Le travail permet-il de prendre conscience de soi ?

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : Le travail et la technique
Type : Dissertation | Année : 2013 | Académie : France métropolitaine
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Le travail permet-il de prendre conscience de soi ?

Le travail et la technique

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16

La culture

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France métropolitaine • Juin 2013

dissertation • Série S

Définir les termes du sujet

Le travail

Dans son sens courant, le travail désigne une activité qui tout, en transformant la nature, la rend utile à l’homme. Cette activité, qui implique un effort, désigne autant le processus de production que le résultat lui-même, le produit.

La conscience

Le terme vient du latin cum scienta qui signifie « avec savoir », et désigne une forme de connaissance qui accompagne nos représentations. Prendre conscience de soi permet de passer d’un état d’ignorance ou d’inconscience à un état où l’on se connaît soi-même, où l’on accède à son identité.

Dégager la problématique et construire un plan

La problématique

Si le travail permet d’abord à l’homme d’assurer sa survie, il semble aussi y avoir une spécificité humaine qui consiste à exprimer à travers lui son intelligence et ses compétences. Le travail permet-il alors de prendre conscience de soi ? Est-ce en cela que se trouve son intérêt ? Le travail n’est-il pas plutôt ce qui peut l’épuiser, le déshumaniser ?

Le plan

  • Dans une première partie, on se demandera en quoi le travail humain constitue une médiation nécessaire à la conscience de soi.
  • On confrontera alors, dans une deuxième partie, notre définition du travail à la réalité aliénante du travail.
  • Il s’agira enfin, dans une troisième partie, de savoir à quelles conditions le travail donne accès à la conscience de soi.

Éviter les erreurs

Il convient de bien distinguer travail et salariat qui n’en est qu’un des différents sens. Le travail comme source de connaissance de soi peut être aussi celui de l’activité du temps des loisirs.

Corrigé

Les titres servent à guider la lecture mais ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

Réduction de l’âge de la retraite, réduction du temps de travail, congés payés… autant de mesures qui visent à réduire la durée du temps de travail au profit des loisirs, considérés comme condition privilégiée du bonheur humain. Pourtant la scène sociale du travail se présenterait comme le lieu privilégié d’expression de la personnalité de l’homme. Le travail permet-il donc de prendre conscience de soi ?

Le travail comme transformation et appropriation de la nature se présente comme la marque de distinction entre l’homme et l’animal. En ce sens, le travail serait la médiation nécessaire à l’affirmation de l’homme comme être de culture. Mais la conscience du sujet travaillant est-elle toujours transparente à elle-même ? La question sera de savoir à quelles conditions le travail peut donner accès à la conscience de soi.

1. Le travail permet de prendre conscience de soi

A. Le travail comme principe de survie

L’homme travaille car la nature est insuffisante à répondre à tous ses besoins. Le travail consiste en une transformation ou assimilation de la nature, il se comprend au sein d’un système de besoins. L’économie classe le travail en trois secteurs selon son degré de transformation de la nature : primaire (agriculture), secondaire (industrie) et tertiaire (services). Ainsi le travail assure la vie et la survie de l’homme.

B. Le travail comme marque de la culture humaine

En même temps qu’il est un intermédiaire nécessaire entre l’homme et la nature, il est le signe de sa supériorité sur l’animal. Dans le mythe de Prométhée, les hommes inventent leurs propres moyens pour assurer leur subsistance en travaillant différentes techniques.

C. Le travail fondateur de l’identité

Au-delà du fait que le travail désigne la profession ou la place que tient un individu dans une société, le travail permet de prendre conscience de soi. En effet, en transformant la nature, l’homme, qui est nécessairement engagé dans le monde, y laisse une place qu’il peut ensuite contempler et qui lui permet de prendre conscience de ses compétences. Hegel dans Esthétique explique que cette tendance, à ne pas vouloir rester tel que la nature l’a fait, se manifeste déjà chez le jeune enfant qui transforme la nature à sa manière, qui travaille, pour prendre conscience de lui, pour accéder à un savoir de ce qu’il est et de ce qu’il est capable de faire. Ainsi le jeune enfant aime à faire des ricochets dans l’eau.

[Transition] Si, en théorie, le travail est ce qui permet à l’homme de se retrouver dans son œuvre pour prendre conscience de lui, peut-on affirmer que c’est toujours le cas ?

