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Les étapes et les hésitations de la construction européenne

Amérique du Sud • Novembre 2017

étude critique de documents

Les étapes et les hésitations de la construction européenne

En confrontant les deux documents, montrez les étapes et les hésitations de la construction européenne.

Document 1 Extraits de l'allocution de François Mitterrand, président de la République française, à Strasbourg, au Parlement européen (24 mai 1984)

Lorsque, en mai 1948, trois ans exactement après la fin de la guerre, l'idée européenne a pris forme, c'était au Congrès de La Haye. J'y étais, et j'y croyais. Lorsque, en 1950, Robert ­Schuman a lancé le projet de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, j'y adhérais et j'y croyais. Lorsque, en 1956, le vaste chantier du Marché commun s'est ouvert, avec la participation très active du gouvernement français de l'époque, j'y étais et j'y croyais. Et aujourd'hui, alors qu'il nous faut sortir l'Europe des Dix de ses querelles et la conduire résolument sur les chemins de l'avenir, je puis le dire encore, j'en suis et j'y crois. […]

On peut dire aujourd'hui que la Communauté a atteint ses premiers objectifs hérités de la guerre. Au départ, il fallait réconcilier, rassembler, atteler à une œuvre commune des peuples déchirés par la force et le sang. C'est fait. Maintenant, l'alternative est : ou bien de laisser à d'autres, sur notre continent, hors de notre continent, le soin de décider du sort de tous, et donc du nôtre, ou bien de réunir la somme des talents et des capacités […] qui ont fait de l'Europe une civilisation pour, selon un mot que j'aime de Walt Whitman1 « qu'elle devienne enfin ce qu'elle est ». […]

Quoiqu'il en soit, la Communauté vit et travaille. […] Elle a, en particulier, engagé sans retour le processus d'adhésion de l'Espagne et du Portugal. N'allons-nous pas aggraver les tensions, réduire la cohésion de l'actuelle Communauté, ou bien est-il concevable que les conditions de l'intégration économique puissent d'ici longtemps être remplies ? II est des attitudes commodes. Dire oui a priori à l'élargissement, par souci de plaire aux pays candidats, sans en tirer les conséquences pratiques  ou dire non, quoi qu'il arrive, en refusant tout examen. Refusons ces facilités. […]

L'Europe […] qui possède plus des deux tiers des régimes libres du monde, serait-elle incapable de consolider ses institutions et d'agir d'un même mouvement, là où il le faut, force de paix et d'équilibre entre les plus puissants, force de justice et de progrès entre le Nord et le Sud ? Non, je ne le crois pas.

Source : https://discours.vie-publique.fr,
consulté le 7 octobre 2016.

1. Walt Whitman : poète et humaniste américain (1812-1896).

Document 2 L'Union européenne : élargissements et hésitations

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Les clés du sujet

Lisez la consigne

La consigne donne clairement le plan. L'étude consiste à traiter successivement des étapes de la construction européenne (institutions et élargissements) de 1948 à nos jours, puis les hésitations qui ressortent du discours de François Mitterrand d'une part, et des défauts de cohésion apparaissant sur la carte d'autre part.

Confirmée par le titre de la carte, l'invitation à confronter les documents oblige à utiliser les deux dans chaque partie, à les combiner, à voir comment le second peut illustrer les propos énoncés dans le premier.

Analysez les documents

Le premier document est un discours officiel de François Mitterrand, président de la République française, et à ce titre responsable de la politique extérieure d'un pays fondateur et moteur de la construction européenne. Il est énoncé à Strasbourg, devant les représentants des États membres, en 1984, 27 ans après la naissance de la Communauté économique européenne (CEE), deux ans avant l'adhésion de l'Espagne et du Portugal, et dans un temps fort de la guerre froide (fin de la crise des euromissiles, prémices de l'effondrement soviétique). Le discours revient sur l'histoire de la construction européenne.

Le second document est une carte, document didactique qui permet d'analyser l'état de l'Union européenne en 2016, non seulement son extension, mais aussi son hétérogénéité et le cas d'un État (le Royaume-Uni) en situation de quitter l'Union (Brexit). Il complète le discours de ­François ­Mitterrand concernant les étapes de la construction européenne, et il illustre certaines difficultés pressenties par le président français en 1984.

Définissez les axes de l'étude

Deux axes sont donnés par la consigne : les étapes puis les hésitations. C'est au sein de chacun d'eux qu'il faut extraire des documents des idées de sous-parties.

Pour les étapes, on peut distinguer celles de la création des institutions, puis les temps forts de l'élargissement. Sur les hésitations, on s'appuiera sur la question de la cohésion posée par le président français, selon le point de vue du fonctionnement des institutions d'une part, puis des différences de projet entretenues par les États membres d'autre part.

