Le protectionnisme

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Mondialisation et intégration européenne
Type : Dissertation | Année : 2013 | Académie : Pondichéry
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Le protectionnisme
 
 

Mondialisation, finance internationale et intégration européenne

Corrigé

13

Ens. spécifique

sesT_1304_12_01C

 

Pondichéry • Avril 2013

dissertation • 20 points

> Dans quelle mesure le recours au protectionnisme est-il souhaitable ?

Document 1

Salaires horaires moyens dans l’industrie (charges comprises1), en dollars courants

 

2000

2002

2004

2006

2007

Allemagne

23,04

24,69

33,42

34,63

38,05

Autriche

21,25

22,74

31,46

33,82

37,79

Belgique

24,53

27,49

37,64

39,43

44,56

Chine

0,47

0,59

0,76

1,00

1,22

Espagne

13,11

12,84

18,34

19,79

22,43

États-Unis

19,88

23,12

24,15

24,59

Finlande

20,37

22,45

31,48

34,13

38,15

France

22,90

25,48

35,36

37,95

42,76

Grèce

10,12

11,74

14,52

15,96

18,03

Italie

17,50

18,84

26,57

43,63

61,40

Pays-Bas

20,56

23,74

33,83

Portugal

7,49

8,58

12,67

13,76

15,49

 

Source : L’émergence de la Chine : impact économique et implications de politique économique, Patrick Artus, Jacques Mistral, Valérie Plagnol, Conseil d’analyse économique, 2011.

1. Charges : cotisations sociales.

Document 2

Taxes sur les importations en 2007 (en % de leur valeur)

 

Importateurs

Total

Agriculture

Textile

Reste de l’industrie

Pays riches

2,7

14,6

7,8

1,7

Australie

3,5

1,5

12,3

3,2

Canada

3,3

18,1

12,4

1,8

États-Unis

1,7

5,5

9,8

1,1

Japon

2,5

23,8

7,0

0,7

Union européenne à 27

2,6

14,6

7,0

1,7

Pays en développement

8,0

18,3

13,3

7,0

Chine

6,3

9,2

9,2

5,9

Inde

17,9

60,5

15,1

14,3

Maghreb

10,4

24,4

19,0

9,0

Mexique

6,6

15,5

15,7

5,4

Turquie

4,3

41,1

4,4

1,5

Pays les moins avancés

10,1

12,6

17,7

9,3

Bangladesh

10,2

11,2

21,2

9,6

Afrique subsaharienne

9,2

11,3

17,9

8,4

Monde

4,4

15,9

9,2

3,4

 

Source : « La protection commerciale dans le monde », La lettre du CEPII, juillet 2012.

Document 3

Volume des exportations mondiales de marchandises et produit intérieur brut mondial, 2000-2009 (variation annuelle en %)


 

Source : Statistiques du commerce international 2010, Organisation mondiale du commerce.

Définir les mots clés

Le protectionnisme est un ensemble de mesures visant à protéger l’économie nationale contre la concurrence extérieure. On distingue le protectionnisme tarifaire qui comprend l’ensemble des taxes, comme les droits de douane, versées par les importateurs et le protectionnisme non tarifaire qui inclut les quotas fixant un montant maximal d’importations, des normes techniques sur la fabrication des produits importés ainsi que les subventions aux entreprises nationales.

Dégager la problématique

L’énoncé du sujet suppose de discuter du bien-fondé des politiques protectionnistes. Effectivement, dès le xixe siècle, l’économiste allemand Friedrich List défend la théorie du « protectionnisme éducateur » comme moyen de développer les industries naissantes. Cependant, il considère que le protectionnisme doit être provisoire. Ainsi, d’une manière plus générale, on peut se demander quelles sont les conditions, pour une économie nationale, justifiant des mesures protectionnistes. Mais le sujet implique également de mesurer les limites de ces mesures.

