Le cumul des inégalités

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Classes, stratification et mobilité sociales
Type : Dissertation | Année : 2016 | Académie : Amérique du Sud


Amérique du Sud • Novembre 2016

dissertation • 20 points

Le cumul des inégalités

Comment les inégalités peuvent-elles se cumuler ?

document 1 Temps partiel lors du premier emploi selon le sexe et le niveau de diplôme (en %)

Hommes

Femmes

Non qualifiés

25

48

CAP1 ou BEP2

16

39

Bac

21

39

Bac + 2

13

24

Bac + 3/4

16

27

Bac + 5

6

15

Doctorat

12

20

Ensemble

17

30

Source : Céreq, 2013.

1. Certificat d’aptitude professionnelle.

2. Brevet d’études professionnelles.

Champ : jeunes ayant moins de 35 ans, sortis du système scolaire en 2010 et ayant occupé au moins un emploi au cours de leurs trois premières années de vie active.

Lecture : parmi les jeunes âgés de 35 ans ou moins sortis du système scolaire en 2010, 30 % des femmes ont été embauchées en temps partiel pour leur premier emploi contre 17 % des hommes, quel que soit le niveau de diplôme.

document 2 Proportion de la population ayant effectué au moins une visite culturelle dans les 12 derniers mois (en %)

A effectué au moins une visite

N’a pas effectué de visite

Total

Diplôme

Aucun diplôme

Niveau Bac

Niveau Bac + 2

Niveau Bac + 3 et supérieur

39

60

71

84

61

40

29

16

100

100

100

100

Groupe socioprofessionnel

Indépendant

Cadre et profession intellectuelle supérieure

Profession intermédiaire

Employé

Ouvrier

Retraité

Étudiant

64

78

70

53

40

57

64

36

22

30

47

60

43

36

100

100

100

100

100

100

100

Ensemble de la population

57

43

100

Source : Crédoc, 2012.

Liste des visites culturelles choisies pour l’enquête réalisée : château, mémorial, bâtiment d’architecture contemporaine, monument religieux, maison d’homme ou de femme illustre, site archéologique, site industriel, ville ou pays d’art et d’histoire.

document 3

Toutes les catégories sociales ont bénéficié, au cours des dernières décennies, de l’augmentation de l’espérance de vie, mais certaines davantage que d’autres. Si bien que les disparités entre catégories restent fortes, voire augmentent.

Parmi les hommes, ce sont toujours les ouvriers et les employés qui meurent en moyenne les plus jeunes, tandis que les cadres et les membres des professions intermédiaires continuent à vivre le plus longtemps, les indépendants occupant une position moyenne entre les précédents. […] L’écart entre les positions extrêmes (ouvriers et cadres) s’est accru sur la période observée. […] Les femmes vivent plus longtemps que les hommes dans toutes les catégories sociales. Entre elles aussi existent des inégalités d’espérance de vie, même si les écarts sont […] moitié moindres de ce qu’ils sont entre les hommes.

Alain Bihr, Roland Pfefferkorn, Le système des inégalités, 2008.

document 4 Distribution des niveaux de vie1 et des patrimoines2 en France (courbes de Lorenz)

sesT_1611_03_00C_01

Source : d’après Enquête patrimoine 2010 et Enquête revenus fiscaux 2009, Insee.

1. Le niveau de vie, dans le document, correspond au revenu disponible du ménage en tenant compte de sa taille.

2. Le patrimoine détenu comprend notamment les biens immobiliers et les actifs financiers.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

Les inégalités représentent les différences d’accès des divers groupes sociaux à des ressources rares et valorisées par la société. Elles peuvent être économiques (répartition des revenus et des patrimoines, emploi), ou sociales si elles portent sur les conditions de vie et l’accès aux ressources immatérielles (santé, éducation, culture).

Le cumul des inégalités implique le fait que les inégalités s’entretiennent.

Dégager la problématique

La formulation de la question amène à montrer l’enchaînement dans le cumul des inégalités. Ainsi, on pourra montrer que les inégalités s’autoentretiennent.

