Le caractère cumulatif des inégalités

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Justice sociale et inégalités
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2015 | Académie : France métropolitaine


France métropolitaine • Septembre 2015

raisonnement • 10 points

Le caractère cumulatif des inégalités

À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les inégalités économiques et les inégalités sociales peuvent être cumulatives.

Document 1 Situation des jeunes trois ans après leur sortie du système éducatif

Taux d’emploi (en %)

Taux de chômage (en %)

Emploi à durée indéterminée parmi les jeunes en emploi (en %)

Salaire net mensuel médian (en euros constants)1

Génération sortie en…

2004

2010

2004

2010

2004

2010

2010

Ensemble

77

69

14

22

67

66

1 450

Non-diplômés

57

41

32

48

48

40

1 160

Diplômés du secondaire

74

64

15

25

62

58

1 280

CAP, BEP, mention complémentaire

76

61

17

32

62

56

1 260

Bac professionnel ou technologique

78

70

13

20

64

62

1 300

Bac général

62

55

15

21

57

51

1 260

Diplômés du supérieur court

86

81

7

11

74

74

1 520

BTS, DUT et autres bac+2

85

79

9

15

72

72

1 460

Bac+2/3 Santé social

97

96

2

2

83

83

1 700

Licence générale (L3) et autres bac+3

81

70

8

14

71

70

1 450

Licence professionnelle

91

85

5

10

82

76

1 600

Master 1 et autres bac+4

83

79

10

14

72

73

1 620

Diplômés du supérieur long

91

88

6

9

82

80

2 100

Master 2 et autres bac+5

90

84

6

12

78

75

1 920

Écoles de commerce

94

90

5

9

94

93

2 290

Écoles d’ingénieurs

93

94

4

4

91

93

2 350

Doctorat

91

92

7

6

73

69

2 350

Source : Bref du Céreq, n° 319, Céreq, 2014.

1. Salaire mensuel (primes incluses, tous temps de travail confondus) médian en euros constants de juillet 2013.

Note de lecture : parmi les jeunes sortis en 2010 sans diplôme, 41 % sont en emploi trois ans après, 48 % des actifs en 2013 se déclarent en recherche d’emploi, 40 % de ceux en emploi en 2013 sont en CDI, fonctionnaires ou non-salariés.

Document 2 Espérance de vie à 60 ans par sexe et par catégorie socioprofessionnelle, en années

1976-1984

2000-2008

1976-1984

2000-2008

Homme

Femme

Cadres

19,2

24,0

24,1

27,8

Professions intermédiaires

18,3

22,3

23,1

27,4

Agriculteurs

18,3

22,3

22,2

26,2

Artisans, commerçants, chefs d’entreprise

18,6

22,2

22,7

27,1

Employés

17,0

21,0

22,6

26,4

Ouvriers

15,9

19,6

21,6

25,5

Inactifs non retraités

12,3

16,0

21,8

25,2

Ensemble

17,1

21,1

22,2

26,1

Rapport cadres/ouvriers

1,21

1,22

1,12

1,09

Source : Insee.

Champ : France métropolitaine.

Document 3

Ainsi, des situations défavorables […], se traduisant par des travaux déqualifiés ou des emplois instables, s’accompagnent presque toujours de faibles rémunérations et d’un faible niveau de vie ; elles valent à ceux qui les exercent une morbidité1 et une mortalité supérieures à la moyenne ; ceux-ci n’accèdent de surcroît que difficilement à de bonnes conditions de logement ; ils n’ont pratiquement aucune chance de bénéficier d’une promotion par le biais de la formation professionnelle continue ; et leurs loisirs se réduiront de même à peu de chose. Dans ces conditions, la scolarité de leurs enfants est hypothéquée2 dès le départ ; ils se trouvent privés des conditions matérielles, relationnelles, même affectives qui seules permettent la construction d’un projet de vie ; et ils ont toute (mal)chance de se retrouver dans la même situation que celle de leurs parents. En un mot, le handicap appelle le handicap : celui qui subit les effets des inégalités sociales sous un angle déterminé risque fort de les subir sous d’autres angles. Au terme de cette accumulation de handicaps se profile l’éviction3 des modes de vie considérés comme normaux dans notre société, qui marque le degré extrême de la pauvreté.

Alain Bihr, Roland Pfefferkorn, Le Système des inégalités, 2008.

1. Morbidité : caractère de ce qui est relatif à la maladie.

2. Hypothéquée : ici fragilisée.

3. Éviction : mise à l’écart.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

Les inégalités représentent les différences d’accès des différents groupes sociaux à des ressources rares et valorisées par la société. Les inégalités sont économiques lorsqu’elles concernent la répartition des revenus et des patrimoines, sociales lorsqu’elles portent sur les conditions de vie et l’accès aux ressources immatérielles, telles que la santé, l’éducation ou la culture. Le caractère cumulatif des inégalités désigne le fait qu’une inégalité en engendre une ou plusieurs autres et plus généralement que les inégalités s’entretiennent.