Analyser les documents

  • Le document 1 permet de comparer les coûts salariaux dans l’industrie entre plusieurs pays de niveau de développement différent ainsi que leur évolution. Ainsi, la faiblesse du coût salarial en Chine tout au long de la période étudiée est à l’origine des délocalisations d’entreprises vers la Chine, provoquant des pertes d’emplois importantes pouvant justifier le protectionnisme envers les importations en provenance de Chine afin de préserver l’emploi local pour réduire le chômage.
  • Le document 2 met en évidence la part que représentent les taxes dans la valeur des importations. On constate que ces taxes sont relativement trois fois plus élevées dans les pays en développement que dans les pays riches. Elles sont plus importantes dans l’agriculture que dans l’industrie. On peut l’expliquer par les accords internationaux sur le libre-échange, tels que le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) après la Seconde Guerre mondiale, accords qui ont entraîné une baisse des droits de douane principalement sur les produits industriels.
  • Le document 3 compare la variation annuelle des exportations et celle du PIB (produit intérieur brut). On constate que, sauf pour l’année 2001, la variation des exportations est toujours supérieure à celle du PIB. Ainsi, la baisse des exportations en 2009 s’accompagne d’une baisse du PIB cette même année.

Définir le plan

Dans une première partie, on peut justifier les conditions qui rendent souhaitable le protectionnisme et dans une seconde partie montrer que les pratiques protectionnistes doivent être provisoires.

Corrigé

Introduction

  • La crise financière de 2008 et ses effets dépressifs sur les économies réelles ont fait resurgir la tentation protectionniste. Dès lors, on peut se demander dans quelle mesure le recours au protectionnisme est souhaitable ?
  • Le protectionnisme est un ensemble de mesures visant à protéger l’économie nationale contre la concurrence extérieure. On distingue le protectionnisme tarifaire qui comprend l’ensemble des taxes versées par les importateurs et le protectionnisme non tarifaire qui inclut les quotas fixant un montant maximal d’importations, des normes techniques sur la fabrication des produits importés ainsi que les subventions aux entreprises nationales.
  • Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la création d’institutions internationales comme le General Agreement on Tariffs and Trade (GATT), devenue l’Organisation mondiale ducommerce (OMC) en 1995 a favorisé le libre-échange.
  • On peut donc se demander si, à certaines conditions, le protectionnisme ne devient pas une nécessité. Par ailleurs, s’il est vrai que la politique protectionniste peut être nécessaire, celle-ci connaît des limites.

I. La nécessité de mener une politique protectionniste

Alors que les économistes libéraux comme Adam Smith et surtout David Ricardo, avec la théorie des coûts comparatifs, avaient démontré les vertus du libre-échange, Friedrich List, au xixe siècle, montre que le protectionnisme peut permettre le développement des industries naissantes. Au cours de la seconde moitié du xxe siècle, Nicolas Kaldor reprend des arguments proches pour permettre la reconversion des industries vieillissantes.

1. Protéger les industries naissantes

  • Les industries naissantes ne sont pas suffisamment compétitives pour résister à la concurrence extérieure des pays plus avancés dans leur processus d’industrialisation. En étant protégées de cette concurrence, les entreprises peuvent s’implanter sur leur marché national. Cette protection à court terme leur donne le temps nécessaire pour réaliser les économies d’échelle grâce à l’augmentation de la production et les gains de productivité leur permettant de devenir compétitives.
  • La protection des industries naissantes est surtout tarifaire, les droits de douane entraînant une hausse des prix des produits importés. Ainsi, on constate que les taxes sur les importations sont relativement trois fois plus élevées dans les pays en développement que dans les pays riches (document 2). On peut y voir une confirmation de la thèse de List sur la nécessité du « protectionnisme éducateur ».

