Le théâtre de l'absurde : porteur d'une réflexion sur la condition humaine ?

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : 1re Générale | Thème(s) : Beckett, Oh Les Beaux jours – Un théâtre de la condition humaine (bac 2020)
Type : Dissertation | Année : 2019 | Académie : Inédit

Un théâtre de la condition humaine

théâtre

27

fra1_1900_00_33C

Sujet d’écrit • Dissertation

Le théâtre de l’absurde : porteur d’une réflexion sur la condition humaine ?

4 heures

20 points

Intérêt du sujet • « Oh le beau jour », clame Winnie, bloquée dans la terre jusqu’à mi-corps. Le théâtre de l’absurde offre des contrastes étonnants, voire déstabilisants. La condition humaine y est représentée de manière souvent surprenante ! C’est ce que propose d’étudier ce sujet.

En quoi le théâtre de l’absurde porte-t-il une réflexion sur la condition humaine ?

Vous répondrez à cette question dans un développement argumenté, en vous appuyant sur votre lecture de Oh les beaux jours de Beckett et sur les autres textes étudiés dans le cadre du parcours « Un théâtre de la condition humaine ».

Les clés du sujet

Analyser le sujet

fra1_1900_00_33C_01

Formuler la problématique

Comment le théâtre permet-il au lecteur de s’interroger sur l’existence ?

Construire le plan

037_PLAN

Corrigé

Corrigé Flash

Les titres en couleur ou entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] Au xxe siècle, le théâtre remet en question les codes traditionnels afin de s’interroger sur de nouveaux enjeux, en particulier après le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale qui engendre une réflexion sur la valeur et le sens de l’existence humaine.

[Explication du sujet] La pièce Oh les beaux jours de Beckett s’inscrit dans cette réflexion globale sur la condition humaine. Quelle vision donne-t-elle de la condition humaine et, plus largement, comment le théâtre de l’absurde du xxe siècle permet-il au lecteur/spectateur de s’interroger sur l’existence ?

[Annonce du plan] Nous verrons dans un premier temps que ce théâtre met en scène des personnages qui perdent tous leurs repères [I]. Nous étudierons ensuite le tableau sombre qu’il dresse de la condition humaine [II], et finirons par souligner la sensation d’absurdité qui envahit la scène théâtrale [III].

I. Des personnages sans repères

1. La perte des repères spatio-temporels

Le théâtre peut abolir les marques de temps et de lieu, en plongeant les personnages dans un univers déstabilisant.

Oh les beaux jours, de Beckett (1963). Lieu apocalyptique, hors du temps : Winnie est dans une éternelle répétition face au piétinement de l’histoire. Il n’y a ni début, ni fin ; le même jour semble revenir sans cesse.

Le roi se meurt, de Ionesco (1962). Le décor modulable se métamorphose, tandis que le temps s’allonge inexorablement pour traduire la lente agonie du roi.

La Cantatrice chauve, de Ionesco (1950). Dans un espace caricatural à l’extrême (où tous les éléments de décor sont qualifiés d’« anglais », jusqu’aux « coups anglais » que frappe la « pendule anglaise »), le temps se retourne sur lui-même : on le voit dans la structure cyclique de l’œuvre, où les Martin prennent dans le dénouement la place des Smith.

2. Une communication qui s’enraye

Le langage échappe aux personnages, confrontés à la vacuité du sens.

mot clé

La logorrhée désigne un bavardage intarissable ; elle permet de caractériser des personnages souvent en crise face à la vacuité du langage.

Oh les beaux jours : Winnie parle pour prolonger son être, dans une logorrhée souvent vide de sens ; sa parole traduit son désir désespéré d’être entendue.

La Cantatrice chauve : au début de la pièce, M. Smith se contente pour toute communication de « faire claquer sa langue ». Le langage est fou : « le feu prit feu » chante Mary, la bonne, en hommage au capitaine des pompiers. L’échange devient complètement incompréhensible vers la fin de la pièce : « Touche pas ma babouche ! — Bouge pas la babouche ! — Touche la mouche, mouche pas la touche. »

[Transition] La perte des repères est renforcée par une peinture sombre de l’existence humaine.

II. Un tableau sombre de la condition humaine

1. La présence de la mort

Le théâtre montre des corps terriblement affaiblis afin de mettre en lumière la fragilité de l’existence humaine.

des points en +

Chaque réplique, chaque accessoire, chaque didascalie fait sens au théâtre. Efforcez-vous d’étudier les symboles implicites.

Oh les beaux jours : le corps de Willie est en décrépitude. Celui de Winnie, d’abord enterré jusqu’à la taille dans un mamelon, s’enlise presque complètement dans le deuxième acte de la pièce. La tentation du suicide est symbolisée par le pistolet, constamment à proximité du personnage.

En attendant Godot, de Beckett (1953) : Vladimir et Estragon, attendant désespérément Godot qui ne viendra jamais, ressentent l’inanité de leur existence et voient la mort comme un remède : « Et si on se pendait ? » Mais la mort même leur est interdite : il manque une corde !

2. Le recours au symbole et à l’allégorie

Le théâtre peut se faire allégorique afin de dire la vérité de l’homme.

Oh les beaux jours : Winnie, entre ciel et terre, désire s’envoler : « la gravité n’est plus ce qu’elle était ». Winnie est empêtrée dans un corps fragilisé qui lui rappelle sa misérable condition.

Rhinocéros, de Ionesco (1960). La bestialité de l’homme est représentée par la « rhinocérite », animalisation progressive du genre humain : cette métamorphose horrifiante conduit le spectateur à s’interroger sur son humanité.

[Transition] Ces réflexions amères mettent en scène l’absurdité de l’existence.

III. Un sentiment d’absurdité

1. Le mélange des registres

Le théâtre mêle comique et tragique pour montrer la condition désespérante et absurde de l’être humain.

Oh les beaux jours : des touches comiques parsèment la pièce : Winnie déchiffrant l’inscription sur sa brosse à dents, le jeu de mots entre « formication » et « fornication ». Ces pointes bouffonnes renforcent par contraste l’accablement global des personnages.

Fin de partie, de Beckett (1957). Nell et Nagg, qui vivent dans des poubelles situées sur scène, oscillent entre rire grinçant et désespoir tragique. « Rien n’est plus drôle que le malheur, » affirme Nell à Nagg : Beckett souligne ainsi le caractère dérisoire de l’existence humaine.

2. Une volonté de résistance ?

Se pose la question de la résistance : peut-on rester homme face à cette absurdité ?

Oh les beaux jours : Winnie tente de résister à cette spirale mortifère à travers le ressassement du passé, des souvenirs heureux ; elle se crée un bonheur futile fait de petites choses (« Ça que je trouve si merveilleux ») et de l’éternel recommencement du même : « Oh le beau jour encore que ça aura été… »

Rhinocéros : face à la métamorphose de toute la population en rhinocéros, qui a souvent été interprétée comme une allégorie de la tentation totalitariste, Bérenger se révolte : lui ne se transformera pas. L’humanisme reste à défendre : « Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas ! »

Conclusion

[Synthèse] Le théâtre de l’absurde représente la condition humaine sous tous ses aspects. Il invite le spectateur à s’interroger sur l’absence de repères qui caractérise l’existence et sur la sensation d’absurdité qui peut en découler.

[Ouverture] Cette réflexion est également abordée dans d’autres genres littéraires : ainsi par exemple du roman L’Étranger de Camus (1942), qui met en scène un personnage « étranger » à soi et au monde.