Les espaces maritimes : enjeux économiques et stratégiques

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Les territoires dans la mondialisation
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2016 | Académie : Antilles, Guyane


Antilles, Guyane • Juin 2016

étude critique de documents

Les espaces maritimes : enjeux économiques et stratégiques

À partir des deux documents et de vos connaissances, vous montrerez que certains espaces maritimes représentent un enjeu stratégique et économique majeur dans le cadre de la mondialisation.

Document 1 Une aubaine pour les armateurs sur les lignes Asie-Europe

Les armateurs de la marine marchande sablent le champagne. L’Égypte inaugure ce jeudi un nouveau canal de Suez, supprimant un inconvénient majeur du canal historique, une largeur devenue insuffisante du fait de la course au gigantisme des porte-conteneurs. […]

L’Égypte a pris le taureau par les cornes, en entreprenant il y a onze mois de cela un chantier pharaonique. Des travaux en accéléré dans la compétition que se livrent Suez et le canal de Panama pour faire passer dans leurs eaux les géants de la mer. […] Pour l’Égypte, il s’agissait non seulement de prendre en compte le développement du trafic Asie-Europe, mais aussi donc de conserver ses parts de marché, sur les trajets Asie-côte est de l’Amérique. […]

Le trafic va s’accélérer, du fait notamment d’un temps de transit mécaniquement réduit de sept heures – passant de dix-huit à onze heures – avec les nouvelles installations. D’ici à 2023, quelque 97 navires pourront emprunter le canal quotidiennement, contre 49 actuellement, affirme l’Autorité du canal de Suez.

Le canal de Suez est un passage stratégique pour les transporteurs maritimes. Il draine près de 8 % du trafic mondial […]. Impossible pour un navire de s’affranchir de ce canal sans naviguer de nombreux jours supplémentaires. D’après l’armateur français CMA-CGM, une traversée entre Rotterdam et Singapour dure neuf jours de moins en passant par le canal de Suez qu’en naviguant au large du cap de Bonne Espérance, en Afrique du Sud.

Pour le groupe CMA-CGM, le canal de Suez s’avère « une route stratégique et incontournable du fait de sa situation géographique, à la croisée des lignes desservant les grands marchés mondiaux ». Il a ainsi une longueur d’avance sur le canal de Panama, presque deux fois moins utilisé par l’armateur français.

Néanmoins, les transporteurs pourraient déchanter en constatant une possible augmentation des tarifs de passage sur le canal de Suez. En situation de monopole sur le trajet Asie-Europe, l’Égypte pourrait être tentée de répercuter le coût des travaux sur ses tarifs.

Source : Les Échos, 6 août 2015.

Document 2

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Source : lemonde.fr, 2009.

Les clés du sujet

Lisez la consigne

La consigne indique de « partir des deux documents et de vos connaissances ». Cela implique d’analyser ces documents et de les intégrer dans votre plan, mais sans faire de paraphrase – ce qui est difficile, car ils sont très détaillés et explicites. Vos connaissances doivent vous servir notamment à souligner les limites des documents chaque fois que nécessaire.

La consigne comporte par ailleurs une difficulté dans sa formulation : « certains espaces maritimes ». Cela renvoie à l’idée que les territoires ne sont pas de valeur égale dans la mondialisation. Vous allez donc traiter les passages stratégiques : canaux transocéaniques et détroits, en privilégiant le canal de Suez, qui est l’objet des documents.

Analysez les documents

Le document 1 est un article tiré du grand quotidien économique français, Les Échos. Récent (6 août 2015), il évoque le doublement de capacité du canal de Suez et les bénéfices que vont en tirer les différents acteurs (Égypte et compagnies logistiques).

Le document 2 est un petit dossier graphique et cartographique, assez ancien (2009), donc antérieur aux travaux mentionnés dans le document 1. Il permet de préciser les enjeux du canal et d’en dresser un bilan à date.

Définissez les axes de l’étude

La géostratégie est « l’étude des rapports entre les problèmes stratégiques et les facteurs géographiques ». Les rapports de domination entre les puissances dans l’espace mondial (ici maritime) sont donc au centre du sujet. Mais la question se situe dans la partie consacrée aux « territoires dans la mondialisation » : les enjeux géoéconomiques sont donc également à étudier en liaison avec la mondialisation qui donne à ces espaces maritimes une valeur sans précédent.

Ces canaux et détroits représentent un enjeu à la fois stratégique et économique : en quoi sont-ils importants sur ces deux plans ? Pour quels acteurs ? À quelle échelle d’analyse ? Le plus simple – et le plus rapide en temps limité – est d’utiliser les deux catégories pour bâtir un plan en deux parties : les enjeux économiques puis les enjeux stratégiques.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] La mondialisation se manifeste par des flux de toutes natures, notamment de marchandises : or, 80 % d’entre eux passent par la voie maritime. C’est dire l’importance, dans la mondialisation actuelle, des espaces maritimes. Certains d’entre eux présentent des caractéristiques spéciales aux enjeux spécifiques : c’est le cas des détroits et canaux transocéaniques.