2. Protéger les industries vieillissantes

  • La protection des industries vieillissantes repose sur le même type de raisonnement, mais il s’agit dans ce cas de sauver une activité que la concurrence extérieure menace de disparition. Le protectionnisme doit permettre aux entreprises vieillissantes de retrouver leur compétitivité à moyen terme. Pour les activités qui doivent disparaître, le protectionnisme permet la reconversion de ces activités ainsi que celle des emplois.
  • Ce sont principalement les pays développés qui doivent protéger leur industrie contre la concurrence des pays émergents. Si les taxes sur les importations des produits industriels hors textile représentent 1,7 % de leur valeur dans les pays riches, elles s’élèvent à 7,8 % pour les produits textiles. Cette activité est la plus menacée par la concurrence des pays émergents, notamment celle de la Chine. Les mesures protectionnistes sont un moyen pour compenser les écarts de salaires qui peuvent aller de 1 à 50 (document 1).
  • Ainsi, le protectionnisme apparaît souhaitable pour protéger les industries naissantes ou vieillissantes. Cependant, il doit être temporaire (court ou moyen terme) car il peut avoir des effets négatifs pour l’ensemble de l’économie mondiale.

II. Les mesures protectionnistes doivent être provisoires

List le reconnaissait : le protectionnisme doit être temporaire car il a des conséquences dépressives sur la croissance économique et il implique un certain nombre de coûts.

1. Les effets négatifs du protectionnisme sur la croissance

  • La crise de 1929 a montré que le protectionnisme pratiqué par les pays touchés par la crise était un facteur aggravant le ralentissement de la croissance. En effet, les exportations sont un élément de la demande globale répondant à la demande extérieure. Si les exportations baissent, la croissance de la production s’en trouve ralentie. De plus, la hausse des prix des produits importés résultant de l’augmentation des taxes sur les importations peut avoir des effets négatifs sur la consommation intérieure, et donc accentuer la baisse de la production.
  • La crise actuelle, commencée en 2008, semble confirmer les effets négatifs de la baisse des exportations sur la croissance. Si on constate que sauf pour l’année 2001, la variation des exportations est toujours supérieure à celle du PIB, la baisse des exportations accentue la baisse de la production mondiale. En effet, en 2009, les exportations ont baissé de 12 % alors que le produit intérieur brut mondial baissait de 3 % (document 3).

2. Les coûts du protectionnisme

  • Protégées de toute concurrence extérieure, les entreprises des pays pratiquant des mesures protectionnistes ne sont pas incitées à baisser leurs prix et à innover. La consommation s’en trouve pénalisée. De plus, les entreprises peuvent connaître une hausse de leurs coûts de production se traduisant par une baisse de la compétitivité des économies nationales. Le niveau de l’emploi diminue, entraînant une hausse du chômage provoquant une spirale déflationniste.
  • Les pays protectionnistes s’exposent à des mesures de rétorsion. Les autres pays limitent les importations en provenance des pays protectionnistes. Ainsi, les nombreux contentieux entre les États-Unis et l’Union européenne risquent à tout moment de se transformer en guerre commerciale pénalisant tous les pays de l’Union.
  • La politique protectionniste ne peut être que provisoire car, comme le montre l’histoire économique, elle freine la croissance et entraîne des coûts élevés pour l’ensemble des agents économiques.

Conclusion

Depuis, la fin de la Seconde Guerre mondiale, le libre-échange s’est imposé à l’ensemble des économies nationales. Cependant, le protectionnisme n’a pas disparu. En effet, les économies émergentes, si elles ont profité de la liberté des échanges au niveau international, ont su reprendre les principes du « protectionnisme éducateur » énoncés au xixe siècle par Friedrich List. De même, les pays les plus développés savent utiliser les instruments du protectionnisme pour faciliter la reconversion de leur appareil productif. Cependant, le protectionnisme ne peut devenir une pratique permanente car l’ensemble de l’économie risque d’en ressentir les effets négatifs : baisse de la production, prix élevés, absence d’innovations. Cependant, les tentations restent fortes et les échecs des négociations sur le commerce international dans le cadre de l’OMC posent la question de l’avenir des relations économiques internationales.