Les choix de localisation des entreprises et leurs stratégies d’internationalisation

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Croissance, fluctuations et crises - Mondialisation et intégration européenne
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2013 | Académie : Nouvelle-Calédonie
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les choix de localisation des entreprises et leurs stratégies d’internationalisation
 
 

Mondialisation, finance internationale et intégration européenne

sesT_1311_11_00C

Ens. spécifique

16

CORRIGE

 

Nouvelle-Calédonie • Novembre 2013

raisonnement • 10 points

> À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous mettrez en évidence les principaux facteurs expliquant les choix de localisation des firmes multinationales.

Document 1

Répartition des flux d’investissement direct à l’étranger (IDE1) par région, 2007-2010 (en pourcentage des flux mondiaux)

 

Région

Entrées d’IDE

Sorties d’IDE

2007

2008

2009

2010

2007

2008

2009

2010

Pays ­développés

68,8

55,3

50,9

48,4

84,8

80,7

72,7

70,7

Pays en ­développement

dont :

26,9

37,7

43,1

46,1

12,9

16,2

23,1

24,8

Amérique latine et Caraïbes

7,8

11,9

11,9

12,8

2,5

4,2

3,9

5,8

Asie du Sud, de l’Est et du Sud-Est

12,3

16,3

20,4

24,1

7,9

9,3

16,5

17,5

Europe du Sud‑Est, CEI2

4,3

6,9

6,0

5,5

2,3

3,2

4,2

4,6

 

Source : « Mondialisation et entreprises : quelles interactions ? », Michel Rainelli, Cahiers Français n° 365, 2011.

1. Investissement direct à l’étranger : création d’un lieu de production à l’étranger ou acquisition d’au moins 10 % de la propriété d’une entreprise située à l’étranger.

2. Communauté des États indépendants : ensemble économique formé par 11 républiques de l’ex-Union soviétique, dont la Russie.

Document 2

 

La firme ne s’engage pas si elle n’a pas conscience de détenir des avantages compétitifs spécifiques : un avantage technologique, une marque, un accès privilégié au marché étranger, l’apprentissage que lui a procuré l’exportation vers ce marché (…)

Quant aux pays où elle est susceptible de s’implanter, ils doivent présenter des avantages comparatifs (…)

La disparité1 entre les salaires du pays d’origine et ceux des pays hôtes est supposée susciter l’IDE2. Telle quelle, cette explication est inexacte théoriquement : la productivité du travail est omise. Et concrètement : les IDE ne se concentrent pas au Bouthan, au Mali ou à Madagascar où les salaires sont les plus faibles. L’IDE est attiré dans les pays ayant le rapport le plus avantageux entre le coût salarial, charges incluses et productivité du travail (…)

En outre, la main-d’œuvre doit avoir les qualifications requises en pays hôte ; la qualité relative du capital humain peut donc attirer l’IDE. Les différences de productivité renvoient aussi à des écarts technologiques entre pays.

Wladimir Andreff, Les multinationales globales, 2003.

1. Disparité : écart.

2. Investissement direct à l’étranger : création d’un lieu de production à l’étranger ou acquisition d’au moins 10 % de la propriété d’une entreprise située à l’étranger.

Document 3

 

Les firmes chinoises qui appartiennent au secteur primaire1 sont des firmes étatiques qui investissent à l’étranger pour des motifs d’accès aux ressources naturelles. Le recours à l’IDE2 plutôt qu’à l’importation vise essentiellement à réduire les risques de non-approvisionnement, malgré les coûts engendrés par l’exploration, l’extraction et la distribution.

Les firmes opérant dans l’industrie lourde ont pour principal motif d’internationalisation des problèmes de taille du marché interne comparée à celle des marchés mondiaux. (…) Le recours à l’investissement est une alternative aux exportations lorsque celles-ci sont limitées par les barrières à l’entrée3. L’accès au marché comme facteur déterminant est ainsi cité par 85 % des entreprises. (…)

Le deuxième motif le plus cité par les firmes multinationales chinoises est l’accès aux actifs stratégiques4 (51 %), en particulier dans les secteurs de l’électronique, de la chimie et des services en infrastructure. (…)

Au total, les stratégies de déploiement des firmes multinationales des pays émergents5 sur les marchés occidentaux suivent des logiques d’accès aux ressources naturelles, d’accaparement des actifs technologiques et stratégiques et d’accès aux marchés dans les secteurs traditionnels.

El Mouhoub Mouhoud, Mondialisation et délocalisation des entreprises, 2011.

1. Secteur primaire : activités liées à l’exploitation des ressources naturelles.

2. Investissement direct à l’étranger : création d’un lieu de production à l’étranger ou acquisition d’au moins 10 % de la propriété d’une entreprise située à l’étranger.

3. Barrières à l’entrée : difficultés d’entrée sur le marché dues notamment à des politiques protectionnistes.

4. Actifs stratégiques : atouts tels qu’un brevet, une marque.

5. Pays en développement connaissant une croissance économique très rapide.

Entrer dans le sujet

  • Une firme multinationale (FMN) désigne un groupe qui détient des filiales (sociétés détenues à au moins 50 % de leur capital) ou des participations (pour un montant d’au moins 10 %) dans le capital de sociétés dans au moins deux pays.
  • S’interroger sur les facteurs des choix de localisation des FMN, c’est se demander ce qui les influence dans leurs décisions d’implanter à l’étranger des unités de production.