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Contexte] Le 23 juin 2016, les citoyens britanniques votent en faveur de la sortie de l'Union européenne (UE). Le projet commun s'en trouve fragilisé. Comment en est-on arrivé là ? Comment est-on passé d'un projet très attractif en 1948 à une union chahutée et hésitante en 2016 ?

[Problématique] Dans quelle mesure « les chemins de l'avenir » européen (doc. 1, l. 9) sont-ils menacés ?

[Présentation des documents et annonce du plan] Le 24 mai 1984, devant les députés européens réunis à Strasbourg, le président français François Mitterrand, chef d'un des principaux pays fondateurs de la Communauté économique européenne (CEE), fait le bilan de 35 ans de partage communautaire (document 1). Il en rappelle les étapes tout en précisant les obstacles à franchir pour prolonger le chemin parcouru. La carte de l'Union européenne telle qu'elle se présente 32 ans plus tard (document 2) permet d'évaluer la réussite et les limites du projet.

I. Les étapes : la marque d'une forte attractivité

info

La communauté se construit par traités auxquels chaque État membre est libre d'adhérer ou non.

Le projet européen s'est d'abord construit sur une base économique testée dès 1950 dans le cadre d'une association de six pays visant à favoriser la libre circulation de deux produits : c'est la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Le succès de l'opération aboutit à la création par le traité de Rome (1957) d'une communauté économique européenne (CEE). Celle-ci vise en particulier à l'établissement d'un « Marché commun » (doc. 1, l. 6). La représentation politique de la CEE est assurée par un Parlement, élu à partir de 1979 au suffrage universel direct. Le document 2 montre le chemin parcouru par la suite : le passage en 1995 à l'Union européenne (suite au traité de Maastricht signé en 1992) et le développement de nouvelles institutions comme la zone euro ou l'espace Schengen.

La réussite de l'Europe se mesure à son élargissement progressif, preuve de son attractivité. Elle est ainsi passée de six États en 1957 (Allemagne, ­Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas) à 28 en 2016 (doc. 2). La CEE a d'abord été rejointe, en 1973, par le Royaume-Uni, l'Irlande et le Danemark. Quand François Mitterrand prononce son discours en 1984, « l'Europe des Dix » (doc. 1, l. 8) – avec en plus la Grèce – s'apprête à accueillir l'Espagne et le Portugal (doc. 1, l. 21-22) deux ans plus tard. Au moment du passage à l'Union en 1995, 15 États membres la composent. Ils sont 25 en 2004 après l'entrée de dix pays méditerranéens et d'Europe de l'Est, puis 28 avec la Bulgarie, la Roumanie et la Croatie (doc. 2).

[Transition] Comme le rappelle François Mitterrand, le projet avait d'abord vocation à « réconcilier, rassembler » (l. 12-13) les peuples qui s'étaient déchirés lors des guerres mondiales. Son élargissement et les candidatures encore en cours de négociation (doc. 2) témoignent de son succès. Mais la diversité des intérêts de ses États membres ne fragilise-t-elle pas l'UE ?

II. Les hésitations : des projets différents qui fragilisent l'Union

Une Europe à plusieurs vitesses et très hétérogène s'est mise en place après des adhésions multiples en dépit de l'avertissement énoncé par François Mitterrand contre toute précipitation qui aurait seulement « souci de plaire » (l. 26). La carte témoigne des hésitations d'États qui n'appartiennent pas à la zone euro (Suède, Pologne) ou à l'espace Schengen (Roumanie, Irlande).

De nombreux États ou partis politiques ne partagent pas la vision des pères fondateurs de l'Europe d'une fédération susceptible de supplanter les intérêts nationaux. La construction européenne a ainsi connu bien des « querelles » et des « tensions » (doc. 1, l. 9 et 22). Ces divergences ont menacé la Grèce d'une exclusion (Grexit) dans les années 2010 pour non-respect des critères économiques définis par le traité de Maastricht. Et en 2016, elles ont conduit le Royaume-Uni à déclencher une procédure de sortie de l'Union, le Brexit (doc. 2).

info

La Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été adoptée en 1950. Elle a été ratifiée par la quasi‑totalité des pays européens.

Enfin, d'autres pays qui souhaitent adhérer peinent à remplir les conditions de respect des droits de l'homme intégrés à la Constitution communautaire. C'est le cas de la Turquie (doc. 2).

Conclusion

En un demi-siècle, les États européens ont construit une communauté attrayante qui a renforcé leurs liens et contribué à leur développement. Mais sa réussite et son élargissement, parfois précipité, ont produit une diversité qui fait autant sa richesse que sa fragilité. Le Brexit est-il ainsi l'annonce d'un reflux ou un simple incident de parcours sur un chemin semé d'embûches ?

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