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Le rôle des États-Unis dans le monde de l'après-guerre froide

Polynésie française • Juin 2017

étude critique de document

Le rôle des États-Unis dans le monde de l'après-guerre froide

Que nous apprend ce document sur le rôle que veulent jouer les États-Unis dans le monde de l'après-guerre froide ?

Document

La guerre est finie […]. Je viens ici ce soir pour parler du monde, du monde de l'après-guerre.

Rien ne pouvait être plus clair que l'épisode qui vient de se terminer. Saddam Hussein était l'agresseur  le Koweït était la victime. Pour aider ce petit pays, des nations d'Amérique du Nord et d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Sud, d'Afrique et du monde arabe se sont unies contre l'agresseur. Cette coalition hors du commun doit maintenant travailler vers un autre but commun : forger un avenir qui ne soit plus jamais l'otage du côté le plus sombre de la nature humaine […].

Notre engagement en faveur de la paix au Moyen-Orient ne s'arrête pas à la libération du Koweït. Ce soir, laissez-moi définir quatre objectifs :

Premièrement, nous devons travailler ensemble à mettre sur pied des accords de sécurité mutuelle dans la région. Nos amis et alliés du Proche-Orient auront la responsabilité première de la sécurité régionale. Mais qu'ils sachent que, tout comme elle les a soutenus pour repousser l'agression de l'Irak, l'Amérique est prête à travailler avec eux pour assurer la paix. […] Soyons clair, nos intérêts vitaux dépendent de la stabilité et de la sécurité du Golfe.

Deuxièmement, nous devons agir pour contrôler la prolifé­ration des armes de destruction massive et les missiles utilisés pour les envoyer. Il serait tragique que les nations du Moyen-Orient et du Golfe […] s'engagent dans une nouvelle course aux armements. L'Irak requiert une vigilance particulière. Il ne doit pas avoir accès aux instruments de guerre.

Troisièmement, nous devons travailler à créer de nouvelles occasions pour la paix et la stabilité au Moyen-Orient […]. Israël et plusieurs pays arabes ont pour la première fois affronté ensemble le même agresseur. Désormais, il devrait être clair pour tous que faire la paix au Moyen-Orient demande des compromis, mais que cette paix est aussi porteuse d'avantages pour tous. […]

Quatrièmement, nous devons favoriser le développement économique pour le bien de la paix et du progrès. […]

À tous les défis offerts par cette région du monde, il n'y a pas de solution unique, pas de réponse de la seule Amérique. Mais nous pouvons changer les choses. L'Amérique y travaillera sans relâche […]. Maintenant, nous voyons apparaître un ordre nouveau, un monde où un nouvel ordre mondial peut être construit […]. Un monde où les Nations unies, libérées de l'impasse de la guerre froide, sont en mesure de réaliser la vision historique de leurs fondateurs. Un monde dans lequel la liberté et les Droits de l'homme sont respectés par toutes les nations.

Discours de George Bush, président des États-Unis de 1989 à 1993, devant le Congrès, 6 mars 1991.

Les clés du sujet

Lisez la consigne

Cette consigne est inhabituelle dans le sens où elle ne propose ni plan ni problématique. Il faut s'aider du document et du mot « rôle » pour trouver l'un et formuler l'autre.

Le texte, en revanche, s'articule autour de quatre points (« quatre objectifs », l. 13) qui permettent de dégager les axes d'étude. Mieux vaut toutefois les regrouper par thèmes pour se limiter à un plan en deux parties.

La problématique est aussi à extraire du texte. George Bush y évoque la mise en place d'un « nouvel ordre mondial » (l. 39). On peut ainsi s'interroger sur la nouveauté en question.

Analysez le document

C'est un discours officiel de George Bush, président des États-Unis, et à ce titre chef de l'exécutif et responsable de la politique étrangère américaine. Il s'exprime devant le Congrès, la chambre des représentants qui a le pouvoir de valider ou non la politique du président. Attention à ne pas confondre George Bush avec son fils George William, président entre 2001 et 2009.

Ce discours est prononcé en mars 1991, huit jours après la capitulation de l'Irak  mais également deux ans après la chute du mur de Berlin (1989) et dix mois avant la dissolution de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Les États-Unis s'affirment alors comme vainqueurs de la guerre froide et comme seule puissance hégémonique mondiale.

Le Proche-Orient est une région de fortes tensions. L'Irak de Saddam Hussein a annexé le Koweït pendant l'été 1990 puis tenté de transformer le conflit en guerre de soutien aux Palestiniens contre Israël. Une coalition internationale a lancé contre lui l'opération Tempête du désert qui a permis la libération du Koweït.

