Le pétrole, enjeu géostratégique au Moyen-Orient

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2012 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Le pétrole, enjeu géostratégique au Moyen-Orient

Un foyer de conflits

Corrigé

19

Histoire

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Sujet inédit

étude critique de documents

>Analysez les documents pour évaluer la place du pétrole au Moyen-Orient, expliquez en quoi il peut être source de conflit puis discutez la façon dont le président des États-Unis justifie son action politique dans la région.

Document 1

Les routes du pétrole


Document 2

Discours à la Nation de George W. Bush,
10 janvier 2007

« Les forces armées des États-Unis sont engagées dans un combat qui déterminera la direction de la guerre globale contre le terrorisme et notre sécurité ici à la maison. […] Les conséquences d’un échec sont claires : le radicalisme islamique extrémiste grandirait, grandirait en force et gagnerait de nouvelles recrues. Ils seraient en meilleure position pour renverser des gouvernements modérés, créer le chaos dans la région, et utiliser les revenus pétroliers pour financer leurs ambitions. L’Iran serait encouragé à poursuivre sa recherche d’armes nucléaires. Nos ennemis auraient des bases sûres d’où ils pourraient planifier et lancer des attaques contre le peuple américain. Le 11 septembre 2001, nous avons vu ce qu’un refuge pour les extrémistes de l’autre côté du monde pouvait apporter dans les rues de nos villes. Pour la sécurité de notre peuple, nous avons besoin que l’Amérique réussisse en Irak. […] Nos soldats, hommes et femmes en uniforme, ont supprimé la base sûre dont Al-Qaida disposait en Afghanistan, et nous ne lui permettrons pas d’en recréer une en Irak […]. Réussir en Irak demande aussi de […] stabiliser la région face au défi extrémiste. Cela nécessite d’abord de regarder l’Iran et la Syrie. Ces deux régimes permettent aux terroristes et aux insurgés d’utiliser leur territoire pour entrer et sortir d’Irak. L’Iran donne un appui matériel aux attaques contre les troupes américaines. […] Nous allons chercher et détruire les réseaux qui fournissent des armes sophistiquées à nos ennemis en Irak […]. Nous allons utiliser toutes les ressources diplomatiques des États-Unis pour rassembler des soutiens à l’Irak à travers la région. Des pays comme l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Jordanie et les États du Golfe doivent comprendre qu’une défaite américaine en Irak créerait un nouveau sanctuaire pour les extrémistes et poserait une menace stratégique pour leur sécurité. […] Ce qui se joue à travers le grand Moyen-Orient est plus qu’un conflit militaire. C’est la guerre idéologique décisive de notre temps. D’un côté, il y a ceux qui croient en la liberté et en la modération ; de l’autre, les extrémistes qui tuent des innocents et ont proclamé leur intention de détruire notre mode de vie. À long terme, le moyen le plus réaliste de protéger le peuple américain est d’offrir une solution de rechange pleine d’espoir face à l’idéologie de haine de l’ennemi, et cela en faisant avancer la liberté dans cette région du monde. […] L’année qui vient demandera de la patience, des sacrifices et de la détermination. Il peut devenir tentant de penser que les États-Unis peuvent renoncer aux fardeaux de la liberté. Mais les temps d’épreuves révèlent le caractère de la nation. Et, tout au long de l’histoire, les Américains ont toujours su faire face aux pessimistes, et nous avons pu ainsi renforcer notre foi dans la liberté. Aujourd’hui, nous sommes engagés dans une nouvelle lutte qui déterminera le cours du nouveau siècle. Nous pouvons gagner et nous gagnerons. Nous allons de l’avant avec confiance dans l’Auteur de la liberté qui nous guidera dans ces heures difficiles. Merci et bonne nuit. »

Lire la consigne

En premier lieu,la consigne commande d’étudier la carte pour y repérer les réserves de pétrole, les sites de production et les moyens de son exportation. L’objectif est de définir leur importance quantitative et de situer ces réserves par rapport aux États présents au Moyen-Orient ou ses périphéries. Ce travail doit permettre de relier la géographie du pétrole aux conflits de la région pour y trouver explication. La confrontation des informations ainsi réunies avec le discours de George W. Bush confirmera ou non ce lien. Mais l’invite à « discuter » les propos du président oblige à critiquer ceux-ci afin de mieux cerner ce qui peut être en jeu.

Analyser les documents

Didactique, le premier document est une carte qui permet de définir une réalité brute : la répartition des ressources et des flux pétroliers d’une part, la présence des puissances mondiales (États-Unis, Russie) ou régionales (Israël, Iran, Arabie saoudite) d’autre part. En figurant les « projets », elle permet d’évaluer aussi la situation telle qu’elle se dessinera dans les années à venir. Le deuxième document est un extrait du discours annuel que le président des États-Unis George W. Bush prononce en janvier 2007, soit quatre ans après l’intervention qu’il a déclenchée contre l’Irak pour désarmer cet État jugé dangereux. Ce discours nous donne le point de vue de son auteur. Sa confrontation avec la carte permet de faire la part entre la réalité et son interprétation politique.

