Le Proche et le Moyen-Orient dans l’entre-deux-guerres

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2016 | Académie : Amérique du Nord


Amérique du Nord • Mai 2016

étude critique de documents

Le Proche et le Moyen-Orient dans l’entre-deux-guerres

 En confrontant les documents, décrivez la situation géopolitique complexe du Proche et du Moyen-Orient dans l’entre-deux-guerres, les solutions envisagées par le pays mandataire et les conséquences qui en découlent.

document 1 Extrait du « Livre blanc1 » de la Palestine sous tutelle britannique (1939)

À la suite d’une conférence anglo-judéo-arabe qui se tient à Londres en février 1939, un Livre blanc est publié en mai 1939 dans le but d’apaiser les tensions entre Arabes et Juifs, et de détourner les pays arabes des puissances de l’Axe dans un contexte de marche à la guerre. Le Royaume-Uni, puissance mandataire de la Palestine, revient sur les promesses faites au mouvement sioniste pendant la Grande Guerre.

I – Constitution

[…] Le gouvernement de Sa Majesté est convaincu qu’intégrée au cadre du mandat comme elle l’a été, la déclaration Balfour ne pouvait en aucune façon signifier que la Palestine serait transformée en un État juif, contre la volonté de la population arabe du pays.

[…] Le gouvernement de Sa Majesté déclare aujourd’hui sans équivoque qu’il n’est nullement dans ses intentions de transformer la Palestine en État juif. […] Depuis la déclaration de 19221, plus de 300 000 Juifs ont immigré en Palestine, et la population du foyer national (juif) s’est élevée à quelque 450 000 âmes, soit environ un tiers de la population entière du pays.

[…] Il serait contraire à tout l’esprit du système des mandats que la population de Palestine demeure indéfiniment sous tutelle mandataire […]. Le gouvernement de Sa Majesté ne peut présentement prévoir la forme constitutionnelle exacte que prendra le gouvernement en Palestine, mais son objectif est le self-governement, et son désir est de voir s’établir finalement un État de Palestine indépendant. Ce devra être un État dans lequel les Arabes et les Juifs partageront l’autorité dans le gouvernement de telle manière que les intérêts essentiels de chacun soient sauvegardés.

II – Immigration

[…] La crainte qu’ont les Arabes que ce flot se poursuive indéfiniment jusqu’à ce que la population soit à même de les dominer a provoqué des conséquences extrêmement graves pour les Juifs et les Arabes et pour la paix et la prospérité de la Palestine. Les troubles regrettables des trois années écoulées ne sont que la plus récente et la plus persistante manifestation de cette grave appréhension arabe. Les méthodes utilisées par les terroristes arabes contre des frères arabes et contre des Juifs méritent la plus sévère condamnation. Mais on ne peut nier que la peur d’une immigration juive indéfinie est largement répandue dans les rangs de la population arabe et que cette peur a rendu possibles ces troubles2.

[…] En conséquence, l’immigration sera maintenue au cours des cinq prochaines années pour autant que la capacité économique ­d’absorption du pays le permettra, à un taux qui portera la population juive à environ le tiers de la population totale. […] Au terme de la période de cinq ans, aucune immigration juive ne sera plus autorisée, à moins que les Arabes de Palestine ne soient disposés à y consentir.

Olivier Carré, Le mouvement national palestinien, Paris, 1977.

1. Connu sous le nom de « Livre blanc de Churchill », alors secrétaire aux colonies ; il modère les points énoncés dans la déclaration Balfour, restreignant par exemple le territoire dédié au foyer national juif et relevant les conditions financières d’immigration des Juifs.

2. Le texte évoque les manifestations palestiniennes violentes antijuives de 1936-1938.

document 2 Proche et Moyen-Orient entre les deux guerres mondiales

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D’après Georges Duby (sous la direction de), Grands Atlas historique, 2006.

1. Abd-al-Aziz ibn Saoud (vers 1880-1953) fondateur de l’État saoudien moderne et premier roi d’Arabie saoudite de 1932 à 1953.

