Annale corrigée Etude critique de document(s)

Le terrorisme au Sahel

Étude critique de document

Le terrorisme au Sahel

2 heures

10 points

Intérêt du sujet • Voici un sujet qui vous donnera l'occasion de mobiliser des notions clés de votre cours pour analyser un phénomène contemporain. Le document fournit de nombreuses informations : à vous de les réorganiser de façon cohérente.

 

 D'après le document proposé, vous montrerez les facteurs et les dynamiques du terrorisme au Sahel.

DocumentL'extension du terrorisme au Sahel

Loin de se résorber, la conflictualité au Sahel s'est aggravée et étendue en 2018 et 2019. Au Mali, 2018 a même été plus mortifère que […] 2013 (opération Serval). […]. Si certains acteurs nationaux et extérieurs parlent encore de « lutte contre le terrorisme », ce concept doit être dépassé pour comprendre les dynamiques à l'œuvre au Mali, au Burkina Faso et à l'ouest du Niger, comme dans le bassin du lac Tchad, travaillé par Boko Haram. […]

S'il est parfois malaisé de séparer le terrorisme d'autres formes de violence au Sahel, c'est en raison de la facilité avec laquelle celui-ci se greffe sur les conflits locaux préexistants. De plus, un certain nombre de mécanismes expliquent la diffusion dans l'espace de la problématique terroriste au Sahel. […]

À 200 kilomètres au nord de Niamey, dans la zone frontalière avec le Mali, se joue une autre partition socio-économique. Des éleveurs transhumants peuls ont progressivement été chassés de leurs puits et de leurs pâturages face à l'avancée, depuis les années 1970, d'un front pionnier de paysans djermas, avec la bénédiction des autorités locales et nationales nigériennes1. Certains transhumants se sont alors déplacés vers le Mali voisin, où la cohabitation avec d'autres éleveurs (des Touaregs Daoussahhaks), d'abord sans heurt, a tourné en franche hostilité (vols de bétail, assassinats, cycles de représailles…) dans les décennies 1990 et 2000. Les Peuls nigériens […] rejoignent un mouvement salafiste-djihadiste solidement implanté dans la région de Gao, le Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO), devenu depuis2 l'État islamique au Grand Sahara (EIGS). Ces recrues du MUJAO entendaient défendre leur communauté contre les Daoussahaks, mais aussi se venger de l'État nigérien, qui a toujours arbitré (dans les litiges fonciers et ruraux) en leur défaveur. Un banal conflit foncier se transforme ainsi en terrorisme international. […]

On voit dans ces exemples toute la dualité de ces conflits, d'abord locaux, mais qui ont également une dimension plus globale (idéologie, modes d'action, alliances entre groupes) […].

Plusieurs raisons, hors des tensions préexistantes, peuvent expliquer l'extension des zones touchées par le phénomène. La stratégie des terroristes est de toucher un maximum d'espaces à la fois, ne serait-ce que légèrement […] pour donner l'impression via l'impact médiatique subséquent, qu'une part importante des territoires est touchée.

Cette stratégie répond aux opérations militaires dans les zones touchées par le terrorisme. Ces opérations conduisent généralement à la dissémination des combattants, d'autant qu'au vu de la taille des appareils de sécurité sahéliens, les opérations conduisent souvent à dégarnir le dispositif sécuritaire d'autres zones. Les terroristes ont donc tout intérêt à étirer au maximum leur zone d'action. […]

Lorsque l'État s'appuie sur des proxies3 pour combattre un groupe terroriste, cela peut renforcer localement les tensions intercommunautaires et affaiblir les possibilités de médiation et de sortie de crise.

Alain Antil, in Thierry de Montbrial, Dominique David (dir.), Ramses 2020. Un Monde sans boussole ?, Institut français des relations internationales/Dunod, 2019, Malakoff.

