Le bonheur

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : Le bonheur
 

SUJET de type bac – Explication de texte

Dégagez l’idée principale du texte suivant, puis expliquez les étapes de son argumentation.

Les plaisirs de la vie suffisent pour en faire une chose agréable, quand on les cueille en passant, sans en faire l’objet principal de l’existence. Essayez d’en faire le but principal de la vie, et du coup vous ne les trouvez plus suffisants. Ils ne supportent pas un examen rigoureux. Demandez-vous si vous êtes heureux, et vous cessez de l’être. Pour être heureux, il n’est qu’un seul moyen, qui consiste à prendre pour but de la vie, non pas le bonheur, mais quelque fin étrangère au bonheur. Que votre intelligence, votre analyse, votre examen de conscience s’absorbe dans cette recherche, et vous respirerez le bonheur avec l’air, sans le remarquer, sans y penser, sans demander à l’imagination de le figurer par anticipation, et aussi sans le mettre en fuite par une fatale manie de le mettre en question. Cette théorie devint alors la base de ma philosophie de la vie ; et je la conserve encore, comme celle qui convient le mieux aux hommes qui ne possèdent qu’une sensibilité modérée, qu’une médiocre aptitude à jouir, c’est-à-dire, à la grande majorité de notre espèce.

John Stuart Mill, Mes mémoires, 1873.

Corrigé

Le philosophe anglais John Stuart Mill, figure principale de la philosophie utilitariste, expose ici sous forme autobiographique une thèse apparemment paradoxale : pour être heureux, il ne faut pas être à la recherche du plaisir. Il ne veut pas dire que le bonheur se trouve ailleurs que dans le plaisir, mais que le plaisir disparaît dès que nous le cherchons consciencieusement et volontairement. Pour connaître effectivement le plaisir, il ne faut donc pas se déclarer hédoniste.

Cette thèse est exposée dans la première phrase. Stuart Mill joue ici avec la formule hédoniste classique qui recommande de « cueillir chaque jour » (carpe diem) : cet objectif ne peut réussir que si le carpe diem n’est pas la devise explicite de notre existence.

L’argument principal donné par Stuart Mill est le pouvoir destructeur de l’analyse rationnelle, face à laquelle rien ne semble pouvoir rester une véritable source de plaisir. Un « examen rigoureux » est toujours capable de défaire la prétention de telle situation ou action à procurer du plaisir. L’imagination aussi est accusée : à force d’anticiper imaginairement sur le plaisir, nous sommes déçus lorsque le désir se réalise.

Il faut donc se désintéresser du plaisir, avoir d’autres buts dans l’existence, et c’est alors seulement que le plaisir nous sera donné, comme un avantage collatéral et non comme un but. Mais Stuart Mill précise pour finir que cette manière d’être heureux est faite pour les hommes qui sont peu sensibles au plaisir, qui ne connaissent pas de grandes sensations. Il veut dire que c’est seulement chez ces hommes que la raison peut menacer la réalisation du plaisir. Pour les autres, peu nombreux, un hédonisme affiché peut être la voie vers le bonheur.

Nota bene : Dans ce texte, la thèse centrale du texte est formulée dès la première ligne. Mais ce n’est pas toujours le cas, et il peut même arriver que la thèse soit seulement sous-entendue. Faites donc attention à ne pas surestimer la première phrase d’un texte à expliquer.