Le Capital, Marx

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L - Tle S | Thème(s) : L'épreuve orale
Type : Sujet d'oral | Année : 2008 | Académie : Inédit

 

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Sujet d’oral n° 1

Marx

Commentez ce texte de Marx, extrait du Capital.

Document

 

« Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature. L’homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement afin de s’assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. En même temps qu’il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultés qui y sommeillent. Nous ne nous arrêterons pas à cet état primordial du travail où il n’a pas encore dépouillé son mode purement instinctif. Notre point de départ c’est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l’homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l’abeille confond par la structure de ses cellules de cire l’habileté de plus d’un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l’imagination du travailleur. Ce n’est pas qu’il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles ; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d’action, et auquel il doit subordonner sa volonté. »

 

Karl Marx (1818-1883), Le Capital, 
traduction J. Roy, Éditions sociales, 1950.

Corrigé

 

Préparation

Cerner les enjeux

Ce texte de Marx entend préciser ce qu’est le travail. La définition du travail comme simple activité permettant de répondre à ses besoins reste trop générale et ne rend pas compte de la spécificité du travail humain.

Marx va alors le définir par rapport à l’intelligence et à la volonté humaine mises en œuvre.

Éviter les erreurs

Ce texte s’inscrit dans un ouvrage critique du capitalisme. Cependant, il convient de garder à l’esprit que Marx est d’abord un philosophe. C’est le penseur qui nous intéresse ici. Il faut éviter toutes récupérations politiques.

Ce texte contient des développements théoriques et très concrets : il s’agit de mettre ces deux aspects en parallèle et de permettre ainsi l’éclairage réciproque de l’un par rapport à l’autre.

Présentation

Introduction

Ce texte est extrait de l’ouvrage intitulé Le Capital, Critique de l’économie politique, qui, même s’il traite d’économie comme son nom l’indique, reste d’abord l’œuvre d’un philosophe. Marx souhaite y faire une analyse scientifique du système capitaliste et de ses mécanismes. Ici, dans le premier de ses trois livres, Marx étudie le développement de la production capitaliste. Plus précisément, il s’agit du début du chapitre 7 de la 3e section, traitant de la production des valeurs d’usage.

Pour comprendre cela, il faut d’abord savoir en quoi consiste le travail. Comment le définir ? Dire que c’est une médiation par rapport à la nature ne rend pas compte de la spécificité humaine du travail. Marx compare alors des activités similaires d’hommes et d’animaux. Il en conclut que le travail est une mise en œuvre de la volonté et de l’intelligence de l’homme.

Développement

Première étape

Par rapport à quoi le travail est-il analysé ? Quelle peut en être la définition générale ?

Le travail est analysé par rapport à la nature. Il est l’intermédiaire entre l’homme et la nature. Il est la transformation et l’assimilation de la nature dans un but utilitaire. Le travail est formateur pour l’humanité car, en produisant ses conditions de vie, l’homme se produit lui-même à travers sa croissance et son développement.

Mais quel est l’objectif de Marx dans ce texte ?

Cette première définition du travail est trop générale. Elle ne prend pas en compte la spécificité de l’activité humaine qui reste sur un mode instinctif. Il veut déterminer ce qui dans le travail est proprement humain.

Deuxième étape

Pour ce faire, Marx compare le travail du tisserand avec celui de l’araignée, et celui de l’architecte avec celui de l’abeille. Le tisserand tisse une toile comme l’araignée, et l’abeille fabrique une ruche comme l’architecte une maison. A priori on pourrait penser qu’animal et homme se livrent aux mêmes activités.

Or ce qui distingue le travail de l’animal de celui de l’homme n’est pas la qualité du produit (voir la cellule parfaite d’une ruche), mais la nature même de cette activité (le processus, la manière dont on travaille). Le travail de l’homme est le résultat d’un projet, d’une intention. Celle-ci n’obéit pas qu’à une cause mécanique, mais vise une fin que l’homme s’est posée, voire imposée.

Troisième étape

Finalement, le travail est-il le propre de l’homme ?

Dans ce sens fort que Marx donne au travail, celui-ci est le propre de l’homme. Même si l’animal a comme l’homme une activité de transformation de la nature, il reste dépendant de ses instincts et de ses automatismes. Seul l’homme travaille, dans la mesure où il conçoit ce qu’il va faire. Le travail devient alors la marque de l’esprit et de la volonté de l’homme.

Conclusion

Marx reprend ici la thèse de Hegel : le travail est l’essence de l’homme. Mais il s’agit du travail qui fait de l’homme un être de culture, un Homo faber, dans la mesure où il met en œuvre ce qui fait de lui un homme, c’est-à-dire son intelligence et sa liberté, et qui lui permet de se réaliser. Il ne s’agit pas d’un être soumis à la nature, un Animal laborans pour qui le travail est avant tout une corvée, dans la mesure où il ne consiste qu’à répondre à des besoins.

Entretien

Voici d’autres questions que l’examinateur pourrait vous poser lors de l’entretien.

 Quels sont les enjeux du texte ?

En distinguant le travail qui renvoie à la nature de celui qui renvoie à la culture de l’homme, Marx pose les définitions qui permettront d’expliquer en quoi un travail peut être aliénant pour l’homme : lorsqu’il le ramène exclusivement à sa condition animale en le dépossédant de l’usage de son intelligence et de sa volonté.

 Pouvez-vous expliquer ce qu’est l’instinct ?

C’est l’idée d’une nature qui agit en nous, malgré nous, comme chez les animaux. En revanche, le travail spécifiquement humain est le fruit de la volonté et de l’intelligence de l’homme.