Le metteur en scène débat avec la comédienne choisie pour interpréter le rôle de Salina dans la pièce de Gaudé

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Annales corrigées
Classe(s) : 1re STI2D - 1re STMG - 1re ST2S - 1re STL | Thème(s) : Le théâtre, texte et représentation
Année : 2014 | Académie : France métropolitaine
Corpus Corpus 1
Théâtre et passion

Théâtre et passion • Invention

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Le théâtre

16

France métropolitaine • Septembre 2014

Le texte théâtral et sa représentation • 14 points

Écriture d’invention

> Une jeune troupe de théâtre a choisi de représenter « Le récit de Salina » (texte C), extrait de la pièce de Laurent Gaudé.

Le metteur en scène débat, avec la comédienne choisie pour interpréter le rôle de Salina, de l’intérêt de représenter un tel monologue aujourd’hui, mais aussi des choix de mise en scène et d’interprétation (jeu du personnage principal, costumes, décors, éclairages, son). Rédigez ce dialogue, en une trentaine de lignes au minimum.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

  • Sujet du texte : « le récit de Salina » ; la perspective à adopter sur ce thème est « intérêt » et « choix de mise en scène / d’interprétation ».
  • Forme du texte : « dialogue ». Respectez-en les caractéristiques (style direct, adresse des interlocuteurs l’un à l’autre, ponctuation…). 
  • Type de texte : « débat », « l’intérêt », « choix de mise en scène / interprétation » impliquent une prise de parti : le texte sera argumentatif.
  • Thèse : l’intérêt et la mise en scène d’un monologue. 
  • Situation d’énonciation : « le metteur en scène » s’adresse à « la comédienne » qui incarne « Salina ». Ils collaborent, mais l’un « dirige » l’autre.
  • Niveau de langue : correct, avec des termes techniques du théâtre.
  • Registre : non précisé, mais « débat » suggère l’enthousiasme.
  • « Définition » du texte à produire, à partir de la consigne.

Dialogue (genre), qui argumente sur (type de texte) le monologue / la mise en scène / l’interprétation du rôle (thème), enthousiaste (registre), pour défendre des choix, une mise en scène, une interprétation (buts).

Chercher des idées

Le fond

  • Analysez le texte (comme un metteur en scène) ; cherchez-y les expressions qui suggèrent une mise en scène (à imaginer). Pensez à tous les aspects d’une mise en scène : décor, costumes, éclairages, jeu de l’actrice, progression. Il faut s’appuyer sur le texte avec précision.
  • Vous devez montrer l’actualité de l’enjeu du monologue.
  • Comme il s’agit d’un débat, proposez pour certains éléments deux suggestions, l’une du metteur en scène, l’autre de l’actrice.

La forme

  • Votre texte doit être vivant et les répliques s’enchaîner logiquement.
  • Le débat doit rendre sensible la nature des liens entre le metteur en scène et l’actrice (conflit ? entente ? confiance ?).

>Pour réussir l’écriture d’invention : voir guide méthodologique.

>Le théâtre : voir mémento des notions.

Corrigé
Corrigé

Toscane L. S., jeune actrice d’origine africaine, joue Salina dans la pièce de Gaudé. Le metteur en scène Raphaël D. fait le point sur son monologue.

« Je n’ai pas voulu t’influencer et je t’ai laissée apprendre ton texte, mais maintenant que nous commençons les répétitions, j’aimerais parler de ton monologue, tu sais le récit de Salina le soir de son mariage… Qu’est-ce qu’il t’a inspiré ?

– Des élans féministes ! Une poussée de révolte, une tension intérieure qui m’a envahie, comme si Salina, c’était moi…

– Oui, je pense que cette violence est très actuelle, tout comme la réflexion sur la place de la femme dans la société, et cette question du mariage forcé.

– C'est sans doute pour ça que Gaudé a choisi de placer l’action en Afrique.

– Mais bien sûr ! Je pense qu’avec cette pièce, nous touchons au politique, au social. Cette pièce sera une arme et un outil de réflexion… Tout en partant d’éléments réalistes, en ancrant l’action dans un pays où la femme est mariée de force, il faut montrer que l’histoire de Salina dépasse ce cadre et symbolise la condition de chaque femme, noire ou blanche, soumise à une tyrannie.

– Ambitieux comme projet ! Mais alors, que dire à la costumière ?

– J’ai déjà des idées… comme le voile que tu porteras.

– Mais alors je dois porter du blanc, puisque c’est le jour de mon mariage ?

– À vrai dire, j’avais plutôt en tête du noir, pour faire ressortir le tragique et l’idée que Salina porte le deuil de sa liberté.

– Mais en Afrique, la couleur du deuil, c’est justement le blanc !

– D’accord ! mais ici, en Europe, pour nos spectateurs, c’est le noir ! Nous devons nous adapter à notre public. 

