Annale corrigée Ecriture d'invention Ancien programme

Le rêve de la "dormeuse" de Claude Roy

Idéaliser le quotidien • Invention

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4

France métropolitaine • Juin 2018

Écriture poétique et quête du sens • 14 points

Idéaliser le quotidien

Écriture d'invention

La « dormeuse » de Claude Roy a fait un rêve lié aux sensations ressenties durant sa sieste. Elle retranscrit son rêve de manière poétique dans son journal intime.

Vous rédigerez ce texte en vers ou en prose. Il comprendra au minimum une quarantaine de lignes ou une vingtaine de vers.

Se reporter au poème de Claude Roy.

Les clés du sujet

Comprendre le sujet

Genre du texte : « journal intime » : respectez-en les caractéristiques formelles. Mais aussi : « (de manière) poétique »/« en vers ou en prose » poésie.

Type(s) de texte : « retranscrit son rêve… » : texte narratif et descriptif.

Situation d'énonciation : Qui ? la « dormeuse » du poème de Claude Roy (« je »). À qui ? non précisé.

Registre : non précisé.

« Définition » du texte à produire.

Extrait de journal intime/poème (genre), qui raconte (type de texte) un rêve (thème) et rend compte (type de texte) des sensations éprouvées (thème), ? (registre), pour se confier et pour garder le souvenir d'un rêve (buts).

Chercher des idées

Les contraintes à respecter

Le journal intime implique des faits d'écriture : date, indices personnels de la 1re personne du singulier… ; l'expression des sensations et des sentiments (vocabulaire des sens et lexique affectif).

« (manière) poétique » implique l'utilisation de faits d'écriture caractéristiques de la poésie : mise en page, images (comparaisons, métaphores, personnifications…), travail sur les sonorités (surtout dans un texte en vers) et le rythme, modalité des phrases…

Pour retranscrire les sensations, vous devez :

repérer les sensations suggérées dans le poème de Claude Roy : « pieds nus sur le sable mouillé », « la vague en chuchotant […]/te flaire et vient lécher tes jambes étonnées/ton corps abandonné respire le soleil/[…] tes cheveux ruisselants et dénoués », « ma brûlante aux bras frais » ;

en rendre compte en utilisant le vocabulaire des sens.

« retranscrit son rêve » : le rêve étant fugitif et son souvenir peu aisé, vous devez utiliser les faits d'écriture du doute, de l'incertitude (modalisateurs, phrases interrogatives, conditionnel, hypothèses…). Conservez néanmoins des éléments de la réalité évoquée dans le poème : la présence de la mer, du soleil, du vent, du sable…

« une quarantaine de lignes ou une vingtaine de vers » : c'est un « minimum » ; si vous ne les atteignez pas, vous serez pénalisé.

Les choix à faire

Le destinataire : elle-même (la dormeuse) ? un lecteur fictif (voir le Journal d'Anne Franck) ? N'oubliez pas qu'un journal intime est souvent écrit dans le but d'être publié.

La forme poétique : vous devez vous décider entre poème en vers (réguliers, irréguliers ? libres ?) ou en prose.

La progression : elle peut suivre la succession des sensations évoquées dans le poème de Claude Roy, s'attacher à chacun des sens sollicités, ou retranscrire le rêve de façon déstructurée pour rendre compte du trouble inhérent à son récit.

Le « rêve » : il peut contenir du surnaturel, du merveilleux onirique et n'est pas soumis aux contraintes de la réalité.

Le registre : il dépend des sensations ressenties que vous avez relevées ; il peut être lyrique, fantastique…

Pour réussir l'écriture d'invention : voir guide méthodologique.

La poésie : voir lexique des notions.

Corrigé

Nous vous proposons deux corrigés possibles : un poème en prose et un poème en vers.

