Le Sahara, un espace de ressources et de conflits

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : L'Afrique : les défis du développement
Type : Composition | Année : 2014 | Académie : Amérique du Nord
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Le Sahara, un espace de ressources et de conflits
 
 

L’Afrique : les défis du développement

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Géographie

39

CORRIGE

 

Amérique du Nord • Mai 2014

composition

Entrer dans le sujet

  • Le sujet est extrait tel quel d’une partie du programme. Naturellement, il faut prendre soin d’en définir les mots clés : espace, ressources, conflits. Cette étape est d’autant plus importante que la formulation du sujet suggère le plan.
  • Le Sahara doit d’abord être défini, donc délimité, comme doit l’être le sujet. Attention à ne pas dévier vers une analyse des relations internationales au cours de trop longs développements, par exemple, sur le terrorisme international. C’est bien l’analyse du territoire saharien qui doit être au centre de votre étude.

Dégager la problématique

Pour faciliter la synthèse, il faut définir une problématique simple. La réponse à cette problématique constituera le fil conducteur du devoir, donc son plan. Par exemple : dans quelle mesure le jeu des acteurs géographiques fait-il de cet espace si particulier une zone de conflits et en quoi les ressources en sont-elles responsables ? On peut développer cette problématique en quelques questions (voir l’introduction).

Définir le plan

On pourra commencer par définir et délimiter le Sahara, espace en voie de territorialisation [I]. On montrera ensuite comment l’existence de différents types de ressources [II] débouche sur des conflits à toutes les échelles [III].

Corrigé

Ce corrigé est rédigé sous la forme d’un plan détaillé. Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Présentation] On n’a jamais autant parlé du Sahara. Et pas toujours en bien ! Entre le Printemps arabe, les enlèvements d’otages occidentaux et la guerre dans le nord du Mali, le plus grand désert du monde, sanctuaire des mouvements terroristes les plus extrémistes de la planète, paraît bien éloigné des images de cartes postales.

[Problématique] Dans quelle mesure peut-on expliquer cet intérêt nouveau pour l’espace saharien ? Longtemps espace peu approprié, le Sahara est en cours de territorialisation. Comment expliquer ce retournement historique dans la perception de cet espace ? Est-ce lié au renouveau des ressources du désert ? Aux modalités spécifiques de fonctionnement de ce territoire ? À la multiplicité des acteurs en concurrence ?

 

Conseil

Pour rendre la lecture du plan plus aisée au correcteur, il peut être astucieux d’en souligner les idées essentielles (ici en rouge).

[Plan] C’est que le Sahara est un espace particulier, dont les mutations territoriales récentes prennent une ampleur particulière du fait de ressources de plus en plus convoitées, déclenchant des conflits très divers, avec des acteurs sans cesse plus nombreux et des ressorts à toutes les échelles.

I. Les espaces du Sahara

1. Le plus grand désert du monde

  • Le Sahara est le plus grand désert du monde : 8,5 millions de km². Ses 3 000 km de profondeur séparent l’Afrique méditerranéenne de l’Afrique noire subsaharienne. On le compare souvent à une mer, qui borde l’Atlas ou la Méditerranée au nord, qui s’efface progressivement au sud : c’est le Sahel.
  • Le désert naît de la permanence d’un puissant anticyclone qui bloque les précipitations. L’aridité est la contrainte majeure : moins de 150 mm de précipitations par an et moins de 50 mm dans le cœur hyperaride ! La clarté atmosphérique cause des températures très élevées le jour, glaciales la nuit.
  • Les paysages du désert – erg (champ de dunes), reg (surface rocailleuse), hamadas (plateaux rocheux) – sont marqués par cette aridité, même les massifs montagneux, si humides sous d’autres latitudes.

2. Un espace ponctuel et linéaire

  • Cet espace saharien est d’abord un espace de peuplement ponctuel, telles les oasis, naturelles ou artificielles, lieux d’agriculture et centres de commerce. Peuplement ponctuel qui, à l’occasion, devient linéaire dans la plus grande oasis du monde : la vallée du Nil, fleuve allogène, fait la richesse de l’Égypte.
  • Les peuples du désert ont toujours été des peuples nomades. Mais, de plus en plus, le Sahara est un désert de villes en forte croissance : plus de 80 % des 10 à 12 millions d’habitants du Sahara proprement dit sont des citadins. Nouakchott, créée ex nihilo en 1957, dépasse aujourd’hui le million d’habitants.
  • Le Sahara est un désert traversé de flux qui en font une interface active, dessinant un réseau complexe entre nord et sud, espace de contact entre civilisations noires et arabes, source de fructueux échanges.
 

Info

Territorialiser signifie construire du territoire, c’est-à-dire un espace structuré par l’homme et non naturel.

3. Un espace en territorialisation

  • C’est seulement avec la colonisation que s’opère un grand retournement spatial : le territoire colonial se construit à partir des littoraux, dos au désert. Le Sahara devient un espace répulsif, domaine de nomades agressifs.
 

Conseil

Soignez autant que possible les transitions, afin de conduire le correcteur d’une partie à l’autre de votre raisonnement. Vous pouvez marquer cette transition en allant à la ligne.

  • Depuis les indépendances, les États africains s’efforcent de territorialiser le Sahara. Des frontières nouvelles découpent le désert. Mais les États sahariens sont incapables d’exercer un contrôle territorial efficace. Cela explique sans doute que s’y expriment des puissances extrarégionales qui tentent d’y protéger leurs intérêts : la France, les États-Unis et plus récemment la Chine.