2. Organisation sioniste créée en 1929. Elle favorise l’immigration juive en Palestine.

Les clés du sujet

Analysez le sujet

L’énoncé

Il reprend les termes de la partie du programme « Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis 1918 ». Le sujet doit être exposé depuis la fin de la Première Guerre mondiale. La formule invite à analyser la région dans la durée. La consigne et les documents précisent la limite à ne pas dépasser : la Seconde Guerre mondiale.

La consigne

Le terme « décrivez » impose un travail descriptif portant sur trois points. Ceux-ci définissent le plan du devoir : 1. la « situation », 2. les « solutions », 3. les « conséquences ». Attribuez une couleur à chacun de ces termes et surlignez dans les documents les éléments correspondants.

La consigne invite à « confronter » les documents. Il ne convient donc pas de les étudier l’un après l’autre. Cette confrontation est aussi une occasion de les différencier, opération qui peut être faite dans l’introduction, sous la forme d’une présentation.

Les documents

Le document 1 est un extrait d’un texte officiel publié en mai 1939, soit quatre mois avant le début de la Seconde Guerre mondiale. Il permet de cerner la politique du Royaume-Uni au Proche-Orient. Il permet aussi de découvrir les solutions déjà prises ou envisagées.

Le texte justifie les solutions prises. Il met celles-ci en perspective dans la durée. On y trouvera aussi des éclairages sur la situation et les conséquences qui en découlent.

Le document 2 est une carte. Elle permet d’identifier les situations à des dates différentes et fournit des réponses à la première partie de la consigne.

Utilisez les mots clés

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Évitez les pièges

Ne faites pas une étude successive des documents. Le document 2 permet de décrire la situation, mais les dates fournies en légende permettent d’y lire des conséquences et des solutions. Le document 1 permet d’extraire les trois types d’informations demandées.

Le sujet et les documents invitent à centrer l’étude sur la période de l’entre-deux-guerres. La description des conséquences autorise toutefois à prolonger le questionnement (au moins sous forme d’ouverture) jusqu’à 1945, voire 1947 (le partage de la Palestine proposé par les Nations unies).

Bien que le document 1 ne porte que sur le conflit en Palestine, ne limitez pas votre réflexion à cette seule question. Profitez de la première partie pour évoquer les autres problèmes régionaux : décolonisation et création d’États indépendants, fixation de zones d’influence, nationalismes, intérêts pétroliers, etc.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Info

Les puissances centrales étaient l’Allemagne et ses alliés : l’Empire austro-hongrois et l’Empire ottoman.

[Contexte] En 1918, la défaite des puissances centrales provoque le démantèlement de l’Empire ottoman. Le Proche-Orient est redessiné par les vainqueurs qui s’emploient à préserver leurs intérêts. L’entre-deux-guerres est ainsi marqué par d’importants changements au Proche et Moyen-Orient.

Conseil

Poser la problématique n’est pas obligé. Mais l’étude de document(s) consiste toujours à évaluer si le(s) document(s) à étudier permet(tent) de comprendre le sujet. N’hésitez donc pas à poser la question.

[Problématique] Quelle situation se dessine dans la région entre 1919 et 1939 ? En les confrontant, les documents proposés peuvent aider à comprendre en quoi le Proche et le Moyen-Orient est un foyer de tensions.

[Présentation des documents] Officiel, le document 1 est un extrait du Livre blanc paru à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Il permet d’évoquer la solution politique avancée par le Royaume-Uni sur la seule question du statut à venir de la Palestine.

Le document 2 est une carte de la région. Elle permet de visualiser les principales modifications territoriales ou politiques survenues dans cette partie du monde.

I. Une situation de recomposition politique explosive

Le traité de Sèvres (1920) provoque l’éclatement de l’Empire ottoman. Il consacre la naissance de la Turquie moderne sur un territoire réduit. Le reste de l’empire éclate. Français et Britanniques se partagent la région en zones d’influences. La ligne Sykes-Picot de 1916 avait préalablement défini un territoire placé sous administration de la France au nord, et un autre sous administration britannique au sud (point 2 de la légende du doc. 2).

