Le Brésil : quelle diplomatie mondiale pour une puissance émergente ?

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : L'Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud
Type : Analyse de document | Année : 2014 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Le Brésil : quelle diplomatie mondiale pour une puissance émergente ?
 
 

L’Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud

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GÉOGRAPHIE

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CORRIGE

 

Sujet inédit

analyse de document

> À partir de l’analyse du texte, vous rappellerez les ambitions géopolitiques mondiales du Brésil et les défis que sa diplomatie doit relever. À cette occasion, vous porterez un regard critique sur le point de vue de l’auteur.

Document

Une diplomatie souverainiste

À Paris, ce 1er septembre [2011], à la conférence internationale sur la Libye, le Brésil […] essaye de sauver les contrats signés avec Mouammar Kadhafi, sans pouvoir dissimuler le malaise. Les révoltes arabes ont surpris et déstabilisé la diplomatie brésilienne, qui avait beaucoup misé sur ses liens avec le Maghreb et le Moyen-Orient […].

Les premiers pas de Dilma Rousseff sur la scène internationale avaient été accueillis favorablement, à la suite d’un infléchissement au profit des droits de l’homme (prise de distance avec l’Iran) et de l’alliance avec les États-Unis. Cependant, après avoir voté les sanctions contre la Libye aux Nations unies, la représentante brésilienne au Conseil de sécurité a exprimé, par une abstention, son opposition à l’intervention de forces aériennes pour défendre les populations civiles.

De l’abstention pour la Libye, Brasilia est passé à l’obstruction dans le cas de la Syrie. Face à la répression de Bachar el-Assad, les Brésiliens ont fait bloc avec les BRICS, ce regroupement opportuniste fait de bric et de broc, qui réunit le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Les autocrates russes et chinois sont opposés au principe onusien du devoir de protection des populations civiles, par crainte de le voir invoqué à l’intérieur de leurs empires respectifs. Les trois autres partagent la nostalgie du non-alignement du temps de la guerre froide.

Paulo Paranagua, « Dilma Roussef en porte-à-faux à Paris et Brasilia », Le Monde, 3 septembre 2011.

  • La consigne est centrée sur la notion de puissance géopolitique : en effet, le Brésil, qui est actuellement la 6e puissance économique mondiale, ambitionne également d’exercer une influence diplomatique et militaire à l’échelle mondiale. Toutefois, cette aspiration impose à la diplomatie brésilienne de prendre en compte la complexité des grands dossiers internationaux.
  • La problématique qui servira de fil conducteur à votre analyse est largement suggérée par le libellé du sujet : quelle politique extérieure le Brésil entend-il mener pour s’affirmer comme une puissance géopolitique mondiale ?
  • Votre plan peut s’inspirer de la consigne : une première partie peut aborder les ambitions de cette puissance, une seconde les orientations diplomatiques qu’elles inspirent.
Corrigé

Analyser un texte polémique

1 Vous devez d’abord identifier soigneusement le texte en étant particulièrement attentif à son auteur (quelle est sa fonction ? au nom de qui s’exprime-t-il ?) et au contexte de rédaction du document (a-t-il été rédigé « à chaud » ? Y a-t-il, au contraire, un décalage temporel avec les faits relatés ?).

2 Dans un second temps, après une lecture attentive du texte, vous devez déterminer le point de vue de l’auteur par rapport à la consigne. Il faudra justifier votre analyse par des citations précises.

3 Enfin, à la lumière de vos connaissances, vous devez critiquer ce point de vue : en quoi est-il partiel ? En quoi est-il exagéré ? Prenez garde toutefois à ne pas développer une nouvelle polémique.

Les titres en couleur servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

 

Définition

Le souverainisme consiste à privilégier les intérêts nationaux aux dépens de la solidarité internationale.

[Présentation du document] Le document proposé est extrait d’un article du journal Le Monde rédigé par Paulo Paranagua le 3 septembre 2011, à l’occasion de la conférence internationale de Paris sur la Libye. Il critique la diplomatie brésilienne, trop souverainiste selon lui.

