Le continent américain : entre tensions et intégrations régionales

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : L'Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud
Type : Composition | Année : 2015 | Académie : Inédit
Corpus Corpus 1
Le continent américain : entre tensions et intégrations régionales

L’Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud

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Géographie

37

Asie • Juin 2015

composition

Les clés du sujet

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Les termes du sujet


Terme


Définition


continent américain


L’ensemble du continent doit être pris en considération : Amériques du Nord, centrale et du Sud. Bien sûr, les États-Unis y ont un poids décisif.


tensions régionales


Les termes renvoient aux difficultés d’ordre essentiellement géopolitique entre pays du continent américain. La domination des États-Unis traversant toute la sous-région, c’est par rapport à eux que doivent se définir la souveraineté et le projet de puissance de chaque pays.


intégrations régionales


L’intégration est l’appartenance à un système, qui permet des relations privilégiées entre ses membres, et que mesurent les flux.

La problématique

Quelles sont les tensions qui affectent le continent américain ? À quoi sont-elles dues ? Quels contrastes économiques et culturels traduisent-elles ? Les initiatives d’intégrations régionales constituent-elles le reflet ou bien la solution de ces tensions ? Et quelles sont les logiques de ces associations régionales ?

Utilisez les mots clés


Évitez les pièges

  • Veillez à ne pas limiter l’analyse à une partie du continent, par exemple l’Amérique du Nord, et a contrario ne pas oublier le poids des États-Unis dans la sous-région.
  • Faites le lien entre les tensions et les projets d’intégration régionale. Il faut essayer de donner du sens à ces derniers, notamment en regard de la domination des États-Unis.
Corrigé
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Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] « Si loin de Dieu, si près des États-Unis », résumait le président mexicain Porfirio Díaz au tournant du xxe siècle… C’était souligner à la fois la misère de son pays et la toute-puissance des États-Unis.

[Problématique] Plus d’un siècle plus tard, malgré une notable amélioration du développement latino-américain, l’Amérique est toujours traversée de nombreuses tensions. Or, elle est également le continent qui compte le plus grand nombre d’organisations régionales. Ces tentatives d’intégration résorbent-elles ou reflètent-elles les tensions du continent ?

[Annonce du plan] L’hémisphère américain est toujours aujourd’hui le lieu de tensions régionales, pour l’essentiel liées à la domination des États-Unis. Et les multiples tentatives d’intégration se heurtent à cette fracture géopolitique entre Yankees et anti-Yankees.

I. Un continent sous tension ou sous contrôle ?

1. Des tensions régionales nombreuses mais de faible intensité

  • Les États américains ont beaucoup en commun : anciens nouveaux mondes, peuplement de type européen, empreinte esclavagiste, passé colonial, tradition chrétienne… et peu ou pas de conflits armés.
  • Pourtant, nombreuses sont les tensions interétatiques, souvent des contestations frontalières, parfois attisées par la découverte de ressources. Certaines d’entre elles persistent : ainsi, la Bolivie revendique toujours son accès à la mer, perdu lors de la guerre du Pacifique (1879-1884) au profit du Chili.
  • De telles tensions s’expliquent par les modalités spécifiquement américaines des constructions nationales. Les États y souffrent d’un contrôle territorial assez inégal, avec des frontières souvent plus perméables qu’ailleurs, et donc plus sujettes à différends.

2. Hémisphère américain, hémisphère états-unien

Attention !

Veillez dans le cadre de ce sujet à ne pas utiliser l’adjectif « américain » pour qualifier les États-Unis.

  • Mais la tension principale qui traverse le continent est liée à la toute-puissance états-unienne. Première nation à achever sa construction, premier État à maîtriser son territoire, les États-Unis ont affirmé très tôt leur volonté tutélaire, voire hégémonique, sur l’ensemble de l’hémisphère américain.
  • En 1823, la doctrine Monroe affirme l’indépendance du continent vis-à-vis de l’Europe. Cet isolationnisme se double d’un impérialisme : au début du xxe siècle, le président Theodore Roosevelt, à travers sa big stick policy, n’hésite pas à pratiquer l’intervention militaire directe. Durant la guerre froide, des régimes autoritaires s’installent en Amérique latine, avec la bénédiction de Washington.
  • La fin de la guerre froide en 1989-1991 favorise le retour de la démocratie en Amérique latine. Les interventions états-uniennes se recentrent sur la lutte contre la drogue et contre le terrorisme, dont les réseaux profitent du contrôle territorial approximatif des États.

