Le rôle du travail comme instance d’intégration

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Travail, emploi, chômage
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2014 | Académie : Moyen-Orient
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Le rôle du travail comme instance d’intégration
 
 

Travail, emploi, chômage

sesT_1405_09_00C

ENS. SPÉCIFIQUE

43

CORRIGE

 

Liban • Mai 2014

raisonnement • 10 points

> À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que le rôle du travail comme instance d’intégration sociale s’est affaibli.

Document 1

 

La fragilisation des individus dans le travail est fortement intériorisée, voire incorporée. Elle touche divers types de salariés : ceux qui perçoivent la dégradation progressive de leurs compétences dans un contexte qui se modifie, ceux qui subissent une usure physique et des atteintes à leur santé, les victimes d’illettrisme, les salariés en CDD1 qui craignent de perdre la main faute d’être employés au niveau de leur qualification, les jeunes précarisés, les salariés des entreprises de sous-traitance sur qui pèsent les plus fortes exigences en matière de conformité de qualité, de délai de livraison et de productivité… […]

La fragilisation du statut salarial2 est facteur d’exclusion, non seulement quand la personne se trouve en situation de précarité d’emploi ou d’exclusion de l’activité productive, mais aussi quand le rapport salarial met en difficulté le salarié dans ses propres capacités à se préserver et à exercer sa capacité d’agir. C’est pourquoi la déréglementation du marché du travail est facteur non seulement de déstabilisation du statut salarial, mais aussi de profonds troubles de l’intégration à un collectif de travail ; cela conduit aussi à intérioriser un sentiment d’incompétence et d’indignité à participer aux différents champs de la vie sociale et politique.

Bruno Flacher, Travail et intégration sociale, 2002.

1. CDD : contrat à durée déterminée.

2. Statut salarial : ensemble des droits associés au contrat de travail : stabilité de l’emploi, assurances sociales, formation, etc.

Document 2

Évolution du taux de chômage selon l’âge et la durée de 2006 à 2012 en France

 

2006

2008

2010

2012

Taux de chômage en % de la population active

Ensemble

8,8

7,4

9,4

9,8

15-24 ans

22,2

19

22,9

23,9

25-49 ans

7,9

6,6

8,4

9

50 ans et plus

6

5

6,3

6,8

Chômeurs depuis 1 an ou plus

En milliers

1 020

785

1 070

1 118

En % du nombre de chômeurs

42,3

37,9

40,4

39,8

 

Source : d’après Insee, 2013.

Champ : Population active de 15 ans ou plus, vivant en France métropolitaine.

Document 3

Parts des différentes formes d’emploi dans l’emploi total en France


 

Source : d’après Insee, 2013.

Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans et plus.

Entrer dans le sujet

Le travail doit être ici compris au sens d’emploi, c’est-à-dire d’une utilisation spécifique de la force de travail dans un cadre juridique précis, débouchant sur un statut social particulier.

L’intégration est le processus par lequel les individus sont rattachés à la société ; elle passe par l’action de plusieurs instances : la famille, l’école, les institutions publiques… et l’emploi. Il s’agit ici de montrer comment l’exercice d’une activité professionnelle permet moins aujourd’hui d’inclure les individus dans la société et donc contribue moins au lien social.

Comprendre les documents

  • Le document 1 présente les différentes évolutions qui participent à la « fragilisation du statut salarial ». Il s’agit de transformations dans la gestion des entreprises (recours au contrat à durée déterminée – CDD – ou autres emplois précaires, sous-traitance ou externalisation qui tendent à pressuriser les salariés concernés…) mais aussi de déréglementation du marché du travail, ou tout simplement de la mise en concurrence des salariés entre eux en période de chômage de masse. Dans ce contexte, les plus fragiles peuvent être écartés de l’emploi en raison de leur état de santé, de leur manque d’expérience ou de qualification.

Cette fragilisation provoque une précarisation sociale, et contribue également à une disqualification sociale des personnes touchées, qui s’excluent des différents compartiments de la vie sociale.