Comprendre les documents

Document 1

Ce tableau croise l’accès à l’emploi et à un niveau de salaire des jeunes trois ans après leur sortie du système éducatif avec leur niveau de diplôme, en distinguant deux générations (2004, 2010). Il montre une corrélation entre ces différentes variables. Ainsi le taux de chômage est d’autant plus élevé et le salaire médian d’autant plus faible que le niveau de diplôme se réduit. Il montre également une inégalité entre générations (ensemble des individus nés la même année), puisque pour l’ensemble des jeunes le taux d’emploi a baissé entre 2004 et 2010.

Document 2

Ce tableau met en évidence les inégalités d’espérance de vie à soixante ans selon la catégorie socioprofessionnelle, le genre et la génération. Ainsi, au cours de la période 2000-2008, les ouvriers ont en moyenne une probabilité de vivre près de cinq années inférieure à celle des cadres.

Document 3

Ce texte évoque le caractère cumulatif des inégalités économiques et sociales ainsi que leur transmission des parents aux enfants.

Définir le plan

Après avoir montré le caractère cumulatif des inégalités économiques puis sociales, nous mettrons en évidence les interactions entre les deux types d’inégalités.

Corrigé

Corrigé

Introduction

Depuis les années 1980 on assiste à une remise en cause du processus de réduction des inégalités, définies comme les différences d’accès des différents groupes sociaux à des ressources rares et valorisées par la société. Nous chercherons à montrer que les inégalités tant économiques que sociales peuvent s’entretenir mutuellement, d’où leur caractère cumulatif et autoentretenu.

I. Les inégalités de revenus et de patrimoine sont en interaction

Les inégalités économiques représentent les inégalités de revenus, qui sont des flux issus de la rémunération du travail et du capital, et les inégalités de patrimoine représentent le stock des actifs détenus.

Plus les revenus sont élevés, plus les capacités d’acquérir du patrimoine, sous forme d’actions et de biens immobiliers par exemple, sont importantes. Ainsi les 10 % des ménages les plus riches possèdent plus de 45 % du patrimoine en France.

On constate plus généralement que la répartition des patrimoines apparaît plus inégalitaire que la répartition des revenus, ce que montre la comparaison des courbes de Lorenz.

Mais le patrimoine génère en retour des revenus (dividendes, intérêts, loyers…) d’autant plus forts que les actifs détenus sont importants, ce qui caractérise un processus autoentretenu.

Enfin, le patrimoine se transmet par l’héritage entre générations, ce qui renforce son caractère cumulatif.

II. Les inégalités sociales sont également cumulatives

Les inégalités d’accès aux ressources immatérielles, telles que la santé, l’éducation ou la culture, ont aussi un caractère cumulatif.

Les inégalités en matière de santé sont corrélées au statut social. Ainsi, l’espérance de vie à soixante ans des femmes est supérieure de cinq années à celle des hommes pour la période 2000-2008, tandis que les ouvriers ont en moyenne une probabilité de vivre près de cinq années inférieure à celle des cadres (document 2).

On peut de la même façon établir une corrélation entre l’accès inégalitaire aux diplômes et le taux de chômage. Ainsi, en 2010, le taux de chômage des jeunes non diplômés est plus de quatre fois supérieur à celui des jeunes diplômés du supérieur court (document 1). Par ailleurs, le chômage fragilise les liens sociaux et conduit à des phénomènes de disqualification et de désaffiliation.

III. Les inégalités économiques et les inégalités sociales s’entretiennent mutuellement

Les inégalités économiques favorisent les inégalités sociales. Ainsi, si les inactifs non retraités ont la plus faible espérance de vie, c’est en partie en raison des faibles revenus qui limitent leur accès aux soins et à une alimentation de qualité. De la même façon, les revenus faibles réduisent les possibilités pour les familles de financer les études de leurs enfants, générant une reproduction intergénérationnelle des inégalités d’accès aux diplômes (document 3).

À l’inverse, les inégalités d’accès aux ressources immatérielles favorisent les inégalités économiques. Ainsi, un capital culturel peu favorable à la poursuite d’études réduit les chances d’accès aux diplômes, à un emploi en CDI et à un salaire élevé. La part des jeunes non diplômés occupant un emploi en CDI en 2013 est ainsi de 26 points inférieure à celle de l’ensemble des jeunes pour un salaire net mensuel médian de 290 euros plus bas.

Conclusion

Le caractère cumulatif et autoentretenu des inégalités, tant économiques que sociales, fait des inégalités un système qui tend à se reproduire d’une génération à l’autre, favorisant le renforcement des avantages pour les uns et des handicaps pour les autres.