Le communisme en Allemagne de 1919 à 1990

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle L - Tle ES | Thème(s) : Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875
Type : Composition | Année : 2012 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Le communisme en Allemagne de 1919 à 1990

Socialisme et mouvement ouvrier

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Histoire

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Sujet inédit

composition

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

Le sujet ne comporte aucun piège. L’énoncé enjoint à analyser l’histoire du « communisme » (mot clé) en Allemagne afin d’en mesurer sa place et son rôle dans l’histoire du pays. Les dates proposées renvoient à des moments précis de l’histoire allemande : au lendemain de la défaite, 1919 correspond à la naissance du parti communiste (KPD) ; un an après la chute du mur de Berlin, 1990 renvoie à la réunification de l’Allemagne, autrement dit la disparition de la République démocratique (RDA). La seule difficulté du sujet réside dans le mot « Allemagne ». De 1949 à 1990, celle-ci fut divisée en deux États. Le sujet commanderait donc d’étudier le communisme dans chacun d’eux. Mais, exception faite d’organisations terroristes peu représentatives comme la Fraction Armée Rouge ou Bande à Baader, le communisme n’eut pratiquement pas d’existence en RFA. Il ne sera donc pas nécessaire de s’attarder sur cet aspect de la question.

Dégager la problématique

Le communisme en Allemagne couvre pratiquement tout le siècle. Son histoire se décline au rythme des crises traversées par celui-ci : crise de sortie de la Grande Guerre, crise de 1929, avènement du nazisme, guerre froide, chute du mur… La problématique consiste donc à mettre en relation ces temps forts du siècle et l’évolution du communisme allemand. Elle peut se formuler dans les termes suivants : Comment les grandes crises du xxe siècle ont-elles affecté le mouvement ouvrier allemand ? Comment les événements du siècle se lisent-ils dans l’histoire du Parti communiste ?

Définir le plan

Le sujet couvrant une longue période pendant laquelle la place et le rôle du communisme en Allemagne évolue, un plan chronologique s’impose. Trois périodes se dégagent aisément : 1919-1933, l’émergence du ­communisme allemand dans le cadre de la République de Weimar ; 1933-1945, le temps de la clandestinité et de la résistance au nazisme ; 1945-1990, le gouvernement de l’Allemagne de l’Est.

Corrigé

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Introduction

[Accroche] L’Allemagne a vula naissance de Karl Marx, le fondateur du socialisme scientifique. Cette donnée ne fait pourtant pas du pays le lieu d’un développement privilégié du communisme. Quelle place y occupe celui-ci entre 1919, date où il émerge des ruines de la Grande Guerre, et 1990, année où disparaît la République démocratique allemande ?

[Problématique] En quoi le communisme allemand a-t-il été marqué par les principales crises survenues entre ces deux dates ?

[Annonce du plan] Nous verrons d’abord comment, entre 1919 et 1933, le parti communiste cherche à s’imposer dans le cadre d’une Allemagne en quête d’elle-même. Mais l’avènement du nazisme le précipite ensuite dans une lutte clandestine à laquelle il manque ne pas survivre (1933-1945). L’influence de l’URSS lui permet enfin de diriger la partie orientale de l’Allemagne (1945-1990).

1919-1933 : le communisme s’affirme à la faveur des crises liées à la guerre

1. La naissance du parti dans le chaos de l’après Grande Guerre

  • L’Allemagne souffre de la Grande Guerre. Dès janvier 1918, dans un contexte de grèves au cours desquelles les ouvriers réclament la paix, Rosa Luxemburg et Clara Zetkin fondent un mouvement antimilitariste et socialiste nommé Spartakus. La défaite de novembre se déroule dans une ambiance révolutionnaire. Le mouvement spartakiste se mue alors en organisation politique qui prend le nom de Parti communiste allemand (KPD).
  • Le parti rallie aussitôt le mouvement de révolte ouvrière qui secoue Berlin du 6 au 12 janvier 1919. Pour contenir ce mouvement, le gouvernement fait appel aux Corps francs. La répression est sanglante. Arrêtés, les leaders du KPD, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, sont assassinés.