[Présentation des documents et problématique] L’article publié dans le quotidien Les Échos (doc. 1) fait le point sur le doublement du canal de Suez, inauguré le 6 août 2015. Le document 2, tiré du site Internet lemonde.fr, est un dossier graphique et cartographique plus ancien (2009) qui complète les informations de l’article des Échos. Ces deux documents permettent d’analyser les enjeux liés au canal de Suez et, par extension, à certains autres espaces maritimes particuliers.

[Annonce du plan] Ces espaces maritimes au cœur de la mondialisation présentent en effet des enjeux économiques majeurs, exploités par les acteurs privés. Mais leur importance dans les circuits mondialisés leur donne également une importance stratégique pour les acteurs publics.

I. Des enjeux économiques majeurs pour des espaces au cœur de la mondialisation

Les flux de marchandises mondialisés mettent en relation d’immenses façades maritimes situées dans les grands centres de production et de consommation de la planète. D’où l’enjeu économique majeur que constituent détroits et canaux transocéaniques (doc. 1, l. 9-10).

Info

Le mille nautique est égal à 1,852 kilomètre.

Le canal de Suez, qui est l’objet central des documents, représente « 8 % du trafic mondial » (doc. 1, l. 18), soit 18 200 navires par an (doc. 2), et se trouve « à la croisée des lignes desservant les grands marchés mondiaux » (doc. 1, l. 26). Les documents démontrent les économies générées par le canal : « neuf jours de moins » (doc. 1, l. 21) que par la route du Cap, pour une distance réduite de 4 400 milles nautiques (doc. 2).

Or, les compagnies logistiques, telles CMA-CGM, citée dans l’article des Échos, Maersk ou MSC, déploient des porte-conteneurs géants qui mesurent plus de 380 mètres de long et peuvent transporter plus de 18 000 conteneurs. Ce « gigantisme » naval (doc. 1, l. 4) a progressivement dépassé les capacités des grands canaux, rendant nécessaires les travaux récents de doublement des capacités de Suez et de Panama. Le premier compte ainsi faire passer 97 navires par jour, contre 49 auparavant (doc. 1, l. 15).

[Transition] L’enjeu économique de ces espaces maritimes particuliers est donc fondamental pour les acteurs privés. Mais ces canaux et détroits prennent également une valeur stratégique pour les acteurs publics.

II. Des enjeux géostratégiques majeurs pour des acteurs à toutes les échelles

Conseil

Un rappel de l’importance stratégique du canal de Suez et de sa zone dans l’histoire récente sera très apprécié du correcteur.

Les États riverains bénéficient de retombées économiques liées à ces espaces. Achevé en 1869, nationalisé par Gamal Abdel Nasser en 1956, le canal fut le déclencheur et le théâtre de la crise de Suez. Depuis, l’Égypte en tire profit : avec « 4 % du PIB », c’est la « 3e source de devises » du pays (doc. 2). Mais la crise économique de 2008 a impacté les recettes égyptiennes, qui ont chuté de « 25 % » entre février 2008 et février 2009 (doc. 2).

Ces routes maritimes mondiales font aussi l’objet de convoitises locales. Le document 2 fait état de 111 actes de piraterie en 2008 dans le golfe d’Aden. Et il s’agit d’un phénomène endémique (canal de Panama, détroit de Malacca, etc.). Les grandes puissances interviennent contre ce fléau afin de garantir la liberté de navigation qui est l’une des conditions de la mondialisation. C’est le sens des initiatives présentées par le document 2 : opération européenne Atalante, présence de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), mais aussi des marines russe, chinoise et japonaise.

Ces routes maritimes et ces points de passage obligés impliquent les grands États et témoignent des recompositions géopolitiques en cours. Le document 2 y fait ainsi référence lorsqu’il mentionne la « route stratégique des hydrocarbures » : le détroit d’Ormuz voit en effet passer 30 % des exportations mondiales de pétrole. C’est dire si la zone tout entière est surveillée de près par les États-Unis, mais aussi de plus en plus par la Chine (« collier de perles »).

Conclusion

Les documents permettent donc de mettre en évidence une partie des enjeux économiques et stratégiques liés à ces détroits et canaux transocéaniques. Les espaces maritimes ne font que renforcer leur intérêt géoéconomique et géopolitique, justifiant ainsi l’approche géostratégique dans l’analyse de leurs caractéristiques.