Les États-Unis et l’Europe depuis 1945

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Les chemins de la puissance : les Etats-Unis et la Chine depuis 1918
Type : Composition | Année : 2012 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les États-Unis et l’Europe depuis 1945

Les chemins de la puissance

Corrigé

13

Histoire

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Sujet inédit

composition

Entrer dans le sujet, définir les mots clés

S’inscrivant dans le thème 3 du programme (Les chemins de la puissance), le sujet porte sur les États-Unis. Le mot clé de l’énoncé, cependant, est le « et ». Les États-Unis sont à analyser comme puissance dans le cadre de leurs relations avec l’Europe. Les limites temporelles (1945 à nos jours) sont larges. Elles invitent à mettre en évidence l’évolution de ces relations, depuis la victoire de 1945, qui impose au pays de protéger ses alliés européens, jusqu’à aujourd’hui où ils doivent composer avec une Europe devenue concurrente. Parce que le sujet couvre une longue période de bipolarisation du continent (1945-1989) suivie de sa réunification, le mot « Europe » doit être pris dans son sens large. L’étude des relations doit évaluer l’attitude des Américains envers tout le continent et non la seule CEE puis UE.

Dégager la problématique

Dès 1947, la doctrine Truman pose l’enjeu du sujet : comment les États-Unis vont-ils contenir la menace soviétique qui pèse sur l’Europe ? Confrontés au risque d’une extension du communisme, ils ont aidé les Européens de l’Ouest à se reconstruire. Ils ont ainsi favorisé la naissance d’une puissance susceptible de léser leurs intérêts. On peut ainsi poser la problématique suivante : en quoi les relations des États-Unis avec l’Europe se sont-elles dégradées au fil des années et du redressement du vieux continent ?

Définir le plan

Le temps long combiné aux transformations de l’Europe invite à choisir un plan chronologique. Trois périodes s’imposent :

  • 1945-1965, moment où les États-Unis, leaders du monde libre, protègent l’Europe de l’Ouest sans pouvoir aider la moitié orientale ;
  • 1965-1995, période pendant laquelle, en collaboration avec l’Europe de l’Ouest devenue partenaire, ils s’efforcent de renouer les liens avec l’Europe de l’Est finalement désatellisée ;
  • 1995-2010 : temps où ils entretiennent des relations privilégiées avec une Europe réunifiée mais devenue rivale.
Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] Vainqueurs du second conflit mondial, les États-Unis se sont retrouvés face à une Europe libérée mais à reconstruire quand, dans le même temps, sa moitié orientale passait sous la tutelle de l’URSS.

[Problématique] Quelle attitude ont-ils adoptée vis-à-vis de ce continent bouleversé ? Dans quelle mesure ont-ils contribué au redressement de l’Europe au point de voir se dresser face à eux un rival ?

[Annonce du plan] Face aux menaces de l’impérialisme soviétique, les États-Unis se sont faits protecteurs d’une Europe amie (1945-1965) ; celle-ci reconstruite, ils se sont appuyés sur leurs alliés européens pour libérer le continent de l’emprise soviétique (1965-1995) ; mais l’Europe reconfigurée est devenue une rivale difficile à gérer (1995-2010).

1945-1965 : les États-Unis, protecteur d’un bloc en reconstruction

1. Les enjeux européens de la guerre froide

  • La victoire sur l’Allemagne permet à l’URSS de prendre le contrôle de ­l’Europe de l’Est. À l’ouest, auréolés de leur engagement dans la Résistance, les partis communistes remportent des succès électoraux (en France ou Italie notamment). Sur tout le continent européen, le communisme progresse.
  • Inquiets, les États-Unis se posent en protecteurs du monde « libre ». À travers l’ONU, ils s’efforcent d’imposer à la communauté internationale le modèle de sociétés pluralistes, respectueuses des Droits de l’homme. Anticipant sur l’après-guerre, ils établissent dès 1944 les règles d’un monde capitaliste libéral. Par les accords de Bretton Woods, ils mettent en place un système monétaire international dont le dollar devient la monnaie de référence.
  • Mais la rupture de 1947 avec les Soviétiques conduit Truman à énoncer sa doctrine du containment : les États-Unis feront tout pour empêcher l’extension du communisme dans le monde. L’Europe est le premier terrain de cette bataille. Ainsi les États-Unis poussent-ils leurs alliés à rompre toute relation avec les partis communistes locaux. En 1954, J. F. Dulles énonce une doctrine plus agressive, le roll-back,qui vise à repousser les Soviétiques partout où ils le peuvent.