2. La bolchévisation du parti

Alors que le communisme s’installe au pouvoir en URSS, la disparition des fondateurs du mouvement spartakiste permet aux partisans de l’alignement du Parti sur Moscou d’en prendre le contrôle. Leurs opposants sont écartés de la direction. Bolchevisé, le KPD passe sous la domination du Parti Communiste d’Union Soviétique et adopte la ligne proposée par Staline lors du 6e Congrès de l’Internationale communiste : la lutte contre la social-­démocratie. La République de Weimar devient ainsi la cible principale du KPD.

3. Nouvelle progression à la faveur de la crise de 1929

  • Pour les marxistes, la crise de 1929 est celle du capitalisme. Elle semble justifier toutes leurs critiques. Le KPD espère en tirer avantage, d’autant plus que la crise atteint violemment l’Allemagne dont le système économique, sous perfusion des capitaux américains, s’effondre.
  • Le Parti sait profiter de la défaite de 1918 pour atteindre les 10 % des voix en 1920. Malgré une percée à 12,5 % au lendemain de la crise de 1923, il plafonne à ce niveau. L’effondrement de 1930 relance sa progression : il monte à 13 % en 1930, puis 14,5 et 16,9 en 1932. Au premier tour de la présidentielle de 1932, Ernst Thälmann, le candidat communiste, réunit près de 5 millions de voix (13 %) sur son nom. En quatre ans, le parti a doublé le nombre de ses électeurs.
  • Fidèle à la ligne choisie par Staline, le KPD concentre ses forces contre la République de Weimar. Ce choix conduit le parti à mener des actions parallèles à celles des nazis en vue de renverser le régime. Additionnés, les résultats électoraux des deux partis leur donnent une minorité de blocage à l’assemblée. En juillet 1932, le KPD soutient la motion qui provoque la dissolution du Parlement allemand. Mais ce choix l’isole des autres partis de gauche et fait le jeu des nazis. En janvier 1933, Hitler est nommé chancelier.

[Transition] Fils de la Grande Guerre, le Parti communiste allemand a profité des difficultés de l’Allemagne pour s’installer dans le paysage politique national. L’avènement du nazisme lui offre-t-il une nouvelle opportunité de croissance ?

1933-1945 : la résistance contre le nazisme

1. Le KPD, cible de la répression nazie

  • L’arrivée au pouvoir d’Hitler sonne le glas du parti communiste. Concurrent direct du NSDAP, le nouveau chancelier en fait sa cible principale dès les premiers mois de son mandat.
  • Présenté comme signal de déclenchement d’un « complot communiste », l’incendie du Reichstag survenu le 27 février 1933 est instrumentalisé par les nazis. Profitant de l’attentat pour suspendre les libertés fondamentales, Hitler fait arrêter près de 4 000 cadres du KPD (dont son président Ernst Thälmann), pour lesquels il fait ouvrir le camp de Dachau.

2. Une résistance difficile

  • Propulsé symbole dela résistance à l’arbitraire nazi, Thälmann se retrouve au centre d’une vaste campagne pour sa libération. Elle est relayée par le mouvement antifasciste international. En vain. Les nazis mettent en scène un procès (septembre 1933) qui a vocation à prouver l’implication du KPD dans l’incendie du Reichstag.
  • Décapité, le parti communiste disparaît de la scène politique allemande. Contraint à la clandestinité, il peine à s’organiser. Quelques activités de résistance se mettent en place dans les camps (comme à Buchenwald), mais elles ont peu d’impact.
  • Pendant la guerre, la résistance au nazisme s’organise surtout à l’étranger. Ceux qui ont pu fuir, comme Walter Ulbricht, se réfugient en URSS où ils fondent en 1943 le « comité national de l’Allemagne libre ». Durant la guerre d’Espagne, des volontaires allemands ont pu combattre dans les rangs des Brigades internationales.

[Transition] La radicalité de la répression nazie a écarté le communisme de l’Allemagne ; la chute d’Hitler lui permet de renaître de ses cendres.

