Le caractère cumulatif des inégalités

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Classes, stratification et mobilité sociales
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2012 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Le caractère cumulatif des inégalités
 
 

Classes, stratification et mobilité sociales

Corrigé

29

Ens. spécifique

sesT_1200_00_39C

 

Sujet inédit

raisonnement • 10 points

> À l’aide du dossier documentaire et de vos connaissances, montrez que les inégalités économiques et sociales ont un caractère cumulatif.

Document 1

Inégalités d’insertion professionnelle en 2007 pour quelques sortants du système scolaire en 2004, selon le diplôme

 

Taux de chômage (en %)

Salaire médian pour un équivalent temps plein (en euros par mois)

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

Ensemble

14

15

1 400

1 340

Non diplômé

29

38

1 200

1 140

Bac général

15

14

1 350

1 210

Bac + 2

7

7

1 500

1 410

DESS1, DEA2, Master 2

5

7

2 000

1 700

École de commerce et d’ingénieurs

2

7

2 250

2 110

Doctorat

8

7

2 170

2 200

 

Source : CÉREQ, Enquête Génération, 2004.

Champ : Ensemble des jeunes sortis du système éducatif en 2004 (737 000 individus).

1. DESS : diplôme d’études supérieures spécialisées (bac + 5).

2. DEA : diplôme d’études approfondies (bac + 5).

Document 2

Tout d’abord les inégalités de revenus conduisent à des inégalités plus importantes en termes d’épargne. L’épargne est en effet un luxe, au sens de la théorie microéconomique du consommateur : le taux d’épargne augmente avec le revenu. Il passe de 5 % environ pour les employés et ouvriers à 20 % environ pour les cadres. Plus précisément, l’élasticité de l’épargne par rapport au revenu a été estimée à 1,4. […]

Les écarts de richesses sont encore amplifiés par les performances différenciées des placements : les placements financiers des plus riches, orientés vers les actions, rapportent plus sur le long terme que les placements des petits épargnants, tournés vers les livrets et autres liquidités.

Par ailleurs, à âge et à revenu égal, la dispersion des richesses reste élevée compte tenu de l’histoire personnelle de chacun. De multiples facteurs interviennent : le patrimoine transmis (héritages, donations, aides de la famille) ; le statut professionnel (les travailleurs indépendants possèdent plus de patrimoine que les salariés).

Jean-Michel Hourriez, « Les inégalités de revenus et de patrimoine »,
Les Cahiers français, n° 314, mai-juin 2003.

Document 3

Inégalités entre enfants devant la formation initiale : plus du tiers des enfants appartenant aux 20 % des familles les plus pauvres redoublent dans le primaire, soit un taux d’échec trois fois plus élevé que celui des enfants des 20 % de familles les plus riches. Plus tard, au collège, deux tiers des adolescents des familles parmi les 20 % les plus pauvres sont en échec scolaire contre une toute petite minorité des adolescents des 20 % de familles les plus riches. Au fil de la scolarité et dès le plus jeune âge, des inégalités considérables se creusent ainsi entre les enfants les plus pauvres et les autres. Point clef, une grande partie des difficultés des enfants des familles pauvres trouvent leur origine dans les mauvaises conditions de logement et la ségrégation urbaine dont ils souffrent. Aujourd’hui encore, un adolescent sur cinq vit dans un logement surpeuplé (au moins 2 enfants par chambre) et le surpeuplement – à origine sociale égale – augmente d’environ 50 % le risque d’échec à l’école.

Éric Maurin, « La métamorphose du salariat »,
Sciences humaines, n° 136, mars 2003.

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

  • Une inégalité économique et sociale correspond à une différence d’accès à une ressource socialement valorisée.
  • La question vous invite à montrer que les inégalités économiques et sociales ont tendance à se cumuler ou s’auto-entretiennent, c’est-à-dire qu’elles sont sources d’autres inégalités.

Analyser les documents

Document 1

  • Ce tableau présente différents facteurs de l’insertion professionnelle (taux de chômage, niveau du salaire médian) selon le niveau de diplôme et selon le sexe.
  • On observe globalement que plus le niveau de diplôme augmente, plus les chances et les conditions d’insertion professionnelle progressent (baisse du taux de chômage, hausse de la rémunération). Ces relations se vérifient pour les hommes comme pour les femmes.

Document 2

  • Ce texte démontre comment les inégalités de revenu engendrent des inégalités de patrimoine. Les inégalités de revenu sont à l’origine d’inégalités d’épargne (fraction du revenu non consommée).
  • D’autres facteurs (comme l’héritage familial, le statut professionnel) créent des inégalités de patrimoine qui renforcent les inégalités économiques.

