Le travail, instance d'intégration ?

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Travail, emploi, chômage
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2016 | Académie : France métropolitaine


France métropolitaine • Juin 2016

raisonnement • 10 points

Le travail, instance d’intégration ?

À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les évolutions de l’emploi fragilisent le lien entre travail et intégration sociale.

DOCUMENT 1 Part des formes particulières d’emploi dans l’emploi salarié du privé (en %)

sesT_1606_07_05C_02

Source : Insee, Enquêtes Emploi, 2014.

Champ : France métropolitaine, salariés du privé.

1. Contrat à durée déterminée.

2. Contrats aidés : contrats de travail pour lesquels les employeurs bénéficient d’aides qui peuvent prendre la forme de subventions à l’embauche, de suppressions de certaines cotisations sociales, d’aides à la formation.

DOCUMENT 2 Taux de chômage et part des emplois à temps partiel (en %)

1983

1993

2003

2013

Taux de chômage (en %)

Hommes

5,5

8,5

7,4

10,0

Femmes

8,8

11,1

9,0

9,7

Ensemble

6,9

9,6

8,1

9,8

Part des emplois à temps partiel (en %)

Hommes

3,0

4,6

5,6

7,2

Femmes

19,8

26,1

29,9

30,6

Ensemble

9,9

14,1

16,8

18,4

Source : Insee, 2015.

Champ : France métropolitaine, personnes de 15 ans et plus.

DOCUMENT 3

En termes […] d’embauches réalisées au cours d’une année, les contrats dits « atypiques» sont aujourd’hui largement dominants. En fait, non seulement le volume d’emploi par rapport à la population active a changé mais aussi – et peut-être surtout – la forme de la relation d’emploi – plus flexible et plus précaire – et le rapport au travail exigent plus d’autonomie, d’adaptabilité et de mobilité des salariés. Le développement de la concurrence internationale et les externalisations2 au sein des grands groupes ont conduit à un appauvrissement de la condition des salariés peu ou pas qualifiés, en volume d’emploi mais aussi du point de vue des conditions de travail. […] Trois facteurs principaux peuvent être dégagés pour expliquer le développement et la persistance de cette pauvreté laborieuse : le développement des bas salaires horaires, les faibles durées du travail et les emplois instables. […]

Le nombre de travailleurs pauvres augmente désormais très rapidement. Leur nombre est passé de 1,55 million en 2003 à 1,89 million en 2006, sans doute plus de 2 millions aujourd’hui. Les travailleurs pauvres [proviennent], pour l’essentiel, de l’augmentation de la pauvreté depuis 2004 (de 12,7 % à 13,2 % de la population). Ils sont concentrés dans certains secteurs : hôtellerie, restauration, commerce, nettoyage. Ils sont beaucoup plus significativement embauchés par le biais des agences d’intérim que les autres salariés et sont, en grande majorité, dans des emplois à temps partiel ou dans des emplois de courte durée, ou les deux. […] Les femmes […] occupent la plupart des emplois offrant de faibles rémunérations.

Nicolas Duvoux, « Nouveaux pauvres, nouvelles politiques », Politiques sociales et familiales, juin 2011.

1. Contrats atypiques : toutes les formes de contrats de travail qui ne correspondent pas à un emploi à durée indéterminée à temps plein (par exemple : temps partiel, intérim, etc.).

2. L’externalisation consiste, pour une entreprise, à transférer une partie de ses activités vers une autre entreprise.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

L’emploi désigne une forme de travail définie par des normes sociales et juridiques. On peut ainsi mettre en évidence plusieurs types d’emploi : des emplois stables ou au contraire précaires, des emplois à plein temps ou à temps partiel, des emplois qualifiés ou non qualifiés.

L’intégration peut être définie comme le processus par lequel un individu se sent appartenir à une société. La famille, l’école et précisément le travail sont considérés comme des instances d’intégration essentielles dans notre société.

Comprendre les documents

Le document 1 est un graphique, issu des enquêtes emploi de l’Insee, qui présente l’évolution de 1982 à 2011 des formes particulières d’emploi, c’est-à-dire des emplois précaires, en pourcentage de l’emploi salarié privé. Sur la période, la part de ces emplois a plus que doublé, en lien avec la progression des contrats à durée déterminée et de l’intérim.

