Le continent américain entre tensions et intégrations régionales

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : L'Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2014 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Le continent américain entre tensions et intégrations régionales
 
 

L’Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud

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Géographie

36

CORRIGE

 

Sujet inédit

étude critique de documents

> En quoi ces documents rendent-ils compte des tensions et des intégrations régionales du continent américain ? Quel regard critique peut-on porter sur ces documents ?

Document 1

Les relations commerciales du Mercosur (2011)


 

UNCTAD/CNUCED.

Document 2

La naissance de l’Alliance du Pacifique

« Libre-échangistes de tous les pays unissez-vous ! Ceux d’Amérique latine ont en tout cas ratifié hier un accord de libre-échange au sein d’une zone d’intégration économique, l’Alliance du Pacifique. Le Pérou, le Chili, le Mexique et la Colombie entendent ainsi faire pièce au protectionnisme à l’œuvre dans la région, en Bolivie, en Équateur et en Argentine, voire au Brésil. Misant sur leur capacité à attirer des investissements étrangers, qui ont contribué ces dernières années à leur croissance vigoureuse, les membres de l’Alliance se sont engagés à éliminer les barrières commerciales bilatérales résiduelles.

Le Costa Rica et le Panama, qui ont déjà un statut d’observateur au sein de l’Alliance ébauchée en avril 2011, pourraient adhérer bientôt. L’Australie, le Canada et le Japon ont fait part de leur intérêt. Mais c’est évidemment à la Chine que tout le monde pense. Pékin est en passe de supplanter l’Union européenne au rang de deuxième fournisseur, derrière les États-Unis, de ce bloc de pays tous situés sur la façade pacifique du continent et qui a clairement indiqué hier qu’il lorgnait vers l’Asie…

Avec 215 millions d’habitants et un PNB cumulé de 2 000 milliards de dollars, soit un tiers de celui de l’Amérique latine, l’Alliance du Pacifique constituerait le neuvième ensemble intégré de la planète. Ses dirigeants affirment ne pas se construire contre d’autres, même s’ils se considèrent sans doute comme une alternative aux blocs d’intégration pullulant en Amérique latine : Communauté andine des nations, Alliance bolivarienne, Mercosur. Ces différents blocs sont en panne, soit du fait du jeu géostratégique du Venezuela, soit pour cause de divergences entre pays ouverts comme le Chili, qui compte supprimer dans trois ans tout droit de douane sur toute provenance, et protectionnistes, comme l’Argentine. »

D’après Yves Bourdillon, « L’Alliance du Pacifique, nouvel effort ­d’intégration en Amérique latine », Les Échos, 8 juin 2012.

Lire la consigne

  • Le sujet aborde la troisième partie du programme, consacrée aux dynamiques géographiques des grandes aires continentales. La première question est consacrée à « l’Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud ». Le thème du sujet est « le continent américain entre tensions et intégrations régionales ».
  • Attention : la consigne reprend la formulation du programme et porte donc sur l’ensemble du continent américain, alors que les documents sont essentiellement centrés sur l’Amérique latine. Il ne faudra donc pas oublier d’intégrer le Nord à votre commentaire, sous peine de passer à côté d’une partie du sujet !
  • Enfin, il vous est spécifiquement demandé de procéder à une analyse critique des documents. Ce qui est à faire, même quand la consigne ne le précise pas.

Analyser les documents

  • Le document 1 est un ensemble graphique et cartographique portant sur le marché commun sud-américain du Mercosur. La carte présente les échanges du Mercosur avec ses différents partenaires commerciaux, proches ou lointains. Les flèches permettent d’analyser le solde commercial avec chaque région, mais surtout, pour ce qui nous intéresse ici, le volume du commerce avec chaque partenaire. Le graphique illustre la part du commerce intra-zone et donne donc une mesure de l’intégration régionale.
  • Le document 2 est un texte issu d’un article du quotidien économique Les Échos, daté du 8 juin 2012. Il aborde un autre organisme d’intégration régionale, plus récent, l’Alliance du Pacifique. Il permet de faire le point, de façon plutôt critique, sur les différents essais d’intégration régionale en Amérique latine.

Définir les axes de l’étude

Un premier axe pourra présenter l’apport des documents à la compréhension de l’intégration régionale. Une deuxième partie analysera les limites montrées dans les documents à cette intégration. Une troisième partie mettra en évidence les limites des documents pour la compréhension globale du sujet.

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] Le continent américain est sans aucun doute celui où les associations régionales de toutes natures sont les plus nombreuses : Pacte de Rio, OEA, ALENA, CARICOM, Mercosur, Pacte andin, ZLEA, ALCA, UNASUR, ALBA, MCCA, CELAC… On s’y perd un peu… Au moins, l’intégration régionale est-elle complète avec cette débauche d’organismes ? C’est ce à quoi tentent de répondre les deux documents.

[Présentation des documents] Le document 1 est une carte complétée par un graphique sur le Mercosur. La carte présente les échanges du Mercosur avec ses différents partenaires commerciaux, proches ou lointains. Le graphique illustre la part du commerce intra-zone et donne donc une mesure de l’intégration régionale. Le document 2 est un texte issu d’un article du quotidien économique Les Échos, daté du 8 juin 2012, qui aborde un autre organisme d’intégration régionale, l’Alliance du Pacifique.

 

Conseil

Si vous craignez que le correcteur ne comprenne pas l’idée générale de vos trois parties, vous pouvez souligner les mots les plus importants (ici en rouge).