Info

En octobre 1915, les Britanniques promettent l’établissement d’un État arabe au cheik de La Mecque.

Au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui justifient les modifications territoriales s’ajoutent les promesses faites aux Arabes pendant la guerre en échange de leur soutien contre l’Allemagne et les Ottomans. Les Européens cherchent à confier le pouvoir local à leurs alliés de l’époque.

Suite à la déclaration Balfour de 1917 promettant l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine, de nombreux Juifs s’installent dans la région, provoquant des réactions d’hostilité de la part des populations arabes. Elles craignent de se faire submerger par le flot de ces immigrants (II du doc. 1). Beaucoup de ces derniers sont des sionistes qui revendiquent l’établissement d’un État juif.

II. Des solutions souvent conflictuelles

Conseil

Pour éviter l’accusation de paraphrase, expliquez toujours ce que signifie une information tirée du document, comme ici la mise sous tutelle du Liban. Évoquer une promesse d’indépendance est une façon de traduire le texte.

Pour préserver leurs intérêts géostratégiques et le contrôle des ressources pétrolières, les Européens transforment les anciennes colonies et territoires libérés de l’emprise ottomane en protectorats. Ils répondent aux revendications de leaders arabes comme les Saoud en Arabie saoudite (point 3 de la légende du doc. 2) ou le roi Fayçal dans le futur Irak. Le Liban est mis sous tutelle de la Société des Nations (SDN) en 1920 : l’indépendance lui est ainsi promise ; de même qu’à l’Égypte qui l’obtient en 1936 (légende du doc. 2).

Les traités promettent des territoires à des minorités ethniques (Kurdes, Arméniens, Grecs) ou religieuses (chrétiens, chiites, sunnites). Or la sécurité de chacun et les intérêts géostratégiques se contrarient.

En Palestine, les Britanniques cherchent à apaiser les « craintes » des Arabes (II du doc. 1). Ils s’efforcent de limiter l’immigration juive : dès 1922, une déclaration impose des conditions restrictives (§ 2 du doc. 1). En mai 1939, le Livre blanc limite cette immigration de manière à ce que la population juive ne puisse pas devenir majoritaire et imposer l’État qu’elle souhaite.

III. Des révoltes et manifestations, sources de violences chroniques

Les solutions sont souvent hypocrites, trop lentes à prendre effet ou injustes. Les nationalismes arabes se développent et accentuent les pressions sur les grandes puissances. Des mouvements fondamentalistes comme les Frères musulmans en Égypte (1928) voient le jour.

Info

L’Arabie saoudite est fondée en 1932 (note 1 du doc. 2) ; le royaume d’Irak est créé la même année.

Des guerres ruinent les projets de création de ­l’Arménie et du Kurdistan au profit de nouveaux États en gestation (Arabie saoudite, Irak).

Juifs et Arabes s’affrontent de façon souvent violente. Des organisations secrètes se développent pour défendre les revendications et faire acte de « résistance ». Ces violences sont qualifiées de « terroristes » (§ 4 du doc. 1) par les Britanniques qui les condamnent et tentent de les réprimer.

Les rivalités des puissances européennes n’arrangent rien. L’Allemagne nazie et antisémite se montre susceptible d’utiliser les conflits régionaux à des fins personnelles. L’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et les États-Unis proposent aussi leur soutien aux populations.

Conclusion

Durant l’entre-deux-guerres, le Proche et le Moyen-Orient forment une région à hauts risques. Les solutions pacifiques peinent à s’imposer et les intérêts concurrents trouvent avantage à instrumentaliser les rancœurs accumulées. La région constitue un inextricable foyer de conflits et une source d’inquiétudes à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

[Ouverture] Le projet de partage de la Palestine en 1947 n’est-il d’ailleurs pas le reflet de cette situation complexe ?