[Transition] C’est que le Sahara ne manque pas de ressources !

II. Des ressources convoitées

1. Des ressources liées aux circulations

  • Le Sahara a toujours été un espace de commerce, par dromadaire, puis par 4x4. Aujourd’hui, la contrebande de cigarettes chinoises, importées par l’Afrique de l’Ouest et réexportées depuis l’Algérie, est massive. Mais c’est aussi le cas d’une production de contrefaçons venue de Chine à destination de l’Europe.
  • Interface de la mondialisation, le Sahara l’est aussi pour le trafic de stupéfiants. 15 % de la production mondiale de cocaïne y transite vers l’Europe. États et terroristes touchent leur dîme sur ce lucratif trafic illicite.

2. Des ressources liées aux frontières

  • Les frontières sont d’une grande porosité. La faiblesse des États constitue un avantage comparatif majeur pour les trafics de tous ordres. Et la frontière constitue une rente pour les pouvoirs locaux qui monnaient le droit de passage, sans trop tenir compte du pouvoir central.
  • La frontière constitue même une ressource à part entière, en raison des différences de taxation. Depuis des décennies, c’est le cas pour la fraude lahda, le lait en poudre, acheté à prix subventionnés en Algérie puis exporté en fraude au Sahel avec un gros bénéfice.

3. Des ressources liées aux matières premières

 

Conseil

Vous pouvez illustrer davantage ce paragraphe par l’analyse d’un exemple, tel le projet Desertec qui prévoit d’exploiter l’énergie solaire sur une échelle continentale.

  • Mais d’autres ressources sont convoitées à l’échelle régionale (telles les nappes d’eau fossile du Sahara) ou mondiale : le pétrole, déjà exploité en Afrique du Nord et au Soudan, à présent dans la majorité des États sahéliens, fait l’objet d’une course effrénée entre les grandes compagnies mondiales. Le Sahara devient une zone de fourniture d’énergie.
  • Le Sahara renferme de nombreuses richesses minières, parfois exploitées (fer mauritanien, phosphates marocains, uranium au Niger).
  • La présence d’occidentaux est l’occasion d’une nouvelle rente, la prise d’otages. L’espace saharien est donc le théâtre d’économies de rente à diverses échelles.

[Transition] Le partage de ces rentes est souvent générateur de conflits.

III. Le Sahara, espace conflictuel

1. Des conflictualités transsahariennes

  • Certains groupes ethniques s’étendent sur plusieurs États. Ces peuples du désert subissent des changements dramatiques : déclin du nomadisme et des oasis, progrès de la sédentarisation et de l’urbanisation. Présents sur six États, 1,5 million de Touaregs peuplent le Sahara. Appelés « hommes bleus » en raison de la couleur de leur voile, ces nomades esclavagistes étaient redoutés par les populations sahéliennes sédentaires.
  • Dans les nouveaux États, les Touaregs se retrouvent dans une situation dominée, en voie de sédentarisation forcée, malgré des révoltes sanglantes au Mali et au Niger.

2. Des conflictualités régionales : l’exemple du Sahara occidental

  • Le conflit du Sahara occidental illustre l’opposition entre deux puissances régionales. Le Maroc annexe cette région en 1975 (« marche verte »). Le Front Polisario proclame alors la République arabe sahraouie démocratique (RASD), avec le soutien de l’Algérie qui lui sert de zone de repli.
  • Dans les années 1980, le Maroc construit un mur de défense, le « mur des sables », se réservant ainsi l’exploitation des vastes ressources de l’ouest (pétrole, phosphates, minerais). Un référendum d’autodétermination est toujours attendu, sans cesse reporté.

3. Des conflictualités globales

 

Conseil

Nourrissez votre copie d’exemples précis, tirés par exemple de l’actualité la plus récente.

  • Le Sahara est aussi le théâtre de conflictualités globales. C’est une frontière migratoire pour l’Europe. Seuls 10 à 20 % des migrants transsahariens cherchent à la rejoindre. La grande majorité cherche plutôt à s’employer au Sahara libyen ou algérien.
  • Le Sahara devient surtout un espace conflictuel dans la lutte contre le terrorisme. Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) y enlève régulièrement des occidentaux. L’aide occidentale contre le terrorisme constitue une rente pour les États sahéliens.
  • Divers groupes islamistes, tel le MUJAO (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) ou Ansar Dine, s’efforcent d’y créer une base territoriale, sanctuaire pour leurs activités terroristes ultérieures.

Conclusion

[Reprise] Le Sahara est donc un espace à la configuration particulière, en voie de territorialisation par des États qui lui sont largement extérieurs. Or, le désert saharien est aussi – contrairement aux idées reçues – un espace aux ressources nombreuses de plus en plus convoitées par des acteurs très divers. Les conflictualités s’y manifestent donc à des échelles multiples, faisant de cet espace une zone souvent dangereuse.

[Réponse] Ainsi, le Sahara est bien loin d’être un espace vide pour touristes. C’est un espace traversé, un territoire qui se construit selon des logiques diverses car les acteurs – et leurs intérêts – y sont multiples et souvent divergents. Sa position, en frontière sud de l’Europe, et ses ressources font du fonctionnement de l’espace saharien un enjeu régional majeur.

[Élargissement] Il est donc peu probable que l’intérêt médiatique pour le Sahara s’estompe dans les années à venir. C’est ce que montre le conflit dans le nord du Mali, qui peine à se résoudre. D’autant que les révolutions du Printemps arabe pourraient bien recomposer les logiques territoriales qui y prévalent.