3. La domination économique états-unienne

  • L’impérialisme continental de Washington est relayé par l’économie. Le marché intérieur états-unien agit comme un véritable « aspirateur » des exportations du reste du continent. Les États-Unis sont le premier fournisseur du Mexique ou de la Colombie, mais ils absorbent aussi 80 % des exportations du Mexique.
  • La structure des échanges intra-régionaux est marquée par une dissymétrie, les États-Unis exportant des produits et services à haute valeur ajoutée, et important des matières premières (fer brésilien, pétrole vénézuélien, etc.). Ces échanges témoignent de la subordination latino-américaine dans les processus de mondialisation et de division internationale du travail (DIT).

[Transition] Si la domination des États-Unis connaît toutefois un déclin relatif, les tentatives d’intégration régionale se définissent toujours en fonction d’eux.

II. De multiples tentatives d’intégration régionale

1. L’intégration continentale et ses échecs

  • La guerre froide inaugure un « panaméricanisme » sous l’égide de Washington : Traité interaméricain d’assistance réciproque en 1947 et Organisation des États américains (OEA) en 1948.

Conseil

Les structures d’intégration régionale étant très nombreuses, ne citez que celles dont vous êtes sûrs du nom et/ou du sigle, afin d’éviter les contresens.

  • En face s’affirment des tentatives d’autonomisation : Association latino-américaine de libre-échange en 1960 – devenue Association latino-américaine d’intégration (ALADI) en 1980 – et groupe de Rio en 1986.
  • À une échelle plus régionale, d’autres structures se créent sous la forme de marchés communs, pour pallier les inconvénients économiques de la fragmentation politique née des indépendances du xixe siècle : Marché commun centraméricain pour l’isthme en 1960, Communauté andine des nations (CAN) en 1969, Communauté des Caraïbes (CARICOM) en 1973.

2. Deux pôles majeurs d’intégration régionale

  • Mais il faut attendre le retour de l’Amérique latine à la démocratie et la fin de la guerre froide pour observer une relance de l’intégration régionale, autour de deux pôles majeurs.
  • L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) intègre en 1994 les économies des États-Unis, du Canada et du Mexique. En quinze ans, les échanges triplent. La frontière sud, traversée de flux migratoires clandestins massifs, est devenue la Mexamérique.
  • Né en 1991 du rapprochement entre Brésil et Argentine, le Marché commun du Sud ou Mercosur compte 10 pays membres et associés. En vingt-cinq ans, les échanges intra-zones ont notablement augmenté en raison de l’union douanière tandis que les économies des pays membres ont initié une certaine division régionale du travail.

3. De nouvelles dynamiques d’intégration

Info

L’ALBA tient son nom du Libertador, Simón Bolívar, qui œuvra à l’indépendance de l’Amérique latine au début du xixe siècle.

  • Les oppositions à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), trop profitable aux firmes nord-américaines, relancent les accords bilatéraux. De son côté, le président vénézuélien Hugo Chávez lance en 2004 son Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), clairement dirigée contre Washington.
  • Tout s’accélère alors : création de la Communauté sud-américaine des nations (CSAN) en 2004 qui est relancée sous le nom d’Union des nations sud-américaines (UNASUR) en 2008 et réunit le Mercosur et la CAN ; constitution de la Communauté d’États latino-américains et caraïbes (CELAC) en 2010, puis de l’Alliance du Pacifique en 2011, destinée à contrer l’ALBA.
  • Les intégrations régionales sont devenues si nombreuses que le continent paraît plus fragmenté qu’intégré, entre pro et anti-États-Unis. Par ailleurs, d’autres dynamiques d’intégration sont à l’œuvre : Inde et Chine sont ainsi de plus en plus présentes sur le continent, via l’exploitation de ses immenses ressources naturelles.

Conclusion

[Reprise] Les tensions régionales en Amérique sont donc nombreuses et durables, essentiellement liées à la domination historique des États-Unis. Ceux-ci ont tenté d’intégrer le continent à leur profit, mais des contre-projets régionaux ont vu le jour, fragmentant plus qu’intégrant le continent.

[Réponse] Les tentatives d’intégration régionale reflètent donc les tensions qui traversent le continent américain. Dans le même temps, elles contribuent à maintenir un niveau de violence essentiellement verbal et économique : le président Chávez invectivait ainsi l’impérialisme yankee tout en vendant son pétrole aux États-Unis !

[Remise en perspective] Mais l’irruption de la Chine en Amérique latine change la donne. Le contre-impérialisme chinois contribue à faire sortir les pays dirigés par la gauche latino-américaine de l’orbite des États-Unis. Pékin pourrait ainsi mettre un terme au tête-à-tête séculaire de part et d’autre du Rio Grande.