Le document 2, un tableau de l’Insee, présente les évolutions entre 1983 et 2013 du taux de chômage et de la part des emplois à temps partiel, données exprimées en pourcentage, pour les hommes, les femmes et l’ensemble de la population. En trente ans, le taux de chômage augmente de trois points pour atteindre 10 %, tandis que la proportion d’emplois partiels a presque doublé.

Le document 3 est un texte publié en 2011 qui relie l’augmentation du nombre de travailleurs pauvres depuis une dizaine d’années à la dégradation du marché du travail. Le développement des emplois atypiques, c’est-à-dire à temps partiel et/ou précaires, rémunérés à des taux horaires faibles, a pour conséquence la progression de la « pauvreté laborieuse » qui touche plus fréquemment les femmes travaillant dans le secteur des services.

Définir le plan

On montrera que la progression du chômage remet en cause le rôle intégrateur du travail dans notre société, puis nous expliquerons que les emplois précaires et à temps partiel, en nette augmentation depuis les années 1980, ne garantissent pas l’intégration des actifs occupant ces types d’emplois.

Corrigé

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Introduction

L’emploi est une forme de travail définie par des normes sociales et juridiques, qui est généralement présenté comme une instance centrale d’intégration, processus par lequel les individus se sentent appartenir à la société. Les évolutions de l’emploi depuis une trentaine d’années questionnent le lien entre travail et intégration. Nous montrerons que le travail, qui est de moins en moins garanti dans un contexte de chômage de masse, peut moins jouer son rôle intégrateur tandis que les emplois précaires et à temps partiel, qui sont en nette progression, ne favorisent pas l’intégration des salariés au même titre que les autres actifs.

I. La progression du chômage remet en cause le rôle intégrateur du travail

Le marché du travail est caractérisé par un chômage de masse. Entre 1983 et 2013, le taux de chômage a augmenté d’environ 3 points pour concerner aujourd’hui un actif sur 10 (document 2).

Alors que l’emploi est une source essentielle d’identité sociale, être sans emploi signifie perdre son statut. Le chômeur peut être gagné par un sentiment d’inutilité sociale. Sans horaire fixe ni collègue, il est également privé d’une source majeure de sociabilité.

En outre, le chômeur de longue durée peut avoir des difficultés à maintenir son niveau de vie. Il peut perdre ses droits sociaux et basculer dans l’assistance. Ne pouvant plus être dans les normes de consommation, le chômeur peut intérioriser son statut d’assisté. Disqualifié socialement, il peut alors s’isoler et perdre progressivement tous les liens qui le relient à la société.

II. Les emplois précaires et à temps partiel qui tendent à se développer ne peuvent garantir l’intégration

Depuis les années 1980, la flexibilisation du marché du travail s’est traduite par une montée des emplois précaires et du temps partiel. Ces derniers concernent près d’un actif sur 5 en 2013 (document 2). Entre 1982 et 2011, la part des emplois précaires a plus que doublé. Parmi eux, on trouve une majorité de contrats à durée déterminée (document 1). Minoritaires dans l’emploi total, ces formes d’emplois concernent néanmoins la majorité des embauches (document 3).

Les titulaires d’emplois précaires vont avoir plus de peine à s’intégrer que les actifs stables. Ils peuvent difficilement développer un sentiment d’appartenance à un collectif, d’autant plus que leur contrat est de courte durée. En outre, il leur est difficile de mener à bien des projets de vie, d’emprunter, de se loger, voire de consommer. Les travailleurs précaires et à temps partiel, souvent des femmes, peuvent connaître la pauvreté. Ainsi 31 % des actives occupées ont un emploi à temps partiel. Parmi elles, certaines peuvent être qualifiées de travailleurs pauvres (documents 2 et 3).

Conclusion

Le chômage de masse et le développement d’emplois « atypiques » fragilisent le rôle intégrateur du travail. Les chômeurs et les précaires peuvent connaître, à des degrés divers, des difficultés d’intégration en l’absence de véritable statut, avec des revenus faibles ou instables.