Définissez les axes de l'étude

Sur les quatre objectifs énoncés par George Bush, les trois premiers sont centrés sur la recherche de la paix. Ils permettent de développer un premier axe sur le rôle politique des États-Unis dans cette perspective.

Le quatrième objectif permet d'aborder la question du rôle économique des États-Unis dans le monde. Relié au souci évoqué de construire un monde respectueux des droits de l'homme, ce rôle peut donner lieu à une deuxième partie.

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Contexte] Le 28 février 1991, l'opération Tempête du désert, lancée le 17 janvier précédent contre l'Irak pour libérer le Koweït, prend fin par la victoire de la coalition internationale. Alors que l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), en voie d'éclatement, n'a plus les moyens de contrer la puissance américaine, le président des États-Unis s'interroge sur le rôle que son pays pourrait jouer dans un monde guéri de la guerre froide.

[Problématique] Dans quelle mesure ce rôle établirait-il un « nouvel ordre mondial » pacifié ?

[Présentation du document et annonce du plan] Huit jours après la victoire, le 6 mars 1991, le président Bush expose devant le Congrès des États-Unis le but auquel il entend travailler pour « forger un avenir » à la communauté internationale. Nous verrons quel rôle politique et militaire il veut attribuer à son pays d'une part, puis dans quel cadre il compte inscrire le « développement économique » et social d'un monde en paix d'autre part.

I. Les États-Unis, promoteurs et garants d'un monde pacifié ?

Assurer la paix au monde est le fil conducteur des extraits du discours du président américain. La référence apparaît cinq fois (l. 11, 19, 28, 31 et 32)  elle est même fixée comme objectif du développement économique (l. 34).

info

En 1968, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'URSS signent le Traité de non-prolifération nucléaire. En 1987, les deux Grands concluent à Washington un accord sur le contrôle des armes nucléaires.

Pour garantir la paix, George Bush propose de mettre en place un système de contrôle des armements (l. 21-22). Il entend également empêcher toute « nouvelle course aux armements » (l. 24). Le président américain se place ainsi dans l'esprit du traité multilatéral de non-prolifération de 1968 et des accords de Washington de 1987. Mais il ajoute que la paix doit préserver les intérêts vitaux des États-Unis (l. 19-20), précision qui pourrait limiter la portée des décisions américaines. Le rôle de Washington reste ainsi celui d'un État qui défend d'abord sa puissance.

info

En 1993, le successeur de George Bush, Bill Clinton, réussit à soumettre les accords d'Oslo aux Palestiniens et aux Israéliens. Ce succès est un accomplissement du projet évoqué par son prédécesseur.

George Bush entend aussi favoriser les négociations de paix en acceptant des compromis (l. 31) au Proche-Orient. Sans doute entend-il poser son pays en arbitre entre Israéliens et Palestiniens. Mais les « avantages pour tous » (l. 32) espérés risquent de placer les États-Unis dans une position de juge et partie susceptible de réduire les chances d'aboutir.

[Transition] Au lendemain d'un succès de politique internationale, George Bush affirme le rôle prépon­dérant des États-Unis comme garants de la paix, mais aussi de leurs intérêts. Qu'en est-il dans le domaine économique et social ?

II. Les États-Unis, promoteurs et garants d'un monde prospère ?

info

En 1948, l'Organisation des Nations unies (ONU) adopte le texte de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

George Bush veut « favoriser le développement économique » (l. 33-34) mondial, posé comme garantie de la paix et du progrès. Il veut aider à construire un monde où seraient respectés les libertés et les droits de l'homme (l. 42), autrement dit l'égal accès aux ressources, aux libertés fondamentales et à la justice tels que définis dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.

Le président américain en revient en effet à la « vision historique » des fondateurs des Nations unies (l. 41), celle de l'universalisme de l'après-Seconde Guerre mondiale. Il considère que le monde a ainsi dépassé la période de l'affrontement qui s'en est suivie entre les Deux Grands et qu'il nomme « l'impasse de la guerre froide » (l. 40).

Mais, en 1991, alors que s'effondre le modèle soviétique, c'est bien plutôt la seule vision américaine de la paix mondiale et le seul mode de développement capitaliste et libéral cher aux États-Unis qui semblent triompher.

Conclusion

Le rôle que le président américain veut faire jouer à son pays est celui d'un leader généreux, ouvert et pacifique. À l'époque, ce discours diffuse une vague d'optimisme sans précédent dans le monde. Mais les conditions posées, qui mettent en avant les intérêts vitaux des États-Unis, créent un doute quant à l'établissement d'un nouvel ordre mondial juste et pacifié. George Bush n'imagine-t-il pas plutôt le rôle de son pays en « gendarme du monde » ?

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