Document 3

  • Ce texte insiste sur le rôle des inégalités économiques dans la réussite scolaire et donc sur le caractère cumulatif des inégalités économiques et sociales.
  • En effet, le revenu des parents peut agir par de multiples médiations sur les résultats scolaires des enfants : meilleures conditions d’existence (taille du logement par exemple), cours de soutien individuel, équipement du ménage en informatique et en documentation, etc.

Définir le plan

En introduction, vous définirez la notion d’inégalités économiques et sociales. Dans le développement, vous expliquerez comment les inégalités économiques s'auto-alimentent puis vous montrerez qu'elles entraînent des inégalités sociales et, enfin, vous exposerez la façon dont ces deux types d'inégalités se cumulent. 

Corrigé

Introduction

  • Les inégalités se définissent par un accès inégal entre des individus ou des groupes à certaines ressources socialement valorisées. Il existe donc de multiples formes d’inégalités (économiques, sociales, culturelles, etc.) qu’il est difficile de dissocier.
  • Les inégalités spécifiquement économiques traduisent un partage inéquitable des richesses et correspondent à toutes les différences de revenus et de patrimoine entre individus ou entre groupes sociaux. Il existe un processus cumulatif entre toutes les formes d’inégalités : les inégalités économiques s’entretiennent entre elles et alimentent les inégalités sociales (comprises ici au sens large, c’est-à-dire culturelles, politiques, etc.), qui les renforcent en retour.

I. Les inégalités économiques s’auto-alimentent

  • Plusieurs mécanismes expliquent cette situation. Premièrement, les inégalités en termes de revenu sont à l’origine des inégalités d’épargne (fraction du revenu non consommée). Deuxièmement, plus les revenus augmentent, plus les ménages répondent facilement à leurs besoins de consommation. Ils ont alors une plus grande propension moyenne à épargner (rapport entre le montant de l’épargne et le montant du revenu).
  • Ces mécanismes engendrent des inégalités d’épargne encore plus grandes. Ce phénomène est renforcé par le fait que la rémunération de l’épargne a, ces dernières années, augmenté plus vite que les revenus du travail (ou salaires), grâce à la mise en œuvre de politiques économiques plus favorables aux revenus du capital qu’aux revenus du travail.

II. Les inégalités économiques entraînent
des inégalités sociales

  • Mais les inégalités économiques ont également un effet sur les autres formes d’inégalités sociales. Par exemple, elles introduisent des différences importantes dans la réussite scolaire (document 3). Plus les revenus des parents sont élevés et plus les risques de redoublement, voire d’échec scolaire, sont faibles. Le revenu des parents peut en effet agir par de nombreux mécanismes sur les résultats des enfants. De fait, les conditions matérielles d’existence (taille du logement en fonction du nombre d’occupants, moyens de déplacement, etc.) placent l’enfant dans des dispositions plus ou moins propices à la réussite scolaire. Le suivi de cours de soutien individuel, les possibilités d’achat de documentation, l’équipement du ménage en informatique représentent des atouts non négligeables dans la scolarité d’un élève.
  • En outre, les inégalités de revenus participent à la structuration de l’espace urbain. Les ménages les plus pauvres sont souvent relégués dans des zones marginalisées (banlieues), alors que le centre-ville ou les quartiers résidentiels restent le privilège des groupes économiquement favorisés.
  • Les ressources financières définissent donc des modes de vie plus ou moins favorables et placent l’enfant dans des conditions propices ou non à la réussite scolaire.

III. Les inégalités économiques et sociales
se cumulent et s’auto-entretiennent

  • Dans le même temps, les inégalités d’accès à l’école renforcent les inéga­lités économiques et sociales, comme celles liées au niveau de revenus et à l’insertion professionnelle. La rémunération s’accroît avec le niveau de diplôme, pour les femmes et pour les hommes : le salaire médian (niveau de salaire tel que la moitié de la population gagne plus et la moitié gagne moins) des hommes sortis du système éducatif en 2004 et titulaires d’un diplôme d’une école de commerce ou d’ingénieurs est plus de 1,8 fois plus élevé que celui d’un homme non diplômé (document 1).
  • Par ailleurs, il apparaît que le taux de chômage (pourcentage de chômeurs parmi l’ensemble des actifs) décroît lorsque le niveau de diplôme augmente. Par exemple, chez les hommes, 29 % des non-diplômés sont au chômage, contre seulement 7 % pour les titulaires d’un bac + 2.

Conclusion

Les inégalités économiques et sociales sont bien cumulatives. La mise en œuvre de politiques volontaristes globales de la part des pouvoirs publics pourrait permettre l'atténuation des caractères multidimensionnels et auto-entrenus de ces inégalités.