Eurydice anadyomène1

J'ai rêvé, enveloppée dans un songe de paradis tropical… Génie libéré du fardeau souvent trop pesant d'un corps trop terrestre, je rejoignais ces nuages, formes fantastiques et lumineuses, suspendues vers des horizons inconnus. Les nuages… les merveilleux nuages qui passent… là-bas… là-bas…

Sylphide2 légère, oh si légère ! à la poursuite d'un idéal échevelé, j'ai flirté avec le vent espiègle, avec le sable blême… Vénus capricieuse, je semais mes prétendants au gré du vent… Le soleil mouillé me faisait la cour et m'enlaçait de ses rais ardents et brûlants… Peu m'importaient mes amants terrestres et leur caresses, leurs promesses éphémères… J'étais l'insouciante trompeuse !

Ô torpeur tépide3, ô douceur candide ! Vers quels rivages flottais-je ? voguais-je ? volais-je ? Le savais-je ? Loin, loin, là-bas, sans retour ?

Douleur ineffable… Je me perds ! Le sable blondissant ne caresse plus mes pieds nus… Abandonnée, sacrifiée au gré de l'immense corps de la mer amère…, j'ai vogué, glissé, sombré, nef délaissée, sacrifiée à la vague traîtresse et impitoyable par un amant infidèle – glorieux soleil hypocrite, toi aussi tu m'as menti ! Est-ce cela la mort ?

Ô froideur cupide, ô terreur perfide ! Mourrai-je les pieds nus ? Vers quels rivages sombré-je ? Le sais-je ? Loin, loin, là-bas, sans retour ?

Bonheur indicible… J'émerge ! Je sens l'immense corps de la vague enveloppante comme une mère… Le sable et le vent, Castor et Pollux4 de mon rêve, me recueillent, m'accueillent et me réveillent en susurrant à mon oreille… Est-ce une renaissance ? Jumelle botticellienne5 d'une Vénus aux cheveux ruisselants et dénoués au gré du vent qui lève un à un mes voiles, je sens l'embrasant soleil, le vent capricieux, la mer envoûtante comme le sein d'une mère se disputer mon corps alangui et abandonné.

Qui murmure entre mes bras ? Tu m'as souri, tu m'as prise par la main au sortir de mon rêve et tu m'as appelée ton « Eurydice anadyomène ». Au réveil, il était midi…

1. Anadyomène : mot grec signifiant « surgie vers le haut » ; dans la mythologie, qualifie Vénus « sortie des eaux ». 2. Sylphide : femme légère et gracieuse. 3. Tépide : tiède (terme vieilli ou littéraire). 4. Castor et Pollux : dans la mythologie grecque, frères jumeaux inséparables, fils de Zeus et de Léda. Ce sont les Gémeaux du zodiaque. 5. Botticellienne : adjectif formé sur le nom du peintre italien Botticelli, auteur du célèbre tableau La Naissance de Vénus (vers 1485).

« Si ce n'était qu'un rêve »…

Ai-je rêvé, veillé ? Je ne le saurais dire.

Ce matin je me suis assise sur la grève,

Je regardais au loin l'onde bleue resplendir

En une songerie délicieuse et brève.

Un songe, m'a-t-on dit – une songerie, dis-je,

Délicieuse et brève à donner le vertige.

Les pieds nus sur le sable et le visage au vent,

Je voyais l'horizon qui sommeillait là-bas,

L'onde et l'air azurés, joueurs et chatoyants,

Se confondaient ensemble en de joyeux ébats.

Un songe, m'a-t-on dit – non, une songerie

Rêverie éphémère ainsi qu'une Hespérie1.

Le soleil triomphait : il émaillait tout d'or.

Superbe et glorieux, en mille éclaboussures,

Il chauffait doucement, suavement, mon corps,

Quand il se confondit avec ma chevelure.

Un songe, m'a-t-on dit – non, une songerie !

Prodigieux instant, ne fus-tu que féerie ?

Je devins Néréide2 au toucher d'une vague

Fraîche qui vint lécher mes jambes dénudées.

Ô charmante fraîcheur, aiguë telle une dague7,

Qui fit de moi, mortelle, une divinité !

Et je me retrouvai allongée sur la plage.

Un songe, m'a-t-on dit – ne fut-ce que mirage ?

1. Hespérie : nom de l'Italie chez les Grecs, et de l'Espagne chez les Latins.

2. Néréide : fille de Nérée, dieu grec de la mer.

3. Dague : épée courte.

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