Le Japon et la Chine : concurrences régionales, ambitions mondiales

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : L'Asie du Sud et de l'Est : les enjeux de la croissance
Type : Composition | Année : 2013 | Académie : Moyen-Orient
Corpus Corpus 1
Le Japon et la Chine : concurrences régionales, ambitions mondiales

L’Asie du Sud et de l’Est : les enjeux de la croissance

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Géographie

46

Antilles, Guyane • Septembre 2014

composition

Les clés du sujet

Analysez le sujet

Les termes du sujet


Terme


Définition


Chine – Japon


Deux pays différents : le Japon est un pays très développé, mais dont l’économie stagne ; la Chine est un pays émergent, en très forte croissance économique.


concurrences régionales


Premier niveau d’échelle pour l’analyse du sujet, le terme renvoie à l’Asie orientale.


ambitions mondiales


Deuxième niveau d’échelle pour l’analyse du sujet, le terme renvoie à un projet de puissance qui se déploie au niveau planétaire.

La problématique

Quel pays, de la Chine ou du Japon, assurera à l’avenir le leadership dans cette région du monde en pleine croissance économique ? Quelles sont les ambitions de chacune des puissances, et quels sont leurs moyens pour y parvenir ?

Utilisez les mots clés


Évitez les pièges

  • Le sujet est un sujet comparatif : veillez absolument à éviter les plans qui aborderaient successivement la Chine puis le Japon. Cela ne manquerait pas d’être sanctionné. On attend au contraire un plan thématique, avec une comparaison des deux pays.
  • S’agissant d’ambitions mondiales, il est difficile de ne pas évoquer les rapports entre ces deux puissances asiatiques et l’hyperpuissance mondiale que sont les États-Unis. N’en faites cependant pas trop : ce n’est pas le sujet !
Corrigé
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Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Présentation] À l’heure où la Chine a remplacé le Japon comme deuxième économie mondiale et où certains indicateurs la mettent à la première place, devant les États-Unis, le xxie siècle semble bien être le siècle de Pékin. Tokyo n’a pourtant pas dit son dernier mot.

[Problématique] Qu’en est-il aujourd’hui ? Quels sont les projets, les ambitions mondiales de ces deux puissances ? De quels moyens disposent-elles pour faire valoir ces ambitions ? Comment se manifestent leurs concurrences en Asie ?

Conseil

Dans l’annonce de votre plan, plutôt que des formulations un peu lourdes du type « dans une première partie, nous verrons que… », il peut être plus élégant de résumer par une phrase chaque partie de votre copie.

[Annonce du plan] Le face-à-face Chine-Japon ne date pas d’aujourd’hui, mais leurs atouts respectifs sont très différents. Au plan régional, les deux pays oscillent entre complémentarité et concurrence. Sur le plan mondial, en revanche, leurs projets de puissance n’ont pas grand-chose en commun.

I. Chine-Japon : un face-à-face historique

1. De la filiation à l’agression

  • La Chine se pense le centre du monde depuis l’Antiquité. Pourtant, malgré une influence millénaire, le Japon a toujours refusé le système tributaire de l’empire du Milieu.
  • Le Japon se lance avec l’ère Meiji à partir de 1868 dans une modernisation à l’occidentale qui le conduit à une formidable expansion en Asie, à laquelle la défaite de 1945 met un terme. La Chine, dominée par les Européens dès le xixe siècle (traités inégaux), subit la colonisation japonaise dès 1937.

2. Croissances et reconnaissance

  • Après guerre, le Japon connaît une période de « haute croissance » (1955-1973) qui le propulse au deuxième rang économique mondial. Communiste à partir de 1949, la Chine n’est reconnue par le Japon qu’en 1972, et son économie reste marquée par une grande pauvreté.
  • La mort de Mao Zedong en 1976 et les « quatre modernisations » de 1979 ouvrent la Chine au capitalisme mondialisé. Trente-cinq ans de croissance économique l’amènent au premier rang mondial en 2015 en parité de pouvoir d’achat (mais pas au taux de marché). Pour la première fois de leur histoire, Chine et Japon sont simultanément des puissances régionales.

3. Les atouts différenciés de la Chine et du Japon

  • La démographie donne l’avantage à la Chine : presque 1,4 milliard d’habitants, dont une grande majorité d’adultes actifs, alors que le Japon peine à maintenir ses 126 millions d’habitants à la moyenne d’âge avancée. Mais la Chine vieillit, du fait notamment de la politique de l’enfant unique.
  • Devenue l’« usine du monde », la Chine est le plus émergé des pays émergents, avec une classe moyenne en forte progression et des excédents commerciaux massifs. Mais le Japon reste une économie ultra-moderne, à l’avance technologique considérable.