– Tu as raison. D’autant plus que ma couleur de peau indiquera assez clairement que nous sommes en Afrique ; le vêtement noir suggérera que nous sommes aussi… en Europe. D’ailleurs, je me rappelle que, dans un entretien, Farid Paya, qui a monté la pièce au Théâtre du Lierre, avait choisi des costumes résultant d’un mélange : il appelait cela des « costumes syncrétiques ».

Observez

Pour les travaux d’écriture sur le théâtre, toute référence à une vraie mise en scène a valeur d’argument d’autorité.

– Oui, c’est aussi mon idée… Et en ce sens il rendait parfaitement compte des intentions de Gaudé qui veut que « l’univers de Salina [soit] un territoire imaginaire, composé d’éléments appartenant à des civilisations différentes : la tragédie grecque, les terres du désert saharien, l’univers africain de l’épopée ».

– Je vois… Donc j’imagine que pour mon récit, nous ne respecterons pas la bienséance et que nous aurons de la violence à n’en plus pouvoir ?

– N’exagérons rien ! Mais, oui, j’ai pensé à représenter sur scène la « guerre et le feu », avec les « hommes en armes ». Ma première idée, c’était que tu sois, toi, seule sur le plateau comme narratrice en retrait, et que des images de l’action soient projetées, ensanglantant la scène. Mais je préfère incarner ces combats sur scène, quitte à scinder l’espace scénique en deux, pour le passé (le soir des noces) et pour le présent (ton récit).

– Oui, mais dans ce cas, il nous faudrait une deuxième Salina pour… 

– Ah pas mal ! C’est exactement l’idée qui m’est venue : tu pourrais raconter l’action pendant que ton double – le visage caché – la subirait sur scène.

– Pourquoi pas mettre en valeur ce côté noir et la solitude de Salina, mais sans aucune violence sur scène ? La violence serait seulement suggérée.

– Non ! Je pense que le public vient au théâtre pour voir… Et c’est cela que toi et moi, nous devons leur donner. Gaudé avait d’ailleurs conscience de la difficulté – et pour l’acteur et pour le metteur en scène – de sa pièce quand il dit : « Je n’ai pas écrit Salina en pensant à ce qui pourrait être réalisable ou non sur un plateau […]. Nous sommes dans la démesure. Salina n’est pas une pièce impossible à monter. C’est une pièce qui, je crois, nécessite que l’on invente les outils avec lesquels on va s’en emparer. » Bon, je m’égare… Montre-moi ton rire, tu sais quand tu dis : « J’éclatai de rire ».

Ah ! Ah ! Ah !

– Ah non ! Beaucoup trop discret ! Le rire est la seule arme qui te reste. Tu es face à un destin et c’est ton dernier cri de liberté, c’est la folie tragique qui t’emporte ! Comme dans les tragédies antiques. 

– Donc tu me veux déchaînée sur scène ?

– Exactement ! D’ailleurs j’utiliserai un stroboscope pour souligner ton rire.

– Je crains que cela ne nuise à l’action : on aura du mal à y voir… Et puis je dois ménager une progression : elle dit d’abord qu’elle « souriai[t] sous ses voiles » ; ce n’est qu’ensuite qu’explose ce rire. En même temps, c’est un rire qui « implore le sort », presque soumis. Ton idée de stroboscope me semble noyer tout cela… J’ai une autre idée pour l’éclairage : lumière blanche pour le début, puis progressivement, la scène s’assombrit jusqu’à ma réplique : « Il avait le visage couvert de sang » ; là, lumière rouge, symbolique du sang et de la colère…

– Pas mal… Mais il ne faut pas que ce soit trop sombre, car il y aura du monde sur scène, je ne veux pas d’accident avec la table et les chaises.

– Il y aura une table et des chaises ?

– Bien sûr ! Une table garnie de mets, et des chaises toutes simples ; cela suffira pour suggérer le mariage. Pas trop de décor… Gaudé lui-même dit : « L’espace nu du plateau contient toutes les réponses. Il n’est besoin de rien d’autre que le corps des comédiens. Leur présence. Et la lumière. » 

– Oui, mais « c’est un peu court » pour rendre compte du cadre africain…

– Ces accessoires ont valeur de symbole… la nappe, les plats exotiques…

– Mais, pour cela, on pourrait aussi ajouter un fond sonore : une musique traditionnelle, une sorte de mélopée qui soulignerait le ton lyrique et par moments élégiaque de ce long récitatif.

– Oui, une bande-son qui mêlerait cette musique à l’unisson avec les sentiments de Salina et des sons réels, cris et bruits de combat.

– Oui mais pas trop fort… Il ne faudra pas que cela couvre ma voix…

– Ne t’inquiète pas ! D’ailleurs, pour tes derniers vers, nous aurons un silence de plomb pour souligner cette tension, comme un point d’orgue.

– C’est vrai, le silence a parfois plus d‘efficacité que la musique ou les mots.

– Écoute, il est tard, on verra ça aux premières répétitions demain. »