[Annonce du plan] Des efforts d’intégration régionale ont été réalisés, tant grâce au Mercosur qu’à l’Alliance du Pacifique. Mais les documents montrent aussi les difficultés de cette intégration. Et ils n’éclairent pas tous les aspects de l’intégration régionale, notamment en laissant de côté le nord du continent.

I. Deux organismes concurrents d’intégration régionale

1. Le Mercosur

Le plus ancien des deux organismes d’intégration régionale est le Mercosur. Né en 1991, le Mercosur est une zone de libre-échange, puis union douanière, qui rassemble les deux poids lourds d’Amérique du Sud, le Brésil et l’Argentine. L’accord entre ces deux rivaux de toujours fut une belle manifestation du processus d’intégration sud-américaine. Cela fait du Mercosur le troisième marché intégré du monde, derrière l’Union européenne (UE) et l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain).

2. L’Alliance du Pacifique

À côté, l’Alliance du Pacifique fait encore pâle figure : née en 2012, elle rassemble des membres aussi nombreux mais est géographiquement différente : comme son nom l’indique, ses membres sont riverains de l’océan Pacifique et intègrent le Mexique (dont le PIB se situe juste un peu après celui du Brésil). Les poids démographique et économique des deux organisations sont sensiblement comparables. L’Alliance ne constitue que « le neuvième ensemble intégré de la planète », mais il est de création plus récente et le cercle de ses membres pourrait rapidement s’élargir.

 

Conseil

Menez votre devoir en faisant progresser le raisonnement entre chaque partie.

[Transition] Est-ce pour autant une preuve absolue des progrès de l’intégration régionale ?

II. Une intégration relative

1. Les limites de l’intégration régionale dans le Mercosur

 

Conseil

Faites parler le document en donnant du sens aux données brutes qu’il présente. Ne recopiez pas simplement les chiffres fournis !

Les deux documents montrent en effet les claires limites de l’intégration régionale pour chaque ensemble. Les relations commerciales intra-Mercosur apparaissent bien modestes : le Mercosur n’est que son troisième fournisseur derrière l’UE et l’ALENA, et son deuxième client derrière l’UE. Pire, le graphique du document 1 montre que les exportations intra-Mercosur ont progressé depuis sa création (de 11,6 % à environ 20 %), mais ont ensuite baissé autour de 15 %, en raison de l’explosion des relations commerciales avec la Chine. On est encore loin du compte. Et l’évolution récente de certains membres vers des formes manifestes de protectionnisme n’améliorera pas le bilan à court terme. L’intégration régionale du Mercosur demeure donc à un niveau encore modeste.

2. Une Alliance du Pacifique plus clivante qu’intégratrice ?

L’Alliance du Pacifique, malgré son caractère plus récent, peut-elle prétendre à mieux ? On peut en douter. L’article montre, en effet, que l’Alliance s’est créée d’abord contre les pays protectionnistes (Bolivie, Équateur, Argentine). Le projet est donc plus clivant qu’intégrateur. S’il réussit, on se dirige donc plus vers un fonctionnement dual de deux ensembles rivaux que vers une intégration à l’européenne ! De plus, l’Alliance du Pacifique est ouverte à d’autres pays riverains de l’océan, non nécessairement américains : Australie, Canada et Japon, mais surtout Chine. Tout se passe comme si les forces centrifuges l’emportaient sur les forces centripètes. L’intégration du continent américain, même ramené à sa partie latine, obéit manifestement à d’autres logiques spatiales, extra-continentales.

 

Conseil

Vous interroger sur les causes de la faillite de l’intégration permet d’évoquer des causes absentes des documents, donc d’effectuer la transition vers la troisième partie.

[Transition] Peut-être est-ce dû à l’attraction des grands centres économiques de la planète, qui sont extérieurs à l’Amérique latine ? Peut-être aussi aux tensions internes sur lesquelles les documents sont pratiquement silencieux.

III. Des documents partiels

1. Des rivalités et des tensions obstacles à l’intégration

Le document 1 est ainsi muet sur les tensions et rivalités qui tracent des lignes de partage entre membres du Mercosur. La rivalité Brésil-Argentine connaît depuis la réélection de Cristina Kirchner un regain. Le document 2 évoque des rivalités économiques qui laissent de côté les aspects géopolitiques. La ligne de faille n’est pas tant entre protectionnistes et libre-échangistes qu’entre pays favorables ou hostiles aux États-Unis, tels Cuba, le Venezuela, l’Équateur ou la Bolivie.

2. L’intégration au Nord : l’ALENA

 

Conseil

Il s’agit d’une étude critique de documents, non d’une composition. Il est donc inutile de vous étendre sur l’ALENA et ses effets sur l’intégration régionale.

Les États-Unis sont les grands absents des documents. Le sujet parle pourtant d’une dimension continentale et non seulement sud-américaine. Or, en Amérique du Nord, l’intégration est plus ancienne et plus avancée, avec l’ALENA, dont la réussite se mesure par le triplement des échanges en 20 ans, entre les partenaires. L’influence des États-Unis sur le reste du continent, via les IDE et les échanges commerciaux, demeure considérable.

Conclusion

L’étude critique des documents permet donc de montrer la multiplicité des tentatives, concurrentielles voire hostiles, d’intégration régionale. Cependant, aucune intégration continentale ne peut se faire hors la présence des États-Unis, mais aucune intégration de cette échelle ne peut se faire par eux non plus. En fait, l’échelle continentale paraît peu appropriée à une intégration réelle, en raison de la diversité des pays concernés et de l’attraction des puissances économiques concurrentes. Trop hostile aux États-Unis pour être centripète, trop attirée par la Chine pour ne pas être centrifuge, la sous-région américaine est loin de pouvoir constituer un ensemble intégré comparable à l’Union européenne.