Exploiter les documents

Le document 1 permet de comparer la part des actifs occupant un emploi à temps partiel lors de leur premier emploi en fonction du sexe et du niveau de diplôme. On constate que la part des femmes occupant ce type d’emploi est toujours plus élevée que celle des hommes, quel que soit le niveau de diplôme. Plus le diplôme est élevé, moins la probabilité d’occuper un emploi à temps partiel est importante.

Le document 2 concerne les visites culturelles en fonction du groupe socioprofessionnel et du niveau de diplôme. Ce sont les plus diplômés et les groupes socioprofessionnels les plus qualifiés qui effectuent relativement le plus une visite culturelle au moins au cours d’une année.

Le texte constituant le document 3 met en évidence les différences d’espérance de vie en fonction de l’appartenance sociale. Si l’espérance de vie augmente pour toutes les catégories sociales, les différences restent importantes entre ces catégories : les moins qualifiés continuent de mourir plus jeunes que les plus qualifiés. L’espérance de vie des femmes reste également plus élevée que celle des hommes.

Les courbes de Lorenz représentées par le document 4 permettent de mesurer les inégalités de niveau de vie et de patrimoine. On constate que les inégalités de patrimoine sont plus importantes que les inégalités de niveau de vie.

Définir le plan

Nous verrons d’abord comment les inégalités économiques entretiennent les inégalités sociales, puis comment les inégalités sociales engendrent les inégalités économiques.

Corrigé

Corrigé

Introduction

Selon Tocqueville, une démocratie est caractérisée par l’égalité des conditions. Cependant, des inégalités économiques et sociales persistent et elles ont même tendance à se cumuler. La question est de savoir comment.

Les inégalités peuvent être définies comme les disparités d’accès des individus ou de différents groupes sociaux à des ressources rares et socialement valorisées. Elles sont économiques lorsqu’elles concernent l’emploi ou la répartition des revenus et des patrimoines. Elles sont sociales si elles portent sur les conditions de vie et l’accès aux ressources immatérielles comme la santé, l’éducation, la culture.

On peut mettre en évidence un processus cumulatif entre ces divers types d’inégalités : les inégalités économiques favorisent les inégalités sociales, et inversement les inégalités sociales sont à l’origine d’inégalités économiques.

I. Les inégalités économiques favorisent les inégalités sociales

1. Les inégalités économiques se cumulent

Les revenus des ménages ont pour origine les revenus primaires perçus en tant que travailleurs (rémunération du facteur travail) ou détenteurs d’un patrimoine (rémunération du facteur capital). Ces revenus primaires peuvent être complétés par des revenus issus de la redistribution pour former le revenu disponible des ménages, ce qui permet de mesurer leur niveau de vie. On constate que les niveaux de vie sont inégalitaires. En effet, les 10 % des ménages ayant le niveau de vie le moins élevé disposent d’à peine 5 % des revenus, alors que les 10 % les plus riches concentrent environ 30 % du revenu disponible (document 4). Mais les inégalités sont encore plus fortes pour le patrimoine : les 10 % les plus riches détiennent plus de 50 % du patrimoine total contre 1 % environ pour les plus pauvres (document 4).

Les inégalités de revenus s’expliquent principalement par la nature de ­l’emploi occupé : emploi qualifié contre emploi non qualifié, emploi stable contre emploi précaire, emploi à temps plein ou emploi à temps partiel. Ainsi, les actifs n’occupent pas tous le même type d’emploi, ce qui montre le caractère cumulatif des inégalités économiques. Celles-ci s’autoentretiennent également, car les ménages ayant les revenus les plus élevés peuvent épargner une partie de leur revenu disponible et acquérir ainsi un patrimoine, celui-ci générant lui-même de nouveaux revenus.

2. Les inégalités économiques favorisent les inégalités sociales

Ainsi, on peut constater que, malgré l’allongement de l’espérance de vie pour l’ensemble de la population, les écarts entre cadres et ouvriers restent les mêmes ou augmentent (document 3). Si les ouvriers et les employés – c’est-à-dire les catégories ayant les revenus les moins élevés – ont la plus faible espérance de vie, c’est en raison d’un accès aux soins plus limité et de conditions de vie (façon de se nourrir par exemple) plus mauvaises. Les conditions de l’emploi (précarité, périodes de chômage) peuvent également expliquer l’écart d’espérance de vie.