Organiser la réponse

En suivant la consigne, on construira la réponse en trois paragraphes. S’appuyant sur la carte, le premier s’efforcera de montrer la forte présence du pétrole au Moyen-Orient, richesse convoitée et qui ignore les frontières. On expliquera ensuite pourquoi le pétrole génère des conflits. Dans le dernier paragraphe, on s’appuiera sur le discours de G. W. Bush, pris comme exemple, pour montrer comment les États justifient les guerres dont le pétrole est l’enjeu.

Corrigé

Le Moyen-Orient est une région secouée par les conflits (israélo-arabe depuis 1947, Iran-Irak entre 1980 et 1988, guerres dites du Golfe en 1991 et 2003, Afghanistan depuis 1979…). Elle est surtout le premier réservoir mondial de pétrole. L’or noir est-il un enjeu géostratégique de cette partie du monde ? Quel lien le pétrole entretient-il avec les guerres qui affectent la région depuis plus d’un demi-siècle ?

Espace plutôt désertique et difficile, le Moyen-Orient offre aux peuples qui y vivent les plus importantes réserves pétrolières au monde. Elles s’étendent en vastes nappes situées à faible profondeur et faciles à extraire, des frontières de la Russie (mer Caspienne) au Golfe persique, de la mer Rouge aux frontières de l’Afghanistan. Alimentant toute la planète, son exportation se fait par voies maritimes au sud (océan Indien) ou par oléoducs au nord. Pour désengorger les circuits ou les rendre plus sûrs, des projets de pipe-line traversant la Turquie, le Caucase ou l’Afghanistan sont à l’étude ou en construction.

Ressource énergétique prépondérante sur tous les marchés économiques mondiaux, le pétrole est très demandé. Pour tous les pays qui en disposent, il est source importante de devises. Très convoité, sa présence provoque ainsi des conflits entre les États voisins qui se disputent une propriété difficile à établir ou qui remettent en cause les frontières (invasion du Koweit par l’Irak en 1991) pour étendre leur contrôle sur les réserves. L’argent qu’il rapporte permet le développement économique ; il fournit aussi les moyens de financer n’importe quelle activité ou stratégie comme le souligne G. W. Bush à propos du terrorisme. Les navires et oléoducs qui servent à son transport sont aussi des cibles faciles pour toute attaque (militaire, terroriste, de pirates) ayant vocation à nuire aux pays producteurs ou consommateurs. Le pétrole fait ainsi du Moyen-Orient une région sensible ; le moindre conflit entraîne des répercussions immédiates sur le monde.

Aucune puissance mondiale ne peut donc se désintéresser de la région. Des camps bien identifiables s’y font la guerre de façon plus ou moins directe : occidental (les États-Unis et leurs alliés israélien, turc ou saoudien), russe (via les anciennes républiques soviétiques comme l’Azerbaïdjan, l’enclave ossète en Géorgie ou le Turkménistan), islamiste (avec son leader iranien). Territoire susceptible d’être traversé par de futurs oléoducs, l’Afghanistan est un pays dont le contrôle est devenu primordial. Soutenant le gouvernement ou les rebelles, les Soviétiques et les Américains s’y sont indirectement affrontés de 1979 à 1988. Comme le souligne George W. Bush, le contrôle du pétrole génère des conflits militaires ; mais le président américain voit aussi se jouer dans la région une « guerre idéologique décisive de notre temps ». Telle qu’il la présente, l’ingérence des États-Unis dans les affaires du Moyen-Orient se fait au nom de la liberté et de la sécurité du monde libre. Les Américains luttent en effet contre les organisations terroristes comme Al-Qaida et le Hamas (Palestine) ou des États comme l’Iran, dont les valeurs islamiques ne s’accordent pas avec celles de l’Occident. Le contrôle du pétrole est l’assurance pour les uns ou les autres de pérenniser le modèle de société auquel ils sont attachés. Mais la référence aux valeurs ou idéologies est-elle sincère ? N’est-elle pas un moyen de masquer l’intérêt plus strictement financier des compagnies pétrolières ou de chefs d’État peu soucieux du bien-être des populations, si on en juge par les révoltes qui secouent régulièrement les pays de la région (Kurdes tiraillés entre Turquie, Irak et Iran, Irak sous la direction de Saddam Hussein, Iran en 2009, Syrie et Yémen en 2011).

Le pétrole au Moyen-Orient est un enjeu géostratégique qui se décline à toutes les échelles : régionale comme mondiale. Son rôle économique est trop important pour laisser les grandes puissances indifférentes.