Comprendre les documents

  • Le document 1 montre l’évolution de 2007 à 2010 des flux d’investissements directs à l’étranger (IDE), qui désignent les investissements par lesquels les FMN se créent et se développent. Si les IDE entrants dans les pays développés représentaient les 2/3 (68,8 %) des IDE entrants en 2007, ils n’en représentent plus qu’un peu moins de la moitié (48,4 %) en 2010, tandis que la part des IDE entrants dans des pays en développement augmente fortement (+ 19,2 %), une augmentation tirée principalement par les pays d’Asie du Sud, de l’Est et du Sud-Est.
  • Le document 2 évoque plusieurs déterminants du choix d’implantation à l’étranger des firmes. D’une façon générale l’implantation est influencée par les différents avantages comparatifs (plus grand avantage ou moins grand désavantage de coûts pour une production donnée) détenus par les pays. Les coûts de production unitaires, facteur essentiel de la compétitivité prix, étant déterminés par la productivité, celle-ci exerce alors une influence majeure. Cette productivité est elle-même le fruit de plusieurs déterminants qui orientent les choix de localisation, notamment la qualité du capital humain et du capital technologique.
  • Le document 3 expose les trois principaux facteurs d’implantation dans les pays développés des firmes venant de pays émergents, notamment chinoises : sécuriser l’approvisionnement en matières premières ; élargir ses marchés en accédant de l’intérieur à des marchés difficiles d’accès ; accéder à du capital technologique.

Structurer sa réponse

Il s’agit d’exposer les différents déterminants de la localisation des firmes, selon qu’ils relèvent d’une compétitivité prix ou hors-prix.

Corrigé

Introduction

  • La mondialisation de la production se traduit par le développement des firmes multinationales (FMN), celles-ci désignant des groupes qui détiennent dans au moins deux pays des filiales ou des participations dans le capital de sociétés, ces investissements directs à l’étranger (IDE) représentant au moins 10 % du capital des sociétés.
  • Nous nous interrogerons sur les facteurs qui influencent les FMN dans leurs décisions d’implanter à l’étranger des unités de production, en distinguant ceux qui sont liés à une recherche de compétitivité prix et ceux liés à une compétitivité hors-prix.

I. Les choix de localisation des firmes sont guidés par la recherche d’une meilleure compétitivité prix

  • La recherche de coûts de production réduits est un puissant moteur de l’internationalisation des firmes, qui vont implanter des unités de production à l’étranger en s’appuyant sur les avantages comparatifs des pays, afin de minimiser leurs coûts unitaires. La recherche de coûts salariaux unitaires plus faibles (liés non seulement aux salaires et aux cotisations sociales, mais aussi à la productivité des travailleurs) est de ce point de vue un facteur important. Ce déterminant contribue à expliquer la réorientation des flux d’IDE vers les pays d’Asie du Sud, de l’Est et du Sud-Est, dont la part des IDE entrants a doublé entre 2007 et 2010, passant de 12,3 % à 24,1 %.
  • D’autres éléments peuvent intervenir, tels que les coûts de transport (que les firmes cherchent à limiter) ou le poids de la fiscalité (qu’elles essaient d’optimiser). De même, en s’implantant à l’étranger les FMN élargissent leur marché ce qui leur permet de réduire les coûts unitaires de production par l’augmentation des quantités produites et vendues (économies d’échelle).

II. Ils sont aussi motivés par la recherche d’une plus grande compétitivité hors-prix

  • L’accès à des ressources peut être un stimulant important de l’internationalisation d’une firme. Il s’agit par exemple d’accéder à des ressources naturelles insuffisantes dans le pays d’origine, à l’image de la Chine qui acquiert des terres agricoles pour s’assurer à l’avenir une sécurité de ses approvisionnements en produits agricoles. L’objectif visé peut être aussi de s’assurer l’accès à un capital performant, qu’il soit humain, technologique ou en infra­structures. Ce déterminant contribue à expliquer que les pays développés restent très attractifs pour les IDE. Ces derniers concentrent en effet encore près de la moitié des IDE entrants en 2010.
  • La recherche de débouchés accrus est un autre facteur important de l’internationalisation des firmes. En effet, elles cherchent à surmonter une stagnation de leurs marchés internes en se développant sur les marchés émergents. L’internationalisation permet également aux entreprises de surmonter des barrières fortes aux exportations, ou encore de s’approcher des clients pour être au plus près de leurs préférences.

Conclusion

Les choix de localisation des FMN répondent ainsi à des motivations multiples afin d’optimiser leur compétitivité, en combinant réduction des coûts et accès à des ressources et à des marchés. Mais d’autres éléments tels que le niveau de productivité, la taille du marché ou la qualité des infrastructures jouent également un rôle essentiel dans les décisions d’implantation.