1945-1989 : le parti communiste à la tête de la RDA

1. La conquête du pouvoir dans le cadre de la guerre froide

  • Vaincue, l’Allemagne se retrouve au cœur des rivalités de la guerre froide. Elle en est le premier des champs de bataille. Pour organiser leur zone d’occupation, les Soviétiques s’appuient sur le « comité national de l’Allemagne libre ». Épuration et réforme agraire témoignent de la main mise du KPD sur l’Allemagne de l’Est. En avril 1946, le parti fusionne avec le SPD (parti social-démocrate) pour former le Parti socialiste unifié d’Allemagne ou SED.
  • La rupture Est-Ouest de 1947 débouche sur la création de deux Allemagne. Sous la tutelle de l’URSS est créée la RDA, République démocratique allemande, en 1949. Secrétaire général du comité central du SED, Walter Ulbricht est l’homme fort d’un pays qui s’organise sur le modèle du grand frère soviétique.
  • Les entreprises sont nationalisées et la planification quinquennale instaurée. Une police politique (la Stasi) surveille étroitement la population qui ne semble pas adhérer pleinement au nouveau régime. En 1953, quand Staline disparaît, des émeutes secouent Berlin Est. Mais c’est surtout par l’émigration que se manifeste le refus du système. Pour stopper l’hémorragie, le pouvoir fait ériger le mur de Berlin (1961).

2. La difficile gestion de la détente

  • Le régime arrive à maturité au moment où s’établit la détente entre les États-Unis et l’URSS. La RDA est l’un des plus fidèles soutiens de cette dernière. Par l’espionnage industriel, elle contribue au développement des savoir-faire du bloc de l’Est. Intégrée au Pacte de Varsovie, elle participe au maintien de l’ordre communiste en Europe orientale comme à Prague en 1968. Secrètement, elle aide aussi la bande à Baader, organisation terroriste d’extrême gauche implantée en RFA.
  • La mise en œuvre de l’Ostpolitik du chancelier ouest-allemand Willy Brandt apparaît comme une opportunité pour finlandiser la RFA. Sous pression de l’URSS, Ulbricht est remplacé par Honecker (1971). Ce dernier négocie le rapprochement avec l’Allemagne de l’Ouest. Les deux Allemagnes signent le traité fondamental de 1972 de reconnaissance mutuelle des deux États, qui entrent à l’ONU. Mais la manœuvre visant à isoler la RFA échoue, alors que le pays connaît des difficultés économiques à partir de 1976.

3. L’effondrement du régime et la dissolution
des communistes dans Die Linke

  • Les réformes lancées en URSS par Gorbatchev à partir de 1985 franchissent rapidement les frontières. Profitant d’une gestion plus lâche de l’émigration dans les pays voisins, les Allemands de l’Est reprennent leurs migrations vers l’ouest. La crise économique s’aggrave, le mécontentement populaire s’accroît.
  • Le 6 juillet 1989, à l’occasion d’un voyage à Berlin, Gorbatchev annonce que l’URSS n’interviendra pas dans les affaires intérieures de la RDA. Le SED se retrouve seul face à l’opposition qui organise des manifestations (« les manifestations du Lundi »). Dépassé, le gouvernement démissionne (8 novembre 1989). Dans le même temps, l’annonce de la levée de toutes les restrictions de voyage provoque une ruée vers les postes de passage du mur à Berlin. Sous la pression de la foule, le mur « tombe ».
  • Le 18 novembre, le cabinet Modrow est constitué ; mais il ne peut enrayer le mouvement. Le 18 mars 1990, des élections libres font perdre le contrôle du parlement au Parti socialiste unifié. Le 3 octobre suivant, l’Allemagne est réunifiée. Avec la RDA, les communistes allemands disparaissent de l’avant-scène politique allemande. Pour survivre, le SED se transforme en Parti du socialisme démocratique (PDS). Refusant cette évolution, les communistes orthodoxes créent un nouveau parti communiste qui se fond dans « La Gauche » (Die Linke) en 2007.
  • Le contexte de la guerre froide a permis aux communistes allemands de gouverner une partie de l’Allemagne, mais sans jamais parvenir à asseoir leur légitimité.

Conclusion

De 1919 à 1990, l’histoire du parti communiste allemand a épousé celle du siècle. Toujours au cœur des événements, y compris comme victimes désignées du pouvoir, les communistes allemands ont été acteurs de la vie politique du pays. Mais jamais ils ne sont parvenus à s’installer aux commandes du pays par la volonté du peuple souverain. Le communisme en Allemagne n’a pas réussi à s’imposer comme solution viable aux crises.