[Transition] Comment ces atouts différenciés s’expriment-ils dès lors à l’échelle régionale ?

II. De la complémentarité à la concurrence régionale

1. La complémentarité du « circuit intégré asiatique »

  • Le Japon fait encore figure de donneur d’ordres dans l’espace régional, la Chine constituant sa plate-forme manufacturière. Les deux pays sont donc plus complémentaires que concurrents dans le « circuit intégréasiatique ».
  • Mais la Chine n’est pas un pays émergent comme les autres, en raison de sa taille, de ses réserves financières colossales et de sa capacité à s’approprier les technologies étrangères.

2. Les difficultés de l’intégration régionale

  • L’intégration régionale progresse, mais au profit de qui se réalisera-t-elle ?

Info

L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) regroupe dix pays de la région. S’y sont joints la Chine, le Japon et la Corée du Sud (ASEAN+3) ainsi que l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Inde (ASEAN+6).

  • L’ASEAN oscille ainsi entre une ASEAN+3 où la Chine semble en position de force, et une ASEAN+6 où l’influence de Pékin semble diluée dans les démocraties.
  • L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) regroupe la Chine, la Russie et quatre pays d’Asie centrale. L’OCS, qui tient le Japon (et les États-Unis) à l’écart, permet à Pékin d’affirmer son leadership régional.

3. Des contentieux géopolitiques

  • Les nationalismes chinois et japonais s’opposent sur un contentieux mémoriel récurrent : la Chine dénonce les crimes de guerre japonais, envers lesquels les milieux nationalistes nippons ont une attitude fort ambiguë – dont témoignent les visites officielles au sanctuaire Yasukuni.
  • Le contentieux affecte aussi des formes plus classiques, tel celui territorial sur les îles Senkaku/Diaoyu, administrées par le Japon mais revendiquées par la Chine.

Conseil

Soignez autant que possible les transitions, afin de conduire le correcteur d’une partie à l’autre de votre raisonnement. Vous pouvez marquer cette transition en allant à la ligne.

[Transition] Est-ce là le signe d’ambitions mondiales différentes sinon contradictoires ?

III. Des ambitions mondiales différentes

1. Des soft powers balbutiants ?

  • Le cool Japan est parti à la conquête du monde, fort de la qualité de ses mangas ou de ses dessins animés – notamment ceux d’Hayao Miyazaki –, une manière d’améliorer, en Asie et dans le monde, une image écornée par son impérialisme des années 1930.
  • Mais le soft power chinois est également en plein essor. Les instituts Confucius diffusent langue et civilisation, renforçant les images mondialisées d’une Chine olympique (Jeux de Pékin 2008) et moderne (Exposition universelle de Shanghai 2010).

2. L’apparente inégalité des hard powers

  • La Chine est membre permanent du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), alors que le Japon voit sa revendication à ce statut entravée par le veto chinois.
  • La puissance militaire chinoise est en accroissement constant et protège ses intérêts dans le monde (« collier de perles »). Les forces armées japonaises, quoiqu’ultra-modernes, ne font le poids que grâce à l’alliance avec les États-Unis.

3. Les dimensions de la puissance mondiale

  • Les ambitions mondiales sino-japonaises se heurtent dans la recherche des matières premières nécessaires à des économies pareillement dépendantes.
  • Les projets de puissance semblent toutefois différents. Si le Japon vise à devenir une « Suisse de l’Asie », l’ambition mondiale de la Chine est manifeste. Pékin se dirige vers un condominium mondial partagé avec Washington.

Conclusion

[Reprise] Les deux puissances de niveau mondial que sont le Japon et la Chine présentent donc des profils différents. Si Tokyo a les moyens d’ambitions mondiales, il subit toujours les séquelles de la défaite de 1945. Son projet de puissance en est comme tétanisé. Pékin, en revanche, affirme des ambitions mondiales de très haut niveau, et ses moyens pour y parvenir se développent d’année en année.

[Réponse] Les concurrences régionales sont très sévères, et prennent parfois un caractère agressif, même si elles font davantage place à des complémentarités sur le plan économique. Les ambitions mondiales sont cependant très différentes. Il fait peu de doute que la Chine assumera rapidement le leadership régional, en attendant mieux.

[Remise en perspective] Dans les deux cas, cependant, Chine et Japon doivent compter avec les États-Unis : comme soutien et garant de sa sécurité pour le second, comme un rival encore loin en tête pour la première.