Les échanges

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ST2S - Tle STI2D - Tle STL - Tle STMG | Thème(s) : Les échanges
 

Sujet de type bac – Dissertation

Peut-on tout échanger ?

Corrigé

Introduction

Revendre un cadeau, vendre un organe, à des degrés différents, cela nous choque. Nous exprimons ainsi une réticence à l’idée que tout puisse s’échanger, même si nous savons que cela se fait. Nous avons la capacité de tout échanger, mais en avons-nous le droit ? Peut-on tout échanger ?

Après avoir montré la nécessité des échanges entre les hommes, nous verrons que cette situation a provoqué une multiplication des échanges qui est souvent ruineuse pour le bonheur des hommes et même, finalement, parfois contraire au droit.

Première partie

Les hommes ont besoin de coopérer pour subsister et nul ne peut produire tout ce qui lui est nécessaire. La science chargée de ce partage, l’économie, doit organiser au mieux la production des biens et leur distribution. Dans La République, Platon indique qu’un partage des tâches est nécessaire, certains produisant des biens qu’ils échangent ensuite contre d’autres biens utiles qu’ils n’ont pas eux-mêmes produits. Dans ce cadre, les échanges sont nécessaires, mais doivent rester limités à ce qui est utile. C’est pourquoi la philosophie antique se méfiait des échanges, et leur accordait peu de valeur, tout en reconnaissant leur nécessité.

Deuxième partie

Mais cette prudence n’a pas duré. Déjà Aristote remarquait qu’un produit peut avoir une valeur d’échange indépendante de son utilité. Ainsi, les hommes ont développé des activités productives dans le but principal de réaliser un bénéfice et de s’enrichir. L’échange perd alors sa raison d’être première et tout semble n’exister que pour être revendu. Marx appelle cela le règne de la marchandise : l’objet existe pour être échangé et non pour ce qu’il est. Même si cela ne semble pas une menace, Marx a raison de constater que l’homme perd alors le sens de ce que c’est que travailler et de son rapport aux autres. Ce serait déjà une raison suffisante pour dire que tout ne devrait pas pouvoir s’échanger.

Troisième partie

Mais il y a une limite plus stricte à poser. Pour qu’un bien puisse être objet d’échange, deux conditions sont nécessaires : un droit de le vendre et un droit de l’acheter. Il faut qu’il puisse être considéré comme une propriété privée et comme une chose dont le vendeur peut légitimement être dépossédé, contre paiement. Or ce double droit est loin de toujours exister. Nul n’a le droit de se prétendre propriétaire de la vie d’autrui, et si c’est par le travail que l’homme devient vraiment propriétaire de ce qu’il produit, est-il légitime que certains s’approprient les ressources naturelles telles que l’air ou l’eau ? Inversement, nul n’a le droit d’acheter ce que l’autre est contraint de vendre lorsqu’il ne lui reste rien d’autre que son corps, car l’échange n’est plus librement consenti.

Conclusion

Même si la division du travail et l’échange commercial des produits sont nécessaires à la vie des hommes, l’histoire indique que les hommes perdent le sens humain de leur propre activité dès que l’échange devient un but au lieu de rester un moyen, et qu’ils peuvent même devenir inhumains lorsqu’ils ignorent que certains biens ne peuvent pas être considérés comme des marchandises. Ils épuisent alors leurs vies à produire des biens qui n’ont pas d’autre raison d’être que d’être échangés contre d’autres biens.