1. Les Djermas sont en effet beaucoup mieux représentés au sein des institutions nigériennes que leurs adversaires.

2. Tout du moins pour la majorité de ses cadres et de ses combattants.

3. Proxies : ici procurations, mandats.

 

Les clés du sujet

Identifier le document

hggspT_2000_00_19C_01

Comprendre la consigne

La consigne porte sur une forme de conflit particulière : le terrorisme. Vous devez en préciser les causes (facteurs) et les évolutions (dynamiques).

La structure du texte qui s'articule autour de ces deux notions vous permettra d'en extraire les informations utiles.

Dégager la problématique et construire le plan

L'enjeu du sujet est d'analyser les ressorts du terrorisme au Sahel : ce qui l'explique ; la façon dont il s'étend dans l'espace.

Votre problématique doit mettre en évidence la dimension explicative de votre étude critique du document.

Tableau de 3 lignes, 2 colonnes ;Corps du tableau de 3 lignes ;Ligne 1 : I. Aux origines du terrorisme : des conflits socio-économiques; Comment passe-t-on de la contestation au terrorisme ?À quelles échelles se produit ce basculement ?; Ligne 2 : II. Un facteur aggravant : les carences des États; Quelles carences étatiques le terrorisme révèle-t-il ?Comment les États amplifient-ils le terrorisme ?; Ligne 3 : III. L'extension du terrorisme; Pour quelles raisons le terrorisme s'étend-il ?Quels sont les États du Sahel touchés par ce phénomène ?;

Les titres et les indications entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Présentation du sujet] Le document proposé est un article géopolitique du chercheur Alain Antil, extrait de l'ouvrage Un monde sans boussole ? Ramses 2020. Écrit en 2019 au moment de la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel, il présente, à l'échelle régionale, l'extension du terrorisme dans cette partie de l'« arc de crises ». [Problématique] Nous analyserons ce document pour comprendre pourquoi le terrorisme se développe au Sahel. [Annonce du plan] Pour ce faire, nous présenterons d'abord les conflits socio-économiques sur lesquels se greffe le terrorisme [I] puis la faiblesse des États [II], avant de mettre en évidence les logiques de l'extension spatiale du phénomène [III].

I. Aux origines du terrorisme : des conflits socio-économiques

1. Des conflits d'usage locaux

Le Sahel est une région aride où le manque d'eau et de terres cultivables est criant au regard de la forte croissance démographique.

Le secret de fabrication

En précisant le contexte géographique du point de vue physique et humain, vous donnez sens à tous les antagonismes intercommunautaires auxquels l'auteur fait référence. En même temps, vous rendez ses propos, très détaillés, beaucoup plus limpides.

C'est pourquoi il y a des conflits d'usage entre éleveurs et agriculteurs pour l'accès à l'eau et aux terres de pâtures ou de cultures, comme au Niger et au Mali. Ces conflits dégénèrent en véritables guerres intercommunautaires (l. 13-22).

à noter

Au Niger, la population est passée de 10 millions en 2000 à 23 millions en 2019. Au Mali, elle est passée de 11 à 19,7 millions durant la même période.

2. … aux mouvements terroristes internationaux

Certains éleveurs qui se sentent lésés dans ces conflits se tournent vers des organisations terroristes déjà implantées régionalement : en particulier, le MUJAO (Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest), affilié depuis à l'organisation État islamique, qui recrute parmi les Peuls (l. 22-26).

Des conflits locaux prennent alors une dimension internationale : « Un banal conflit foncier se transforme ainsi en terrorisme international » (l. 29-30). En effet, les nouvelles recrues des mouvements terroristes adoptent une idéologie islamiste et des modes d'action violents à l'encontre des États de la région et leurs alliés occidentaux comme la France.

[Transition] Ainsi, des conflits d'usage locaux prennent une dimension internationale en étant instrumentalisés par des organisations terroristes.

II. Un facteur aggravant : les carences des États du Sahel

1. Des États partiaux et impuissants

D'après l'auteur, les États du Sahel ne jouent pas correctement leur rôle d'arbitre des conflits. Au contraire, dans une logique clientéliste, ils favorisent des communautés aux dépens d'autres, comme au Niger où l'État soutient les paysans djermas contre les éleveurs peuls. (l. 14-18).

