Le but d’une dernière page de roman est-il uniquement de donner un dénouement à l’histoire ?

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde - La dissertation littéraire
Type : Dissertation | Année : 2011 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
La dernière page d’un roman
 
 

La dernière page d’un roman

Corrigé

3

Le roman

fra1_1100_00_38C

 

Sujet inédit

Le personnage de roman • 14 points

Dissertation

> Le but d’une dernière page de roman est-il uniquement de donner un dénouement à l’histoire ?

Vous répondrez dans un développement organisé, en vous appuyant sur les textes du corpus, les œuvres étudiées en classe et vos lectures personnelles.

Comprendre le sujet

  • Le sujet ne comporte qu’une question, clairement formulée.
  • Thème précis : « dernière page de roman ».
  • Perspective particulière, angle sous lequel vous devez parler de ce thème : « le but » indique que vous devez dire à quoi sert la dernière page d’un roman, préciser sa visée.
  • Formulez avec vos propres mots la problématique générale : « Quelle est l’utilité de la dernière page d’un roman ? » ou : « Quelles sont les fonctions de la fin d’un roman ? »
  • La consigne donne une réponse partielle : la fin d’un roman termine l’histoire, dénoue l’intrigue. Mais le mot « uniquement » invite à dépasser cette réponse pour poser la question : « Quelles autres fonctions peut remplir la fin d’un roman ? »

Chercher des idées

  • Subdivisez la question en variant les mots interrogatifs : « À quoi sert la dernière page d’un roman ? » ; « Quelles formes peut prendre le dénouement d’une histoire ? » ; « La dernière page d’un roman ­consiste-t-elle toujours dans le dénouement d’une histoire ? » ; « La fonction de la fin d’un roman ne dépasse-t-elle pas le dénouement ? » ; « Quelles autres fonctions, quels autres intérêts peut présenter la fin d’un roman ? »
  • Inspirez-vous de la question 1 du sujet 5 et de l’écriture d’invention (sujet 8) : « transmettre » une « conception de la vie » dans la question 1 du sujet 5 et « méditation […] d’un personnage sur ce qu’il a vécu » dans l’écriture d’invention (sujet 8) vous fournissent des pistes.
  • En amont, demandez-vous quelles sont, en dehors de l’« histoire », les composantes du roman : l’auteur (et sa vision du monde) ; la peinture des personnages, de la société, du monde ; le message.
  • Pensez aux différents types de fin de roman : fin fermée, fin ouverte…
  • Pensez que le but peut changer en fonction du type de roman : roman d’aventures, policier, de science-fiction, d’apprentissage…
  • Assortissez chacune de vos remarques d’exemples précis et analysés. Faites appel à votre connaissance des formes de romans et des mouvements littéraires : réalisme, naturalisme, Nouveau Roman…

> Pour réussir la dissertation : voir guide méthodologique.

> Le roman : voir lexique des notions.

Corrigé

Les titres en couleurs et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Amorce] Si le romancier se demande immanquablement : « Par où commencer ? », il peut aussi se demander : « Comment finir ? » Aragon écrit : « Si, pour moi, le début d’écrire est un mystère, plus grand est le mystère de finir, ce silence qui suit l’écriture. » L’enjeu est d’importance, car la fin d’un roman reste marquée dans le souvenir du lecteur et elle peut éclairer rétrospectivement tout le récit.

[Problématique] Quels sont les buts d’une dernière page de roman ?

[Annonce du plan] Elle apporte le plus souvent un dénouement à l’histoire, comme au théâtre, mais elle peut aussi avoir d’autres fonctions que de dénouer l’histoire ; elle donne son sens au roman.

I. La dernière page de roman comme dénouement

1. Autour du mot dénouement

  • Le roman implique presque toujours un nœud central, parce qu’il présente généralement une imbrication d’intérêts opposés qui crée des situations à éclaircir (L’Étranger autour d’un meurtre). Est-il possible, du reste, comme le souhaitait Flaubert, d’écrire « un livre sur rien » ?
  • Le dénouement de l’histoire fixe le sort des personnages, elle répartit les vainqueurs et les vaincus (Le Cousin Pons) et éclaircit ce que le lecteur n’avait pas compris. Ainsi, le roman policier commence alors que le nœud est déjà formé : tout le récit consiste à dénouer, à élucider l’énigme (romans d’Agatha Christie).

2. La dernière page comme aboutissement du personnage

  • La résolution d’un problème : l’obstacle, la crise ou l’épreuve sont surmontés (Thérèse Desqueyroux, La Peste).
  • Le projet est abouti : Bel-Ami réussit son ascension sociale ; Octave Mouret épouse Denise dans Au Bonheur des dames.
  • Pour les romans sans véritable nœud, on parle plutôt de la fin d’un parcours.
  • La fin d’un apprentissage : celui de Rastignac dans Le Père Goriot ; celui de Jacques Vingtras qui court sur les trois tomes de la trilogie romanesque de Vallès (L’Enfant, Le Bachelier, L’Insurgé).
  • Un échec : celui de la marquise de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses.
  • Un personnage mené au bout de son destin : il s’apparente alors à la tragédie (Le Rouge et le Noir, La Chartreuse de Parme) et le roman peut porter le nom du personnage (Madame Bovary, Le Père Goriot).

