Usages sociaux et politiques et enjeux de la préservation
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Sujet zéro • dissertation
Le patrimoine : entre héritage et construction
Intérêt du sujet • Le patrimoine est pris entre deux dynamiques. D’un côté, il constitue une trace du passé, de l’autre il est récupéré et adapté par les sociétés en fonction d’enjeux immédiats.
Le patrimoine, héritage du passé ou construction mémorielle ?
Les clés du sujet
Analyser le sujet

Dégager la problématique
Les États et les sociétés utilisent le patrimoine à des fins politiques, économiques et sociales.
Entre héritage du passé et construction mémorielle, comment les sociétés pensent-elles leur patrimoine ?
Construire le plan
Le plan doit rester analytique car aucune rupture n’est assez nette pour donner du sens à un plan chronologique.

Les titres et les indications entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.
Introduction
Le secret de fabrication
La formulation du sujet est assez complexe. Pour votre problématique, vous pouvez reprendre les termes « héritage du passé » et « construction mémorielle » tout en proposant une question personnelle. Vous montrez ici que ce sont les sociétés qui définissent les usages du patrimoine. Le terme « ou » ne doit surtout pas vous amener à choisir d’emblée entre les deux expressions.
[Accroche] En mars 2021, alors que la Grèce réclame de nouveau la restitution des frises du Parthénon, le Premier ministre britannique Boris Johnson répond que celles-ci ont été légalement acquises et qu’elles restent la propriété du British Museum. [Présentation du sujet] Cet exemple témoigne de l’augmentation des conflits liés au patrimoine. Le patrimoine est ici entendu dans un sens collectif, il englobe l’ensemble des biens matériels et immatériels pensés comme le bien d’une communauté. Le patrimoine est autant un héritage du passé qu’une construction mémorielle. Il dépend profondément du sens que la société actuelle souhaite ou non valoriser. [Problématique] Entre héritage du passé et construction mémorielle, comment les sociétés pensent-elles leur patrimoine ? [Annonce du plan] Le patrimoine a d’abord de multiples fonctions liées aux intérêts immédiats des sociétés [I]. Ces usages témoignent de la participation du patrimoine à la construction de la puissance [II]. Ces disparités d’usage et ces enjeux expliquent la place du patrimoine dans de nombreux conflits [III].
I. Des fonctions multiples
1. Des enjeux politiques
Dans les relations avec des pays alliés, les gouvernants ont un usage politique du patrimoine. La Chine a ainsi mis en place la « diplomatie du panda » : le prêt de pandas à des zoos étrangers pour une dizaine d’années contre une forte somme d’argent.
mot clé
Le soft power permet un rayonnement international ; le patrimoine en fait partie lorsqu’il est par exemple utilisé sur le plan diplomatique pour conclure des accords commerciaux ou des partenariats culturels.
Le patrimoine a une charge symbolique et la mémoire ne retient souvent qu’une partie de l’identité des monuments. Le château de Versailles est associé avant tout à Louis XIV alors qu’il a été utilisé par d’autres rois et chefs d’État. C’est un grand honneur pour un dirigeant d’y être invité aujourd’hui.
2. Une fonction économique et sociale
Si le patrimoine est un objet de construction mémorielle, c’est aussi parce qu’il constitue une ressource importante. Le conflit entre la Grèce et le Royaume-Uni autour des frises du Parthénon illustre cette dimension économique. La restitution des frises à Athènes ferait perdre une pièce majeure au British Museum.
Les sociétés sélectionnent les éléments de leur passé qu’elles souhaitent mettre en avant. Le gouvernement espagnol a par exemple décidé de sortir la sépulture de Franco en 2019 de El Valle de los Caidos afin de consacrer le monument à l’ensemble des Espagnols morts au cours de la guerre civile.
[Transition] Le patrimoine est bien un héritage du passé, mais les sociétés contemporaines le reconstruisent en fonction de leurs sensibilités et de leurs intérêts immédiats. Ce patrimoine contribue dès lors à la puissance de celui qui le met en avant.
conseil
Dans vos transitions, reprenez des éléments de votre problématique pour y répondre au fur et à mesure.
