Lectures géoéconomique et géoenvironnementale du monde

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Des cartes pour comprendre le monde
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2014 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Lectures géoéconomique et géoenvironnementale du monde
 
 

Des cartes pour comprendre le monde

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Géographie

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CORRIGE

 

Sujet inédit

étude critique de document

> En quoi ce document permet-il d’approcher la complexité du monde actuel sur le plan géoéconomique et géoenvironnemental ? Quel regard critique peut-on porter sur ce document ?

Document

Les émissions de CO2 dans le monde en 2012 (en millions de tonnes)


 

Lire la consigne

  • Le sujet traite de la première partie du programme,  « Des cartes pour comprendre le monde ». Il restreint l’étude à deux dimensions : la dimension géoéconomique et la dimension géoenvironnementale. Vous devrez rendre compte de la complexité du monde, tout en proposant quelques lignes directrices qui permettront d’ordonner la lecture de ce monde complexe.
  • Il vous est spécifiquement demandé de procéder à une analyse critique du document, ce qui est à faire même quand la consigne ne le précise pas.

Analyser le document

  • Le document est ce qu’on appelle un cartogramme, c’est-à-dire une carte thématique où la variable représentée (ici, les émissions de CO2 par pays en 2012) remplace la surface des territoires. Par souci de clarté, les pays ont été coloriés par grands ensembles régionaux.
  • Ce document est relativement complexe :
  • dans la forme : l’unité est le million de tonnes, ce qui signifie que 9 621 (Chine) signifie 9 621 millions de tonnes de CO2 émises, ou encore 9,621 milliards de tonnes. Attention à ne pas mélanger les unités ! Les pays qui émettent plus de 200 Mt de CO2 comportent leur rang mondial entre parenthèses ;
  • dans le fond : les émissions de CO2 rendent compte d’une lecture géoenvironnementale du monde, mais ces émissions sont fonction de la création de richesse des pays et illustrent une lecture géoéconomique. Il faut donc croiser ces deux lectures pour analyser correctement ce cartogramme.

Définir les axes de l’étude

  • Cette carte invite à une typologie qui ne dissociera pas lecture géoéconomique et lecture géoenvironnementale. Autrement dit : qu’est-ce que le document révèle de l’organisation de l’espace mondial ? On pourra relier les deux problématiques : en quoi la création de richesses est-elle productrice de CO2?
  • Un premier axe présentera donc les grands équilibres géoenvironnementaux du monde. Une deuxième partie fera une lecture géoéconomique, plus complexe. Une troisième partie pourra montrer les limites du document et de la corrélation à laquelle il invite.
Corrigé

Ce corrigé est rédigé sous la forme d’un plan détaillé. Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] À l’heure où le réchauffement climatique est devenu une certitude, il est primordial de faire le bilan des émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement. Le CO2 est le principal de ces gaz.

[Présentation du document] Le document est un cartogramme, où l’information représentée – les émissions de CO2en 2012 exprimées en millions de tonnes – remplace la surface des territoires. Cette répartition des émissions de CO2 dans le monde permet d’analyser les responsabilités écologiques de chaque pays, selon une lecture géoenvironnementale du globe, mais aussi d’en apprécier les aspects géoéconomiques. En effet, les émissions de CO2 sont largement fonction de la création de richesse, ce qui permet de dresser un panorama de l’organisation du monde selon une lecture géoéconomique.

[Annonce du plan] L’organisation du monde actuel peut donc être d’abord abordée selon une lecture géoenvironnementale. La lecture géoéconomique que l’on peut en dériver est plus complexe. Et les limites du document doivent encore en nuancer les conclusions.

I. L’organisation du monde en lecture géoenvironnementale

1. Un Nord fortement émetteur

L’opposition Nord-Sud a longtemps été la base de toute description de l’organisation du monde. On retrouve globalement cette opposition entre un Nord fortement émetteur et un Sud très en retrait. La comparaison des masses montre la prééminence d’un Nord démographiquement faible mais dont les principaux pays se classent dans les premiers rangs : États-Unis (avec 5 118 Mt), Japon, Corée du Sud en Asie, pays européens (Allemagne au 6e rang, Russie au 4e rang) ou encore l’Australie.

2. Un Sud fortement émetteur

Toutefois, cette opposition Nord-Sud n’est pas entièrement vérifiable. D’assez nombreux pays du Sud sont fortement émetteurs, au premier rang desquels la Chine : avec 9 621 Mt émises, la Chine représente presque deux fois le no 2, les États-Unis. Mais d’autres pays complètent ce tableau d’un Sud fortement émetteur : l’Inde (no 3), l’Asie du Sud-Est, l’Iran et l’Arabie saoudite, l’Afrique du Sud et le Brésil. L’opposition Nord-Sud géoenvironnementale est donc à nuancer.

