avec le thème du parcours.

 

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