Les inégalités économiques engendrent des inégalités scolaires. On constate que plus les revenus des parents sont élevés, plus la probabilité de réussir ses études est importante. On peut l’expliquer par la possibilité de financer des cours de rattrapage ou l’accès à des écoles prestigieuses mais coûteuses. Les conditions dans lesquelles travaillent les élèves ont également une influence sur les résultats scolaires : par exemple, selon le quartier de résidence, les établissements peuvent concentrer des populations d’élèves en échec ou au contraire poursuivant une bonne scolarité.

II. Les inégalités sociales sont à l’origine d’inégalités économiques

1. Tout comme les inégalités économiques, les inégalités sociales se cumulent

Les inégalités sociales sont moins facilement mesurables que les inégalités économiques, car elles concernent des inégalités d’accès à des ressources immatérielles. On peut néanmoins mettre en évidence certaines inégalités liées à l’appartenance sociale des individus. Ainsi, les différences d’espérance de vie (document 3) ne s’expliquent pas seulement par des inégalités économiques mais également par le rapport aux soins en fonction de caractères sociodémographiques. Les groupes situés en haut de la hiérarchie sociale, comme les cadres, ont un rapport au corps différent de celui des milieux populaires (employés, ouvriers), ce qui influence leur mode de vie et a des effets sur leur espérance de vie. Ces différences expliquent également l’inégalité d’espérance de vie entre les femmes et les hommes (document 3).

La réussite scolaire ainsi que la fréquentation des lieux culturels peuvent s’expliquer également par les différences de milieux sociaux. Les cadres et les professions intermédiaires ont un capital culturel plus important que les ouvriers et les employés. Ce capital, selon Pierre Bourdieu, favorise la réussite scolaire des enfants de cadres et dessert celle des enfants d’origine populaire. De même, les habitudes culturelles sont différentes, ce qui explique pourquoi la part des cadres et professions intellectuelles supérieures ayant effectué au moins une visite culturelle au cours de l’année est près de deux fois plus élevée que celle des ouvriers (document 2). Cette fréquentation inégalitaire des lieux culturels est un facteur d’inégalité scolaire, renforçant l’idée selon laquelle les inégalités sociales sont également cumulatives.

2. Le cumul des inégalités sociales entraîne des inégalités économiques

Les inégalités sociales ont des effets sur les inégalités économiques. Le fait que les parents transmettent un capital culturel différent à leurs enfants a des conséquences sur leur parcours scolaire. Or, le type d’emploi occupé dépend en grande partie du niveau de diplôme. Ainsi, les moins diplômés occupent des emplois de faible qualification rémunérés par un salaire peu élevé. De plus, la part des hommes non qualifiés occupant un temps partiel lors de leur premier emploi est quatre fois plus élevée que celle des hommes possédant un diplôme de niveau bac + 5 (document 1). La reproduction de la réussite – ou de l’échec – scolaire favorise la reproduction des inégalités économiques.

Les inégalités de genre entretiennent les inégalités économiques. Les femmes sont fortement désavantagées sur le marché du travail, car les ­responsabilités liées à l’éducation des enfants et les tâches domestiques sont souvent inégalement réparties entre les membres du couple. Sur le marché du travail, cette inégalité se traduit par des emplois à temps partiel relativement plus nombreux pour les femmes que pour les hommes : 30 % des femmes actives ont un emploi à temps partiel (et donc un salaire proportionnel au temps de travail) lors du premier emploi contre 17 % des hommes actifs (document 1).

Conclusion

Gagnez des points !

À la fin de la conclusion, terminez votre devoir en ouvrant vers un débat en lien avec le sujet traité.

Il apparaît que les inégalités économiques et sociales se cumulent. Non seulement chaque type ­d’inégalité s’autoentretient, mais ces inégalités forment un ­système qui se reproduit dans le temps et contre lequel il est difficile de lutter. Cependant, la question est de savoir si les pouvoirs publics ou plus globalement la société ont la volonté d’atténuer fortement ces inégalités en vue de les faire disparaître.