[Problématique et annonce du plan] Cette analyse nous permettra de montrer comment la politique extérieure du Brésil vise à conforter sa puissance à l’échelle mondiale. Pour ce faire, nous présenterons d’abord les ambitions géopolitiques de ce pays, puis ses orientations diplomatiques récentes.

I. Des ambitions géopolitiques mondiales

1. Assumer des responsabilités internationales

  • Le Brésil est un membre actif de l’ONU : membre (non permanent) du Conseil de sécurité, il se positionne comme une grande puissance qui défend les droits de l’homme ; à ce titre, le pays a pris position, aux côtés des États-Unis, contre la dérive autoritaire du régime iranien (« Les premiers pas […] États-Unis. »). C’est pourquoi il revendique un siège de membre permanent.
  • Par ailleurs, il participe aux grandes conférences diplomatiques internationales : le texte cite comme exemple la conférence de Paris de 2011 consacrée à la guerre civile en Libye et à l’opportunité d’une intervention militaire internationale dans ce pays.

2. Être un leader du Sud

 

Attention !

Utiliser des notions précises valorise le contenu de votre devoir.

  • Au nom du multilatéralisme, le Brésil cherche à rééquilibrer les rapports de force internationaux au profit des pays en développement. Ainsi, il est l’un des membres du groupe des BRICS qui regroupe cinq puissances émergentes (le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud). Il appartient aussi au G20 (en 2008, lors de la présidence du Brésil, le sommet de São Paulo en a réuni tous les membres).
  • De plus, il développe son influence économique et politique au Maghreb et au Moyen-Orient (1er paragraphe) ainsi qu’en Afrique subsaharienne. Il s’affirme ainsi face aux puissances occidentales (États-Unis, France, Royaume-Uni) dont le poids et le prestige déclinent dans cette région du monde.

II. Une diplomatie en débat

1. Une diplomatie opportuniste ?

 

Info

Comme la Chine et l’Inde, le Brésil investit et échange avec de nombreux États africains.

  • D’après l’auteur, le Brésil se serait opposé à une intervention militaire en Libye en 2011 pour préserver les contrats commerciaux (notamment pétroliers) signés avec ce pays, sans tenir compte des aspirations démocratiques de la population (« À Paris […] le malaise. », « son opposition […] civiles »). Sa position contredirait ainsi sa volonté de défense des droits de l’homme.
  • Ce point de vue est sans doute critiquable car la diplomatie brésilienne était loin d’être isolée : seuls les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, dans le cadre de l’OTAN, sont intervenus militairement en Libye.

2. Une diplomatie souverainiste ?

  • Selon l’auteur, le Brésil chercherait avant tout à défendre sa souveraineté en évitant l’alignement sur la diplomatie américaine (« Les trois autres […] guerre froide. »). L’alliance des BRICS, fort hétérogène (« de bric et de broc ») ne serait qu’un moyen de faire contrepoids aux États-Unis et d’empêcher toute ingérence internationale comme durant la crise syrienne (« Face à la répression […] Afrique du Sud. »).
  • Ce point de vue est à nuancer : loin d’être un État nostalgique de la guerre froide, le Brésil participe au « basculement du monde » qui profite aux puissances émergentes. De plus, on peut estimer que son opposition à toute intervention militaire en Syrie est guidée par la prudence et la crainte que cela déstabilise l’ensemble du Proche-Orient.

Conclusion

[Réponse à la problématique] L’analyse de ce document nous montre que le Brésil nourrit des ambitions mondiales, mais que sa diplomatie doit composer avec des situations complexes. Celle-ci peut ainsi sembler ambiguë quand les valeurs qu’elle défend sont en contradiction avec ses prises de position sur les grands dossiers internationaux.

[Intérêt et critique du document] Ce texte a l’intérêt de relativiser l’émergence géopolitique des BRICS, parfois exagérée par les médias. Ainsi, contrairement aux États-Unis, puissance affirmée, le Brésil est encore une puissance géopolitique en devenir. Cependant, le point de vue de l’auteur reste très critiquable dans son approche des rapports de force actuels ; en effet, il juge la diplomatie brésilienne à l’aune de la diplomatie états-unienne, en minimisant l’actuel « basculement du monde ».