II. Un levier de la puissance
1. Un patrimoine et une mémoire sélectifs
Il est difficile de patrimonialiser un élément culturel dans sa globalité. Ce sont souvent des éléments typiques qui sont ainsi reconnus : la pizza d’Italie et le repas gastronomique français sont inscrits au patrimoine de l’Unesco.
La mémoire relève aussi d’un processus sélectif selon les volontés politiques. La ville de Vichy reste ainsi associée au gouvernement de Pétain. La mairie mène aujourd’hui une campagne pour réhabiliter son image en valorisant son patrimoine architectural.
2. La vitrine du pays
Les chefs d’État utilisent certains éléments du patrimoine pour faire rayonner leur pays dans le cadre des relations internationales. Ainsi, lors de la visite en France du président Donald Trump, Emmanuel Macron l’a invité à la tour Eiffel pour un repas gastronomique préparé par le chef Alain Ducasse. Vladimir Poutine et Xi Jinping ont été reçus au château de Versailles.
Le secret de fabrication
Illustrez vos idées d’exemples. La difficulté ici est de ne s’appuyer que sur les deux jalons (frises du Parthénon et château de Versailles). Pour éviter un propos trop répétitif, n’hésitez pas à utiliser des exemples abordés dans d’autres leçons. L’exemple du repas gastronomique est développé dans l’objet de travail conclusif.
Le patrimoine sert aussi à montrer sa suprématie à ses concurrents. En 2018, quand Xi Jinping fait visiter la Cité interdite à Donald Trump, c’est certes une marque de respect, mais en présentant ce monument édifié au xve siècle, le président chinois rappelle aussi à son homologue que son pays a une longue histoire, contrairement aux États-Unis.
[Transition] Les dirigeants utilisent le patrimoine pour mettre en avant leur puissance. Cela implique de sélectionner certains éléments, au risque de provoquer des conflits.
III. Un patrimoine conflictuel
1. L’exemple français
La société française est parfois marquée par des conflits d’usage vis-à-vis de certains monuments. En septembre 2021, l’Arc de Triomphe a été emballé selon le projet de l’artiste Christo. Certains Parisiens y ont vu une souillure sur un monument qu’ils considèrent comme le leur.
L’héritage entre donc parfois en contradiction avec la construction mémorielle dévolue à certains lieux. En 2016, pour le centenaire de la bataille de Verdun, des enfants allemands et français ont couru au milieu des sépultures du site sur fond de percussions. Des associations, ainsi que certains politiques, y ont vu un manque de respect envers les morts alors que les organisateurs voulaient marquer l’union entre deux pays autrefois ennemis.
conseil
Quand vous prenez l’exemple d’un conflit d’usage, présentez les différents points de vue des acteurs.
2. Le passé contre la construction mémorielle
Les conflits du patrimoine sont aussi liés à une interprétation plurielle du passé. Dans le cas des frises du Parthénon, les Grecs mettent en avant le fait qu’elles sont la propriété des Athéniens. Les Britanniques, eux, insistent sur une transaction légale quand lord Elgin les a rachetées en 1800 après un accord avec le Grand vizir alors que la Grèce n’était pas indépendante.
Le patrimoine participe à la construction de l’identité collective. L’un des conflits majeurs liés au patrimoine reste les œuvres saisies en Afrique pendant la colonisation et rapportées en Europe. Les États anciennement colonisés parlent de spoliation et exigent le retour de leurs biens.
mot clé
La spoliation est le fait de déposséder quelqu’un de ses biens, souvent par la force ou la fraude.
Conclusion
[Réponse à la problématique] Le patrimoine est donc à la fois un héritage du passé et une construction mémorielle. Cet héritage reste présent et les sociétés contemporaines mettent en avant tel ou tel aspect de leur patrimoine en fonction d’intérêts immédiats. [Ouverture] Cette question se pose de façon plus prononcée dans les pays qui ont subi une destruction de leur patrimoine. À Mossoul en Irak, la reconstruction de la mosquée al-Nouri a été confiée à des Égyptiens par l’Unesco. Or, de nombreux Irakiens se plaignent car les architectes risquent de ne pas replacer la mosquée dans l’histoire irakienne.