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Le Discours en question

Sujet d’écrit • Dissertation

Le Discours en question

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • Le sujet vous invite à vous interroger sur le statut de l’œuvre au programme, ce qui vous amènera à réfléchir à sa visée.

 

 Le Discours de la servitude volontaire est-il un réquisitoire ?

Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en vous appuyant sur le Discours de la servitude volontaire de La Boétie, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours « “Défendre” et “entretenir” la liberté » et sur votre culture personnelle.

 

Les clés du sujet

Analyser le sujet

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Formuler la problématique

Pour qui est écrit le Discours de La Boétie ? Le tyran qui asservit ses sujets ? Le peuple qui se soumet volontairement ? Le lecteur chez qui il faut toujours entretenir l’idée de liberté ?

Construire le plan

1. Un acte d’accusation

Identifiez les cibles du réquisitoire et les charges retenues contre elles ?

Dégagez les caractéristiques d’un discours accusateur.

2. Du judiciaire au délibératif

Interrogez-vous sur la responsabilité du peuple dans le mécanisme de servitude.

Montrez que l’auteur érige moins un tribunal qu’un espace de réflexion.

3. Une exhortation à la liberté

Demandez-vous comment La Boétie parvient à réveiller­ ses lecteurs.

Analysez en quoi l’éloquence favorise l’exercice de la liberté chez le lecteur.

Les titres en couleur ou entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] En 1553, Étienne de La Boétie est reçu dans le grade de licencié en droit civil. Le jeune juriste se met alors à l’écriture du Discours de la servitude volontaire qui se diffuse secrètement. La première édition partielle se trouve dans le Réveille-Matin des Français en 1574, pamphlet protestant qui a trouvé dans l’éloquence de l’auteur un soutien à sa cause. Le Discours est-il un réquisitoire ? [Reformulation du sujet] Peut-on le lire comme un texte à charge contre la tyrannie ? [Problématique] Le tyran qui asservit ses sujets n’en semble pas être toutefois le seul destinataire, La Boétie s’adressant aussi au peuple qui se réduit en servitude de son plein gré. Pour qui et pour quoi écrit-il alors ? [Annonce du plan] Pour le déterminer, il s’agira d’abord d’étudier ce qui rapproche l’ouvrage d’un acte d’accusation ; puis, il faudra montrer comment le discours glisse du judiciaire vers le délibératif ; enfin, on l’envisagera comme une exhortation à la liberté.

I. Un acte d’accusation

 Le secret de fabrication

Il s’agit de montrer que le Discours correspond à la définition du réquisitoire.

1. Le procès de la servitude

La Boétie oriente son Discours du côté du judiciaire : il pourfend la soumission librement consentie à la volonté d’un seul. En se fondant sur le passé, en mobilisant une rhétorique empruntée à la justice, le texte instruit le procès du despotisme.

Le Discours se donne comme un réquisitoire contre ce « mange-peuple » (Homère) qui provoque la juste colère de l’orateur. L’hyperbole et la question oratoire se chargent de mettre en accusation le tyran, ce « Myrmidon souvent le plus lâche, le plus vil, le plus efféminé de la nation » et d’interpeller l’auditoire : « Nommerons-nous cela de la lâcheté ? ». L’arrogance du « mauvais Prince » est mise en cause, qui voit dans le peuple des « serfs héréditaires ».

à noter

Issu de murêx, « la fourmi », un myrmidon désigne un homme à l’opposé d’un colosse.

La servitude est condamnable pour autant qu’elle blesse la nature. « Il est dans la nature de l’homme d’être libre et de vouloir l’être » comme le confirme l’observation des animaux : « les bœufs eux-mêmes gémissent sous le joug, les oiseaux pleurent en cage ».

2. Les armes de la dénonciation

Le tyran n’est toutefois pas le seul coupable. L’accusation enveloppe ses complices avec lui : « sous le grand tyran, autant de petits tyranneaux ». Le dispositif se trouve décrit avec lucidité lorsque l’auteur regarde vers « ceux qui sont possédés d’une ardente ambition et d’une notable avarice ».

À la raison, La Boétie adjoint l’Histoire pour étayer ses chefs d’accusation, notamment celui de la duperie. L’auteur convoque ainsi « les rois d’Assyrie­ » qui recouraient au mystère pour renforcer leur pouvoir en impressionnant leurs sujets.

La persuasion vient également épauler la conviction pour dénoncer la servitude : l’exemple de « ces villageois, ces paysans […] foul[és] aux pieds et […] trait[és] comme des forçats ou des esclaves » par les complices du tyran ne manque pas de susciter la pitié du lecteur.