  • Le document 2 est un tableau montrant que la crise qui a éclaté en 2008 a fait progresser le taux de chômage en France pour toutes les classes d’âges, puisqu’il passe de 7,4 % en 2008 à 9,8 % en 2012, avec une croissance plus forte pour les jeunes actifs (+ 4,9 points). Entre 2008 et 2012, le pourcentage de chômeurs de longue durée (plus d’un an) a cru de 1,9 point (+ 343 000 chômeurs).
  • Le document 3 est un graphique mettant en évidence la structure des formes d’emplois en France de 1982 à 2011. Les trois-quarts de l’emploi sont toujours composés de salariés en contrats à durée indéterminée (CDI). L’emploi précaire progresse régulièrement en passant de 5 % en 1982 à environ 10 % en 2011. La part des non salariés décroît globalement à 15 % mais remonte en fin de période (auto entrepreneurs).

Structurer sa réponse

On consacrera une partie aux effets du chômage sur l’intégration sociale, puis une autre aux conséquences de la précarisation du travail.

Corrigé

Introduction

Le travail doit être ici compris au sens d’emploi, c’est-à-dire une utilisation spécifique de la force de travail dans un cadre juridique précis, débouchant sur un statut social particulier. L’intégration, qui est le processus par lequel les individus sont rattachés à la société, passe par l’action de plusieurs instances : la famille, l’école, les institutions publiques… et l’emploi. Il s’agit ici de montrer comment une activité professionnelle permet moins aujourd’hui d’inclure les individus dans la société, en d’autres termes, qu’elle contribue moins au lien social.

On consacrera une première partie aux effets du chômage sur l’intégration sociale, puis une seconde partie aux conséquences de la précarisation du travail.

I. Le chômage à l’origine des difficultés d’intégration

  • Avoir un emploi structure la vie quotidienne de tous les actifs occupés, qui s’astreignent à la ponctualité, doivent respecter des normes sociales (amabilité avec les clients ou les collègues), tout en ayant un sentiment d’utilité sociale et une place dans la société. L’emploi procure un revenu qui permet de satisfaire ses besoins en tant que consommateurs et de ne pas être complètement dépendant de la collectivité.
  • À l’inverse, l’absence de contraintes collectives peut conduire les chômeurs à une déstructuration de leur vie (décalage avec le rythme de vie des actifs occupés), à un sentiment d’inutilité sociale et à une moindre acceptation des normes puisqu’ils n’en ont plus les avantages. La diminution des revenus accroît la contrainte budgétaire, et conduit à ne plus pouvoir tenir les standards de la société de consommation, contraignant les chômeurs à moins consommer.
  • Ces effets sont d’autant plus graves que le chômage est devenu plus massif et dure longtemps. Or, entre 2008 et 2012, le pourcentage de chômeurs de longue durée (plus d’une année consécutive) a cru de 1,9 point, soit 343 000 chômeurs de longue durée de plus (document 2). L’indemnisation du chômage diminuant, le niveau de vie des chômeurs n’est pas assez élevé pour une sociabilité extérieure, provoquant ainsi l’isolement, et la désaffiliation de leurs réseaux amicaux et parfois familiaux.

II. La précarisation de l’emploi freine également l’intégration

  • Le document 3 met en évidence la montée de la précarité de l’emploi : les emplois précaires progressent régulièrement et sont passés de 5 % en 1982 à environ 10 % en 2011. La précarisation va donc concerner un nombre de plus en plus grand de salariés (document 1).
  • La précarisation de l’emploi entraîne une difficulté plus forte pour trouver une place dans la société grâce à l’emploi. En effet, un salarié changeant régulièrement d’entreprise devra à chaque fois se socialiser au fonctionnement et à la culture de l’entreprise.

De plus, un salarié précaire n’a pas d’intérêt à se syndiquer et peut même l’éviter en espérant gagner un emploi plus stable pour le prix de sa docilité. Moins intégré à l’entreprise, moins soutenu par l’institution syndicale, l’identification par le métier et l’entreprise joue moins bien.

  • Les salariés en emploi précaire accèdent moins facilement au crédit, source de financement de nombreux biens de consommation ou de l’acquisition de logement. Il leur est aussi plus compliqué de pouvoir signer un bail sans caution extérieure. Ainsi, privés de certains droits (se loger, se déplacer…), il leur est plus difficile de se défendre dans un marché du travail qui écrase ceux qui sont les moins biens dotés en ressources. La précarité professionnelle se double alors d’une précarité sociale.

Conclusion

Le rôle intégrateur du travail s’est donc affaibli sous l’effet du chômage de masse et de longue durée, mais aussi de la précarisation de l’emploi rendue possible par la déréglementation du marché du travail. Chômeurs et salariés précaires partagent des conditions de vie proches, mais les premiers sont en plus privés des relations sociales que le travail procure.