II. Quand la fin du roman n’est pas un dénouement

1. Autres fonctions de la dernière page de roman

  • Le bilan d’une trajectoire. Parfois, il n’y a pas de véritable « nœud » : la dernière page n’est que le bilan d’une trajectoire ; le personnage fait une sorte de rétrospective, de flash-back, et médite sur ce qu’il a vécu (L’Éducation sentimentale, L’Étranger).
  • La fin prend permet de mesurer l’évolution sociale (l’ascension sociale de Bel-Ami) ou psychologique d’un personnage (Meursault accepte son indifférence, se comprend mieux et comprend mieux le monde).
  • La dernière page ouvre des perspectives, relance l’action : c’est une fin ouverte (Bel Ami : le commencement d’une nouvelle vie ; Le Père Goriot : un nouveau combat, raconté dans d’autres romans de La Comédie humaine [« À nous deux maintenant ! », dit Rastignac]). Ce type de fin débouche sur des séries (Les Rougon-Macquart, La Comédie humaine, les Maigret). Dans ce cas, l’idée de fin de roman est remise en question : chaque roman est un petit épisode qui en appelle d’autres indéfiniment, et la fin de chaque récit ne constitue pas un véritable dénouement.
  • Certains romans se terminent bien après le dénouement de l’intrigue et donnent l’impression que la vie continue (La Condition humaine : la conversation de Gisors et de May ouvre des perspectives). Le roman, antidote contre la réalité, emmène vers un autre monde, il fait rêver.

2. Des fins sans intrigue ni nœud

  • Certains romans tendent vers une fin qui n’est pas vraiment une fin ­d’intrigue, mais celle d’un itinéraire spirituel : Le Temps retrouvé marque l’éclosion de la vocation littéraire du narrateur.
  • Certains romans ne sont qu’un long flash-back (« Longtemps je me suis couché de bonne heure », première phrase de La Recherche du temps perdu).
  • Sans nœud, le roman devient poésie, documentaire… Les faux romans ne finissent pas parce qu’ils ont pour objet la forme même du roman :
  • le roman poétique : sa fin ne dénoue pas une intrigue mais résume une ambiance (L’Emploi du temps de Butor) ;
  • Les Faux-Monnayeurs : le lecteur ne sait pas ce que deviennent les personnages. C’est le roman qui est le personnage principal ;
  • le Nouveau Roman : personnages et intrigue disparaissent.

[Transition] Un roman se compose d’une histoire, mais aussi d’idées. La délivrance du message est indépendante de l’existence d’une intrigue.

III. Le message du roman

1. Faire une critique ou une satire

  • La fin d’un roman peut marquer une intention morale : la scène d’enterrement du Père Goriot met en évidence l’ingratitude des aristocrates, l’omniprésence de l’argent…
  • Elle peut délivrer une intention politique : la fin de Balzac et la Petite Tailleuse chinoise de Dai Sijie stigmatise la censure et l’oppression exercées par le régime communiste chinois.

2. Agir sur le monde et pousser à agir

La fin d’un roman peut viser à inciter le lecteur à l’action politique, sociale… : la fin de Germinal (cf. sujet 5, document A) marque la foi en la révolte ouvrière, voulue et encouragée par Étienne et aussi par Zola, et invite à mettre en pratique les « leçons » d’Étienne aux mineurs (la révolte contre l’oppression).

3. Donner une vision du monde et une image de l’être humain

  • La fin d’un roman peut transmettre une vision du monde et de la vie, et fonctionner comme une philosophie en action (cf. la fin de Germinal et les textes du corpus), tantôt optimiste, tantôt pessimiste.
  • Il arrive que l’accent ne soit pas mis sur la résolution du nœud de l’action, mais sur l’héroïsme du personnage. À la fin de La Princesse de Clèves, l’attention du lecteur est attirée, non sur la mort de Mme de Clèves, mais sur son renoncement héroïque : « Et sa vie, qui fut assez courte, laissa des exemples de vertus inimitables ». Le romancier termine alors son roman en moraliste : le récit fonctionne comme un apologue.

Conclusion

[Synthèse] Au total, il semble que la fin d’un roman ait autant de fonctions qu’il existe de types de romans.

[Ouverture] En réalité, la dernière page ou le dénouement d’un roman doit être lu comme un miroir de son début : l’intérêt de la lecture d’un roman consiste à « explorer par quelles voies, à travers quelles transformations, quelles mobilisations, [la fin de roman] rejoint [son début] ou s’en différencie » (R. Barthes). Il est quasiment impossible de parler de la fin d’un roman comme d’un élément séparé du reste du texte, de l’évoquer pour elle-même.