[Transition] La Boétie accumule ainsi les charges contre ceux qui soumettent le peuple à leur pouvoir autoritaire. Pourtant, l’éloquence judiciaire qu’il déploie ne conduit à aucune condamnation.

II. Du judiciaire au délibératif

 Le secret de fabrication

Il s’agit de montrer que le Discours opère un glissement : il appelle moins un jugement qu’une délibération.

1. Le peuple incriminé

Si le despote est bien visé par le Discours, le peuple qui en est la victime se trouve à son tour mis en cause : « Ce sont donc les peuples qui se laissent, ou plutôt se font garrotter, puisqu’en refusant seulement de servir, ils briseraient leurs liens. »

Gagnant le champ de l’épidictique, le texte se fait blâme. La soumission d’un nombre infini d’hommes provoque la honte de l’orateur qui, à grand renfort de gradations, condamne leur attitude vile : « Pauvres et misérables, peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien, vous vous laissez enlever, sous vos propres yeux, le plus beau et le plus clair de votre revenu. »

Toutefois, le mal semble incurable et l’auteur admet son impuissance : « peut-être ai-je tort de vouloir donner ces conseils au peuple […], sa maladie est mortelle. »

2. Le « Réveille-matin »

Pourtant, même « tomb[é] […] dans un profond oubli de tous ses droits », le peuple et les lecteurs qui se reconnaîtront en lui continuent d’être les destinataires du Discours, l’auteur nourrissant l’espoir d’une prise de conscience : « il est presque impossible de le réveiller de sa torpeur », l’adverbe incarnant une issue à la servitude.

Au reste, la péroraison se contente d’espérer la condamnation du prince et invite, à travers l’usage du « nous », à la réflexion. Là où les modèles antiques interpellaient juges et jurés, le Discours quitte le tribunal pour un espace délibératif.

Renvoyé finalement à la justice divine, le tyran échappe au couperet d’un verdict. L’avocat ou l’accu­sa­teur publique ne se manifeste pas comme tel. Le texte s’oriente alors vers une suasoire.

mot clé

Une suasoire est un discours propre à persuader et à agir dans l’avenir.

[Transition] La Boétie cherche moins à instituer le procès de la servitude qu’il ne fait réfléchir à cette notion. Le Discours suscite et accompagne les actions à venir.

III. Une exhortation à la liberté

 Le secret de fabrication

Il s’agit d’étudier la manière dont le Discours appelle le lecteur à agir et entretient l’idée de liberté.

1. Un appel à l’action

La Boétie souligne la contradiction qui consiste à prêcher la liberté tout en reconnaissant la cécité du peuple. Pourtant, en ouvrant les yeux du lecteur sur la servitude et ses mécanismes, notamment l’habitude, il oblige le lecteur à se reconnaître comme premier agent de la soumission.

Si la liberté n’est jamais acquise comme le montre l’Histoire antique, la libération semble toujours possible : il suffit de cesser de soutenir les Césars.

À l’étonnement que suscite le spectacle de la servitude au début de l’ouvrage­, l’auteur substitue la lucidité. En permettant à chaque sujet de se libérer de l’emprise despotique, il donne corps à une utopie où domination et oppression n’auraient plus cours.

2. Une parole libre

Perçu comme séditieux à son époque, le Discours vaut pour un coup de boutoir contre toute forme de pouvoir inique. La parole qui sort du texte se caractérise par sa capacité à « force[r] le mur du temps ».

La Boétie fait jaillir une menace : il exhibe sous les yeux de ses lecteurs les moyens de la tyrannie, tenus cachés, et il donne l’occasion à chacun de se saisir de la question de la servitude.

Entre diatribe et déclamation, le Discours fait naître, via de nombreuses apostrophes, une impatience d’être libre et une envie d’accomplir son devoir moral d’être libre ; pour autant, il n’exige pas une adhésion à une thèse définitive, ni la soumission à un point de vue établi.

mot clé

La diatribe est un genre littéraire antique, à visée morale, qui prenait une forme souvent polémique et violente.

Conclusion

[Synthèse] Le Discours de la servitude volontaire se donne d’abord comme un réquisitoire contre les « mauvais Princes » et leurs complices auxquels il est reproché, contre les lois de la nature, d’asservir le peuple ; ce dernier est pourtant lui aussi mis en cause et le lecteur incité à s’éveiller à la liberté. L’ouvrage de La Boétie n’est donc pas seulement une charge contre la tyrannie mais une invitation à méditer sur notre condition d’homme. [Ouverture] Il est écrit pour entretenir la liberté et pour tous ceux qui cherchent à « s’entreconnaître » (Rousseau).

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