Le FMI, outil de gouvernance économique mondiale ?

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Gouverner à l'échelle mondiale : la gouvernance économique depuis 1944
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2014 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Le FMI, outil de gouvernance économique mondiale ?
 
 

L’échelle mondiale

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Histoire

27

CORRIGE

 

Sujet inédit

étude critique de documents

> Après avoir présenté les documents en précisant leur contexte, présentez de façon critique le rôle initialement assigné au FMI, puis expliquez les reproches dont il peut faire l’objet aujourd’hui.

DOCUMENT 1

Les objectifs du FMI selon Eisenhower

« La coopération internationale est la clé décisive de la paix. Elle doit advenir. Elle doit progresser d’année en année ou bien le monde sera plus pauvre à cause de cet échec. […] Avec la Banque mondiale et le FMI, nous avons la possibilité d’étendre le champ de la coopération à notre vie économique, à la vie économique internationale. Comme la compréhension mutuelle, la bonne volonté et, par-dessus tout, la confiance réciproque sont la base de toute transaction économique dans une nation, elles le sont aussi le monde. […] Comme la confiance grandira, nous irons vers une augmentation générale des niveaux de vie dans le monde. L’économie se renforcera dans la confiance ainsi engendrée. »

Déclaration de Dwight D. Eisenhower, président des États-Unis, 28 septembre 1956.

DOCUMENT 2

Le rôle du FMI face au printemps arabe

« “Notre situation n’est pas bonne et le FMI ne vient pas proposer un prêt à un pays. Au contraire, c’est le pays qui vient vers le FMI”, a déclaré Elyes Fakhfakh, ministre [tunisien] des Finances, devant l’Assemblée nationale constituante, le 23 mai. Le 19 avril, Christine Lagarde, la directrice de l’institution internationale venue en février 2012, a annoncé l’accord d’un prêt de 1,75 milliard de dollars sur deux ans et remboursable en cinq, qui servirait de réserve d’urgence alors que la Tunisie va engager une batterie de réformes. Ces réformes "ne sont pas imposées par le FMI. L’institution ne fait qu’accompagner les efforts du gouvernement", plaide Ferjani Doghmane, député Ennahda et président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale constituante.

Augmentation des prix du carburant – qui ont déjà augmenté, engendrant une hausse des coûts des transports en commun –, baisse des impôts sur les sociétés, déplafonnement des taux d’intérêt, audit des entreprises publiques de l’énergie, des banques, réforme du code d’investissement, mais aussi de la caisse de compensation générale qui subventionne les prix de base…, toutes les réformes envisagées risquent de faire mal, mais c’est cette dernière mesure qui est la plus controversée. Le but de la réforme est de mieux cibler les aides vers les ménages nécessiteux. Mais en 1984, à la demande du Fonds monétaire international de stabiliser l’économie, Habib Bourguiba avait augmenté les prix du pain et des céréales. Des émeutes avaient éclaté, faisant, officiellement, 70 morts. »

Julie Schneider, « Le FMI, sauveur de la Tunisie ou fossoyeur de la révolution ? », Le point.fr, 27 mai 2013.

Lire la consigne

Le sujet porte sur le rôle du FMI comme outil de gouvernance économique mondiale (question 3 du thème 4 du programme). La consigne commande trois opérations : présenter le contexte des documents, définir le rôle du FMI, puis expliquer les reproches dont l’institution peut faire l’objet. Confirmé par le point d’interrogation placé à la fin de l’énoncé, le travail consiste à confronter l’ambition initiale du Fonds monétaire international à sa mise en œuvre sur la longue durée. L’invitation à présenter le FMI de « façon critique » oblige à discuter le bien-fondé des propos tenus par Eisenhower. De même, l’explication des reproches énoncés dans le second document est l’occasion de relativiser ceux-ci ou de les mettre en perspective. Le second document porte sur la Tunisie. Pour autant, il ne faut pas hésiter à recourir aux connaissances personnelles pour montrer que ce pays n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Analyser les documents

Le premier document est une déclaration officielle de 1956 émanant du président des États-Unis. Il permet de définir la ligne politique de la première puissance économique mondiale de l’époque, douze ans après qu’elle ait institué le FMI dans le cadre des accords de Bretton Woods. Le second document est le point de vue récent d’une journaliste française. Ce document est moins représentatif que le premier. Ni par sa date ni par son auteur, il ne peut être mis sur le même plan. La confrontation des deux textes permet toutefois de poser les bases d’un débat contradictoire sur le rôle du FMI tel qu’il existe.

Organiser la réponse

La consigne impose deux parties, une première pour définir le rôle du FMI tel qu’il fut conçu, une seconde pour énoncer les limites de l’institution. Chacune de ces parties se décomposera en sous-ensembles, afin de mettre en perspective historique les propos d’Eisenhower en premier lieu, ensuite pour présenter les critiques recensées et/ou les relativiser. Les deux démarches sont possibles.

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

 

Info

Née 4 ans plus tôt, l’expression « tiers-monde » désigne les pays pauvres généralement issus de la décolonisation.