2. Le travail rend pourtant étranger à soi-même

A. Le travail comme source de souffrance

L’étymologie du mot travail (du latin tripalium, signifiant « trois pieux » et par la suite « instrument de torture ») renvoie à l’idée de souffrance. En effet, le travail comme nécessité pour survivre renvoie à l’idée qu’il nous est imposé un effort pour se confronter à la nature et même à notre propre nature qui y résiste. La pénibilité du travail selon la Bible est présentée par H. Arendt comme l’objet du châtiment divin.

B. Le travail comme aliénation

Le travail prend la forme d’une véritable torture lorsqu’il est fait sous la contrainte sans rétribution, comme chez l’esclave, ou bien lorsqu’il procède par mouvements répétitifs dans le travail à la chaîne. Chaplin dénonce cette déshumanisation dans les Temps modernes, en montrant que le machinisme est source d’aliénation. En effet, l’homme ne peut comprendre ce qu’il fait, lui-même étant une sorte de rouage d’une immense machine à laquelle il appartient. L’homme est alors étranger à lui-même, aliéné.

C. Le travail comme retour à l’animalité

Dès lors le travail est non seulement ce qui vient épuiser l’homme mais aussi ce qui peut l’abrutir jusqu’à ce qu’il ne sache plus ce qu’il fait et pourquoi il le fait. Son travail n’est plus l’expression de ses compétences, mais ce qui vient tout juste lui procurer de quoi survivre. Le travail renvoie l’homme à son animalité et non à sa culture car réduit à n’être qu’un moyen de survie.

[Transition] Comment concilier alors l’essence du travail qui permet à l’homme de prendre conscience de lui et la réalité du travail qui le rend étranger à lui-même et le déshumanise ?

3. À quelles conditions l’homme se reconnaît-il dans son travail ?

A. Le travail comme expression de l’intelligence et de la volonté humaine

Pour déterminer ce qui fait la spécificité humaine du travail, Marx compare l’activité de l’architecte avec celle de l’abeille. Le résultat est à chaque fois similaire, mais ce qui distingue le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est que l’homme aura toujours préalablement construit un projet dans son esprit. Là où l’animal ne fait qu’obéir à la nature en suivant son instinct, l’homme exprime dans l’élaboration de son travail son intelligence et sa volonté. Ainsi, un travail qui n’exprime plus l’intelligence et la volonté ne lui permet plus de prendre conscience de lui. C’est un travail perverti.

B. Le travail mais pas l’exploitation économique

Dans le travail à la chaîne, l’ouvrier n’effectue pas ce qu’il imagine, mais ce que la machine lui ordonne, et son rythme n’est pas le fruit d’une libre volonté. Il n’exécute plus un geste (un mouvement ordonné par lui) mais un mouvement mécanique dans lequel il ne peut se reconnaître. Il se reconnaît d’autant moins dans sa production qu’il n’en possède pas les moyens et qu’il n’est pas reconnu par un salaire adéquat. Marx dénonce ainsi l’exploitation qui peut exister dans l’organisation capitaliste du travail. Ainsi l’homme ne peut prendre conscience de lui dans son travail, si ce travail se transforme en exploitation.

C. Le travail comme expression d’un désir

Certes le travail peut être aliénant pour des raisons d’organisation de la société, mais il peut également l’être lorsqu’il ne correspond pas aux aspirations de l’individu. En ce cas, il s’agit d’abord de savoir quels sont ses désirs. C’est d’abord un travail sur soi comme le travail psychanalytique qui procède par maïeutique et qui permet de prendre conscience de soi, pour seulement ensuite pouvoir travailler selon son désir véritable.

Conclusion

Ainsi le travail par essence est ce qui permet de prendre conscience de soi : pour l’homme en tant qu’être de culture, qui se distingue de l’animal, mais aussi en tant qu’individu, qui exprime et manifeste son intelligence et sa volonté dont il peut contempler ses effets.

Si l’homme peut s’aliéner dans son travail et perdre jusqu’à son identité ou toute conscience de lui-même, c’est que le travail en lui-même est perverti au point de nier son intelligence et sa volonté. En ce sens il est très important de choisir son travail et non de le subir. C’est alors la conscience de soi qui permet de faire un travail digne de ce nom.