Les critères de différenciation des classes sociales

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Classes, stratification et mobilité sociales
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2016 | Académie : Antilles, Guyane


Antilles, Guyane • Septembre 2016

raisonnement • 10 points

Les critères de différenciation des classes sociales

À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que la multiplicité des critères de différenciation peut remettre en cause l’analyse en termes de classes sociales.

document 1 Que faire des classes sociales ?

Les identités sexuelles et ethniques sont, de leur côté, de plus en plus prégnantes dans la définition de la position des individus et de la conscience qu’ils s’en forgent. Comment définir la position d’une famille dont le père est ouvrier et immigré et dont la mère, française, est infirmière dans un hôpital ? Comment mettre ensemble les ouvriers d’EDF dont le statut reste relativement protégé et les ouvriers précaires des travaux publics et des PME sous-traitants des grandes entreprises, dont EDF ? Sans doute y a-t-il toujours eu de grandes difficultés à passer d’une analyse en termes de classe à une description des groupes sociaux, mais cette difficulté s’est fortement accentuée avec la multiplication des dimensions de l’identité et avec le développement des outils statistiques et méthodologiques qui affectent l’unité trop simple des critères de classe. Par exemple, s’il y a toujours une classe ouvrière, il est de plus en plus difficile de faire comme s’il s’agissait d’un groupe homogène. Quant à la bourgeoisie, peut-on mettre dans le même sac ceux qui vivent de leurs rentes et de leurs actions, ceux qui dirigent les entreprises et ceux qui tirent leur prestige et leur pouvoir de leurs compétences professionnelles et de leur autonomie ?

François Dubet, « Que faire des classes sociales ? », dans J. N. Chopart et C. Martin (dir.), Que reste-t-il des classes sociales ?, 2004.

document 2 Statut d’emploi selon le sexe et l’âge

Effectif total

(en milliers)

Répartition (en %)

Ensemble

Femmes

Hommes

15-24 ans

Non-salariés

Salariés

Intérimaires

Apprentis

Contrats à durée déterminée

Contrats à durée indéterminée

Ensemble

2 894

22 868

508

406

2 170

19 784

25 764

11,2

88,8

2,0

1,6

8,4

76,8

100,0

7,7

92,3

1,2

1,2

10,5

79,5

100,0

14,5

85,5

2,7

1,9

6,6

74,3

100,0

2,5

97,5

5,9

18,1

28,3

45,2

100,0

Temps complet

Heures habituellement travaillées

Temps partiel

Heures habituellement travaillées

21 017

4 747

81,6

40,7

18,4

23,1

69,4

39,1

30,6

23,5

92,8

41,8

7,2

21,4

76,3

37,3

23,7

20,1

Source : Insee, Enquête Emploi, 2013.

Champ : population en emploi de 15 ans ou plus, vivant en France métropolitaine.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

Les classes sociales sont des groupes sociaux dont les membres partagent un certain nombre de caractères sociaux : valeurs communes, mode de vie, conscience collective. Le plus souvent, les sociologues distinguent les classes sociales selon des critères économiques. Ainsi, pour Weber, la classe sociale regroupe des individus ayant une situation économique semblable. Marx prend en compte la situation matérielle objective des individus d’une même classe mais également la conscience de classe.

Comprendre les documents

Dans le document 1, le sociologue François Dubet montre que les ouvriers ne constituent plus un groupe social homogène. En effet, le monde ouvrier est très différent selon les statuts, l’âge, mais aussi l’appartenance ou non à des communautés (ethnique, syndicale…) et il n’y a pas de reconnaissance dans une identité commune. Ce constat montre que les individus se reconnaissent de moins en moins dans les classes d’une société marquée par le mouvement d’individualisation que connaissent les sociétés modernes.

Les données statistiques du document 2 mettent en évidence les différences de statut dans l’emploi en fonction du sexe et de l’âge. Par exemple, les jeunes occupent relativement plus souvent un emploi précaire que les autres salariés : plus de la moitié des 15-24 ans occupant un emploi ont un emploi précaire contre un quart environ pour l’ensemble des actifs occupés. On remarque également que la proportion de non-salariés chez les femmes est moins élevée que chez les hommes.

Définir le plan

Nous verrons dans un premier temps qu’il existe une multiplicité de ­critères de différenciation sociale, puis que les individus se reconnaissent de moins en moins dans une classe.

Corrigé

Corrigé

Introduction

Les transformations de nos sociétés contemporaines remettent en cause les analyses en termes de classes sociales, notamment du fait de la multiplicité des critères de différenciation entre les groupes sociaux. On entend par classe sociale un groupe social dont les membres partagent un certain nombre de caractères sociaux (valeurs communes, mode de vie, conscience collective…).

Après avoir mis en évidence la multiplicité des critères de différenciation sociale, nous verrons que les individus se reconnaissent de moins en moins dans une classe et qu’il est difficile aujourd’hui d’établir une nomenclature stricte de divers groupes d’individus.

I. La multiplicité des critères de différenciation sociale

Pour Weber, la classe sociale regroupe des individus se trouvant dans une situation économique semblable. Celle-ci est déterminée par les chances d’accéder à des richesses économiques. Cependant, les classes ne sont pas un véritable groupe social, car elles ne sont que des regroupements d’individus pouvant facilement passer d’une classe à l’autre. Ainsi, pour Weber, la société n’est pas uniquement structurée par des classes sociales mais également par des groupes de statut.

L’analyse multidimensionnelle de la structure sociale développée par Max Weber permet de relativiser le poids de la position économique, ce que fait également Pierre Bourdieu, qui distingue les formes de capital (économique, social et culturel). Des variables autres que l’appartenance sociale déterminent les comportements. Parmi ces variables, on retrouve l’âge, le sexe, l’appartenance à des communautés ethniques et pas uniquement sociales (document 1). L’appartenance à une génération est également un critère déterminant de pratiques sociales (la musique par exemple).

II. Les individus se reconnaissent de moins en moins dans une classe

Karl Marx met en évidence deux dimensions de l’appartenance de classe : une dimension objective, qui reflète les conditions matérielles d’existence, et une dimension subjective, qu’il nomme « conscience de classe », moteur de la lutte à laquelle se livrent les classes aux intérêts antagonistes. Si la classe ouvrière a pu pour un temps correspondre à ce modèle, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les ouvriers de l’industrie sont en déclin, et le sentiment d’appartenance à une classe sociale est moins élevé aujourd’hui.

Ce phénomène reflète le mouvement d’individualisation des sociétés modernes. Avec le développement d’une société plus individualiste, les personnes les plus autonomes cherchent à s’émanciper des divers groupes auxquels ils appartiennent. Les liens sociaux deviennent plus électifs et plus fragiles. Pour les ouvriers, le clivage est aggravé par la diversité du statut de l’emploi. Les jeunes, plus souvent précaires que leurs aînés (document 2), ont plus de difficultés à se référer à une classe homogène ayant les mêmes intérêts.

Conclusion

Les analyses en termes de classes sociales apparaissent de moins en moins pertinentes. D’une part, le processus d’individualisation des sociétés atténue le sentiment d’appartenance à une classe. D’autre part, les critères de différenciation sociale se sont multipliés, ce qui renforce la remise en cause de l’analyse en termes de classes sociales.