De plus, les États n'ont pas les moyens d'assurer la sécurité de leur population face au terrorisme (l. 41-44). Ils doivent donc faire appel aux armées des puissances occidentales pour y parvenir. Ainsi, en 2013, à la demande du président malien, la France a lancé l'opération Serval pour repousser une offensive du MNLA (l. 2-3).

à noter

Les États du Sahel sont des PMA : ils manquent des ressources nécessaires pour disposer d'une armée digne de ce nom.

2. Des États prédateurs

Pour lutter contre le terrorisme, les États proclament parfois l'état d'urgence qui paralyse la vie économique du pays et restreint les libertés : ces mesures sont perçues comme coercitives par la population.

mot clé

L'état d'urgence est une mesure prise par un gouvernement en cas de menace sur la sécurité d'un pays. Il s'accompagne souvent d'une restriction des libertés.

De plus, l'état d'urgence est parfois l'occasion d'exactions de l'armée régulière sur les civils, ce qui discrédite un peu plus l'État.

Enfin, en s'appuyant sur certaines communautés pour lutter contre le terrorisme, l'État accentue les tensions sociales et retarde le retour à la paix (l. 46-48).

[Transition] En somme, la conflictualité au Sahel est aggravée par les carences des États, tout à la fois partiaux, impuissants et prédateurs.

III. L'extension du terrorisme au Sahel

1. Le résultat de la stratégie des organisations terroristes

D'après les lignes 35-39, les organisations terroristes multiplient des actions ponctuelles dans des zones très lointaines les unes des autres pour donner l'impression aux médias d'une capacité de frappe supérieure à la réalité.

De plus, cette dissémination géographique pousse les forces militaires régulières qui luttent contre le terrorisme à étendre et fragiliser un dispositif déjà insuffisant (l. 40-44).

à noter

Depuis 2017, la force militaire conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) lutte contre le terrorisme.

2. Un phénomène aggravé et en extension

Au début du texte, l'auteur note l'aggravation de la conflictualité régionale à la fin de la décennie 2010. Ce phénomène se traduit par l'augmentation du nombre d'attaques et de victimes, en particulier au Mali.

Il rappelle également que le terrorisme dépasse le Sahel en touchant toute l'Afrique occidentale (l. 4-7). Ainsi, l'organisation Boko Haram, affiliée à l'organisation État islamique, étend son action du Nigeria au Cameroun, au Tchad et au Niger, en faisant fi des frontières étatiques.

conseil

Même si l'auteur en parle peu, vous pouvez souligner la dimension inter­nationale de la ­stratégie terroriste.

Conclusion

[Réponse à la problématique] En somme, le terrorisme se développe au Sahel pour différentes raisons. Il se nourrit des conflits d'usage au sujet de l'accès à l'eau et aux terres entre communautés ethniques antagonistes ; celles-ci intègrent parfois des organisations terroristes pour faire valoir leurs droits. Il s'explique également par les nombreuses carences des États incapables d'assumer leur rôle de façon neutre et efficace auprès des populations. Il connaît une extension spatiale spectaculaire liée à la stratégie des organisations terroristes ; au-delà du Sahel, toute l'Afrique de l'Ouest est concernée. [Critique du document] Ce document nous démontre que l'extension du terrorisme est davantage une question de mal-développement qu'un problème sécuritaire. Cependant, il aborde peu la dimension internationale du terrorisme dans cette région qui, pour les Occidentaux, fait partie de l'« arc de crises ».

Le secret de fabrication

La critique du document peut jouer le rôle d'ouverture. Il s'agit ici d'un changement d'échelle, du régional au mondial. Pour vous, c'est une façon de rappeler que la stratégie des organisations terroristes reste globale, même si l'auteur privilégie l'échelle locale.

Accéder à tous les contenus
dès 6,79€/mois

  • Les dernières annales corrigées et expliquées
  • Des fiches de cours et cours vidéo/audio
  • Des conseils et méthodes pour réussir ses examens
  • Pas de publicités
S'abonner