En 1944, lors de la conférence de Bretton Woods, les États-Unis et leurs alliés ont institué le Fonds monétaire international (FMI) afin d’aider les pays ruinés par la guerre à se reconstruire en soutenant le cours de leur monnaie. Soixante-dix ans plus tard, cette aide n’est plus nécessaire mais l’institution existe toujours. Elle s’est trouvée de nouvelles missions. Quel rôle a-t-elle eu entre 1956 et nos jours et quelles critiques ce rôle a-t-il soulevées ? En 1956, un an après la conférence de Bandung qui scelle l’apparition du tiers-monde sur la scène internationale et la mise en place d’une coexistence pacifique entre les États-Unis et l’URSS, le président Eisenhower expose la mission qu’il attribue alors au FMI. Cinquante-sept ans plus tard, au lendemain de la révolution qui a chassé du pouvoir le président tunisien Ben Ali, une journaliste française s’interroge sur l’action de l’organisme et les conditions qu’il impose en échange de son aide. La confrontation de ces deux documents permet d’évaluer l’utilité du FMI.

I. Un outil de coopération au service de la paix ?

  • Dans sa déclaration, le président Eisenhower est clair : le FMI a vocation à faire progresser la paix par la coopération entre les nations, leur collaboration (il parle de « compréhension mutuelle »), les échanges commerciaux entre elles (les « transactions ») et l’apport de capitaux qui est la fonction spécifique de l’institution.
 

Infos

En 1947, l’octroi des fonds du plan Marshall est conditionné à l’éviction des ministres communistes du gouvernement français.

  • Cette coopération doit engendrer la « confiance » précise-t-il, laquelle suppose toutefois qu’elle soit préexistante, les Américains n’étant pas disposés à distribuer des fonds à un pays communiste ou allié de l’URSS. Dans la continuité de la doctrine Truman, le FMI apparaît ainsi comme une arme pour attirer les nouveaux États indépendants dans le camp occidental. L’aide est allouée dans la mesure où le pays bénéficiaire adopte le modèle d’économie libérale incarné par les États-Unis.

[Transition] Pendant la guerre froide, le FMI s’est ainsi posé comme un outil au service des intérêts du bloc occidental. La fin du conflit Est-Ouest a-t-elle changé les choses ?

II. Un outil au service de la mondialisation plutôt que des États

  • En 2011, le printemps arabe libère plusieurs États d’Afrique du Nord (Tunisie, Libye, Égypte) de régimes autoritaires dont les dirigeants étaient suspectés de détourner les capitaux nationaux à leur profit. Parmi ces États, la Tunisie hérite d’un gouvernement qui entreprend des réformes pour redresser le pays. Pour financer celles-ci, son ministre des Finances demande l’aide du FMI. Celui-ci lui accorde un prêt de 1,75 milliard de dollars (doc. 2). L’institution montre ainsi qu’elle a toujours vocation à soutenir le développement des pays en difficultés.
 

Conseil

Le titre fait partie du document et peut être exploité.

  • Un député tunisien précise que les réformes mises en œuvre ne sont pas imposées par le FMI. Évoquant le précédant de 1984, la journaliste Julie Schneider exprime ses doutes. L’aide du FMI ne va-t-elle pas nuire à la révolution tunisienne ainsi que le suggère le titre de son article : le FMI sauveur ou fossoyeur de la révolution ?
 

Info

Les attentats du 11 septembre 2001 marquent le début d’une guerre des États-Unis et de leurs alliés contre le terrorisme islamique incarné par Al-Qaïda.

  • L’aide, en effet, n’est pas gratuite. Le prêt doit être remboursé. On imagine mal l’organisation, par ailleurs, ne pas demander comptes de l’argent versé à un pays qui vient de légaliser le parti Ennhada, organisation de tendance islamique peu encline à rassurer les occidentaux en guerre depuis 2001 avec les mouvements islamistes radicaux.
 

Info

Inspirées par l’école de Chicago, ces réformes visent à réduire au maximum l’intervention des États dans l’économie.

  • De fait, échaudé par le détournement ou le mauvais usage des prêts octroyés entre les années 1960 et 1980, le FMI a pris l’habitude d’accompagner ses aides de recommandations en termes de réformes. Celles-ci portent le plus souvent sur la baisse des impôts pour relancer la consommation ou revitaliser les entreprises, la libération des prix des produits de base qui engendre souvent leur hausse, la privatisation d’entreprises publiques, la déréglementation des marchés intérieurs…, mesures génératrices de relance économique mais qui profitent plus souvent à des intérêts privés ou extérieurs qu’aux populations. Tel est le cas du Chili après 1973 où le FMI expérimente des réformes néolibérales, du Mexique en 1982 et de la Tunisie de Bourguiba en 1984. Ces conditions sont sources d’importantes critiques dans la mesure où elles sont très idéologiquement marquées ; et si elles sont bien un outil de gouvernance mondiale, elles n’apparaissent pas comme un moyen d’aider les peuples.

Conclusion

Comme initialement prévu, le FMI apporte une aide indispensable aux États les plus pauvres, favorisant la pacification du monde dans la mesure où elle répond aux besoins les plus urgents ; mais cette aide a un prix souvent douloureux pour les ressortissants des pays secourus au point de générer des mouvements de colère populaire susceptibles de créer de nouveaux désordres. Le FMI apparaît ainsi comme un outil difficile à manier.