3. Un autre Sud faiblement émetteur

Il est vrai qu’il existe tout de même un Sud faiblement émetteur, peu ou pas responsable du réchauffement climatique. Il suffit de comparer l’Amérique latine (hors Brésil) aux États-Unis, ou encore l’Afrique à l’Allemagne : un milliard d’Africains (hors Afrique du Sud) émettent moins de CO2 que 82 millions d’Allemands !

II. Mais une lecture géoéconomique plus complexe

1. La Triade et les émergents

Les émissions de CO2 étant fonction de la création de richesse, cette lecture géoenvironnementale permet de dériver une lecture géoéconomique de l’organisation du monde : un Nord encore largement riche et dominant, avec un pôle nord-américain, un pôle européen et un pôle nippo-coréen. On retrouve la Triade. Mais cette lecture est brouillée par les pays émergents, dont on lit la croissance par leurs émissions : Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, Turquie… Restent les PMA : faibles émissions, faible PIB.

2. Des pays à PIB de forte intensité énergétique

 

Info

L’intensité énergétique mesure l’efficacité énergétique d’une économie. Plus l’intensité énergétique est forte, plus l’économie d’un pays est gourmande en énergie pour un niveau de PIB donné.

La corrélation émissions/PIB n’est cependant pas complètement vérifiable. Certains pays fortement émetteurs présentent des scores nettement moins flatteurs en termes de PIB. La Chine, no 1 en émissions, n’est que la deuxième économie mondiale, la moitié de l’économie américaine. On peut donc en déduire la forte intensité énergétique de la Chine. De même que les pays de l’ex-URSS, surtout la Russie, et les pays pétroliers du Golfe.

3. Des pays à PIB de faible intensité énergétique

 

Conseil

Une phrase qui conclut la 2e partie et une autre pour faire la transition vers la 3e guideront votre lecteur.

À l’inverse, d’autres pays présentent une assez faible intensité énergétique. L’Europe est plutôt bien placée. L’Allemagne, 4e économie mondiale, est 6e pour les émissions de CO2. La France, 5e économie mondiale, tient le 18e rang : cette faible intensité énergétique ­s’explique par le parc nucléaire français qui fournit une énergie abondante… sans émettre de CO2. La lecture géo­économique du monde à travers ce cartogramme est donc plutôt complexe. Ce n’est pas là la seule limite du document.

III. Les limites du document et de la corrélation PIB/CO2

1. Un découpage régional critiquable

 

Info

La sémiologie est la science des signes. En cartographie, la sémiologie graphique est la science qui permet de traduire de l’information sous forme de carte.

Les choix sémiologiques faussent une partie de la perception du cartogramme. Ainsi, l’opposition Nord/Sud, dont on a vu le caractère assez relatif, est renforcée par l’adoption d’une même couleur (bleu) pour l’Asie du Sud et de l’Est ainsi que pour l’Océanie. Il eût sans doute été plus judicieux de créer une catégorie « Asie développée » et une autre « Asie en développement », qui aurait évité de mettre sur le même plan l’Australie et l’Indonésie. De même, le rattachement de la Turquie à l’Europe contribue à fausser la perception de l’émergence.

2. Un document statique et unidimensionnel

Le cartogramme donne une image statique. Il aurait été possible de colorier les cercles proportionnels par d’autres couleurs. Au lieu de régionaliser les données, la couleur aurait pu donner une idée de l’évolution des émissions. On aurait alors vu le freinage considérable de nombreux pays du Nord et l’explosion des émissions chez les pays émergents.

3. Un document à éclairer par d’autres données

D’autres données contribueraient donc à donner une meilleure image de la réalité des émissions. Ainsi, il est délicat de comparer les États-Unis et la Chine sans se soucier de leur population : la Chine émet certes presque deux fois plus de CO2 que les États-Unis, mais sa population (1,4 milliard contre 320 millions) est plus de quatre fois supérieure ! Le cartogramme laisse cet aspect de côté.

Conclusion

Ainsi, le cartogramme présente une lecture géoenvironnementale que l’on peut croiser avec une lecture géoéconomique du monde. Ces lectures croisées permettent de décrire une organisation du monde beaucoup plus nuancée que les catégories simples, de type Nord/Sud. Cependant, les nombreuses limites inhérentes à ce document ne permettent pas d’apprécier correctement le phénomène des émissions de CO2. Impossible, donc, d’estimer à partir de ce seul cartogramme les responsabilités de chacun.