Le Sahara : une zone de conflits

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : L'Afrique : les défis du développement
Type : Analyse de document | Année : 2014 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Le Sahara : une zone de conflits
 
 

L’Afrique : les défis du développement

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GÉOGRAPHIE

36

CORRIGE

 

Sujet inédit

analyse de documents

> À partir de l’analyse des documents, montrez que le Sahara et ses marges constituent une zone conflictuelle.

Document 1

Le Sahara, zone d’insécurité et carrefour migratoire


 

Documentation photographique. Géographie des conflits, n° 8086, 2013.

Document 2

Le Sahara, nouveau territoire de conflits

La prise d’otages et la demande de rançon, justifiées par des revendications islamistes exprimées par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), s’ajoutent aux trafics d’humains. Aqmi est née du reliquat des forces du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), groupe djihadiste qui s’est affilié à Oussama Ben Laden en 2006. Chassée de ses bases algériennes, elle s’est déployée dans l’ensemble du Sahel. Depuis 2007, les prises d’otages par Aqmi sont récurrentes. L’une des opérations les plus spectaculaires eut lieu à Arlit, dans le Nord-Niger, le 16 septembre 2010. Plusieurs groupes armés ont frappé à deux endroits cette ville minière pourtant bien protégée, et pris en otage sept personnes travaillant pour Areva, premier groupe nucléaire français. L’entreprise est directement visée à la fois en raison de la présence de ressortissants français et comme exploitant la principale richesse du Niger : l’uranium. Les forces militaires françaises ou américaines établies sur place ne peuvent pas faire grand-chose, même quand les ravisseurs sont identifiés et poursuivis.

Jean-Yves Moisseron, Documentation photographique. Géographie des conflits, n° 8086, 2013.

  • Le sujet porte sur la région saharienne, mais invite à considérer également ses marges méridionales (le Sahel). Il est centré sur la notion de conflit qu’il faut envisager comme toute forme d’affrontement armé ou non engageant différents types d’acteurs.
  • La problématique est largement suggérée par le libellé de la consigne. Vous pouvez la formuler ainsi : en quoi le Sahara et ses marges sont-ils un espace conflictuel ?
  • Pour y répondre de façon complète, vous organiserez votre analyse selon trois axes : les caractéristiques de la région qui la prédisposent aux conflits ; les enjeux, sources de conflits ; une manifestation de ces conflits.
Corrigé

Les titres en couleur servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Présentation des documents] L’étude comprend deux documents consacrés aux problèmes d’insécurité dans le Sahara ; ils sont extraits de la revue Documentation photographique, parue en 2013.Le premier est une carte régionale du Sahara et de ses marges sahéliennes précisant l’organisation spatiale des activités terroristes d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) ; le second un texte du géopoliticien Jean-Yves Moisseron expliquant les enjeux de ces actions.

[Problématique et annonce du plan] L’analyse de ces deux documents nous permet de poser la question suivante : en quoi le Sahara et ses marges sont-ils un espace conflictuel ? Pour y répondre, nous rappellerons d’abord les caractéristiques de cette région, puis ses enjeux en tant que sources de conflits avant d’évoquer une manifestation de ceux-ci.

I. Le Sahara, un espace particulier

1. De fortes contraintes, d’immenses ressources

 

Info

Cette superficie équivaut à celle du Brésil.

  • Le Sahara est un espace immense (document 1) : dans sa plus grande extension, sa superficie s’élève à 8,5 millions de km2.
  • C’est aussi un espace marqué par l’aridité : les précipitations sont inférieures à 100 millimètres par an.
  • Mais il est riche en ressources naturelles : nappes aquifères fossiles, hydrocarbures, phosphates, minerais. Ainsi, l’extraction de l’uranium du Niger (document 2) est essentielle pour le fonctionnement des centrales nucléaires françaises.

2. Un désert humain, un carrefour migratoire

  • Les densités de population sont extrêmement faibles : la population sédentaire se concentre dans quelques rares villes (ex. : Arlit au Niger).
  • En même temps, traditionnellement, le Sahara est un espace de déplacement des populations nomades (ex. : les Touaregs). Plus récemment, les migrants venant du Sud empruntent les routes transsahariennes (document 1).

3. Un espace fragmenté et désarticulé (document 1)

  • Le Sahara est une zone de contact entre le monde méditerranéen et l’Afrique subsaharienne. Il n’a jamais connu d’unité politique.
  • On compte, de la Mauritanie au Soudan, dix États sahariens. Leurs longues frontières politiques, héritées de la colonisation, sont difficiles à contrôler.
  • Les États du Nord (du Maroc à l’Égypte) sont plus solides et plus développés que ceux du Sud (de la Mauritanie au Soudan), qui sont tous des PMA.

II. Un espace aux multiples enjeux

1. Le contrôle des ressources naturelles

  • La maîtrise et l’exploitation des ressources naturelles (hydrocarbures, uranium) font du Sahara un espace convoité.
  • Comme le mentionne le document 2, différents acteurs s’y opposent : des acteurs internes à la région (États, groupes terroristes liés au réseau international d’Al-Qaïda) et des acteurs extérieurs (entreprises et forces armées des puissances occidentales, au premier rang desquelles la France).

2. La souveraineté des États

  • Les États du Sud comme le Mali souffrent du manque de légitimité de leurs dirigeants, de l’influence des puissances occidentales (ex. : France), du mal-développement. En outre, ils ne parviennent pas à contrôler l’ensemble de leur territoire et à faire respecter leurs frontières (document 1).
  • Certains groupes comme les Touaregs revendiquent sans succès la reconnaissance de leur identité. Les États de la région se caractérisent en effet par une forte diversité ethnique et culturelle dont les frontières, issues de la période coloniale, ne tiennent pas compte.
 

Info

En 2011, une intervention militaire de l’OTAN en soutien aux rebelles libyens a abouti au renversement de Mouammar Kadhafi.

  • Depuis 2011, les États du Nord sont confrontés aux aspirations démocratiques de leur population. Certains régimes (Tunisie, Libye, Égypte) ont été renversés par le « Printemps arabe », et peinent depuis à retrouver leur stabilité. La chute de Mouammar Kadhafi a déstabilisé l’ensemble de la région : elle a entraîné la dissémination du considérable stock d’armes dont il disposait, favorisant ainsi la militarisation de nombreux groupes rebelles.

3. La lutte contre les trafics et le terrorisme

  • Le Sahara est un carrefour commercial pour le trafic de drogue (15 % du trafic mondial) ; c’est aussi un espace de transit pour les migrants clandestins en provenance de l’Afrique subsaharienne et à destination de l’Union européenne (document 1).
  • Depuis les années 2000, la région est devenue un foyer du terrorisme international avec la naissance d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (document 2). Pour y faire face, les forces militaires françaises et américaines ont renforcé leur présence dans la région, au nom de la lutte contre le terrorisme.

III. Une forme de conflit : le terrorisme islamiste

1. Les modalités

 

Info

Ces otages ont été libérés en octobre 2013.

  • En septembre 2010, à Arlit, au Niger, Aqmi enlève sept employés de l’entreprise Areva, dont cinq ressortissants français (document 2).
  • L’opération est doublement symbolique : il s’agit de dénoncer l’influence d’une grande puissance occidentale et la mainmise d’une de ses entreprises phares sur les ressources naturelles de la région.
  • De plus, cette prise d’otages, assortie d’une demande de rançon, a pour intérêt de financer le groupe terroriste (achat d’armes, de drogue).

2. Les zones d’action (document 1)

  • Géographiquement, les commandos d’Aqmi opèrent dans une vaste zone allant de la Mauritanie au Niger, sous forme d’enlèvements ou d’attentats.
 

Attention !

Ici, les frontières, particulièrement poreuses, ne sont pas des obstacles aux différents flux.

  • Cependant, ils disposent d’une zone de repli située au nord du Mali, dans une zone montagneuse à proximité des frontières de l’Algérie et du Niger, ce qui permet d’échapper plus facilement aux forces de l’ordre.

3. Une riposte difficile

  • Des commandos peu nombreux mais aguerris d’Aqmi s’opposent aux armées régulières des États africains soutenus par la France et les États-Unis : c’est un conflit asymétrique. L’intervention militaire française au Mali en 2013 (opération Serval), destinée à chasser du nord de ce pays des rebelles islamistes, a montré les difficultés de ce type d’action.
  • Cependant, la connaissance du terrain et des soutiens auprès de la population locale rendent la riposte très difficile de la part des armées régulières (fin du document 2). Ainsi, il est peu aisé de fixer le terme de ce type d’opérations.

Conclusion

[Réponse à la problématique] En somme, l’analyse de ces documents nous a montré que les caractéristiques de la région saharienne et les différents enjeux qu’elle présente favorisent l’action de groupes terroristes.

[Critique des documents] L’intérêt des documents est de mettre en évidence la dimension spatiale de ce problème. Cependant, ils évoquent peu le rôle des États de la région.