2. La tactique économique

  • Les États-Unis privilégient cependant l’arme économique. Convaincus que le communisme prospère dans les sociétés pauvres, ils entreprennent d’aider les Européens de l’Ouest à reconstruire leur économie.
  • Dès 1947, ils lancent le plan Marshall : d’importantes sommes d’argent sont mises à la disposition des États européens qui le souhaitent. Pour en bénéficier, le socialiste Ramadier est contraint de chasser les ministres communistes de son gouvernement. En avril 1948, l’OECE reçoit mission d’en gérer le produit. Dans le même esprit, les États-Unis décident de fusionner leur zone d’occupation de l’Allemagne avec celles du Royaume-Uni et de la France. Ils y mettent une monnaie en circulation (le Deutsche Mark, 1948) afin de favoriser la reconstruction.
  • Les États-Unis encouragent les Européens de l’Ouest à s’unir. L’un des principaux objectifs de la communauté économique fondée par le traité de Rome (1957) est de contenir la menace soviétique par le renforcement des liens économiques entre les pays membres.

3. La défense militaire des alliés européens contre l’URSS

  • Le choix de l’arme économique n’exclut pas le recours aux moyens politiques. Ainsi, les États-Unis rassemblent-ils dix pays européens dans une alliance militaire (OTAN, 1949) qui leur permet de maintenir la présence de forces armées sur le vieux continent. Lors du blocus de Berlin (1948), ils soutiennent activement la population de la zone ouest (pont aérien) ; après la construction du mur (1961), Kennedy s’engage à protéger la RFA, première ligne de défense de l’Amérique contre le communisme. Sa formule « Ich bin ein Berliner » (1963) illustre cet engagement.
  • Les États-Unis aident aussi les Européens dans leurs guerres de décolonisation, surtout quand il y a risque d’extension du communisme. Mais, rêvant de s’implanter dans les régions libérées du protectionnisme colonial, l’aide américaine s’avère parfois plus mesurée. Les bonnes relations États-Unis/Europe de l’Ouest trouvent ainsi leurs limites lors de la crise de Suez (1956) ou dans les pressions exercées sur la France pour qu’elle se retire d’Indochine (1954).

[Transition] Les États-Unis ont permis à une moitié d’Europe reconnaissante de résister à la tentation communiste. Mais quelles relations entretiennent-ils avec l’Europe reconstruite ?

1965-1995 : les États-Unis partenaires
de l’émancipation européenne

1. Des relations économiques plus compliquées

  • La prospérité des Trente Glorieuses en Europe traduit la réussite de l’aide américaine. Elle est l’occasion, pour les Américains, de tisser des relations commerciales privilégiées avec les Européens devenus partenaires économiques. Fournisseurs et clients, ceux-ci leur offrent d’importants marchés à forte croissance.
  • Mais le développement de la CEE transforme les partenaires en rivaux qui cherchent à protéger leurs intérêts. Dans le cadre de leur communauté, ceux-ci dressent des barrières qui gênent les exportations américaines. À force de subventions et de réglementations, les relations transatlantiques se tendent.
  • Économiquement affaiblis par la guerre du Vietnam, les États-Unis décident de suspendre la convertibilité or du dollar (1971). La mesure sonne le glas du système monétaire international. Dès 1972, les Européens conçoivent un système monétaire européen (SME) pour préserver leur Marché commun naissant. Si les États-Unis gardent de bonnes relations politiques avec l’Europe de l’Ouest, elles sont plus difficiles sur le plan économique.

2. Des options géostratégiques divergentes

  • L’accession du Royaume-Uni et de la France au statut de puissances nucléaires change la donne militaire : l’Europe occidentale n’a plus besoin du parapluie nucléaire américain. Soucieuse d’affirmer son indépendance, la France du général de Gaulle quitte l’OTAN en 1966. Ce départ est toutefois compensé par l’intégration de quatre nouveaux États (Grèce, Turquie, RFA et Espagne).
  • Soucieux de réunir les deux Allemagne, le chancelier Willy Brandt engage la RFA dans une Ostpolitik qui inquiète les États-Unis. Ceux-ci craignent une finlandisation du pays. Au sein de la CEE, Français et Allemands forment un couple fort, leader d’une communauté de plus en plus jalouse de son indépendance. Seul le Royaume-Uni reste fidèle à l’alliance américaine.

3. Une alliance atlantique préservée malgré tout

  • L’évolution des relations entre les États-Unis et l’Europe ne remet pas en cause, pour autant, l’alliance atlantique. Les objectifs restent communs et les accords d’Helsinki (1975) témoignent du maintien d’un équilibre bipolaire en Europe dans lequel Américains et Européens de l’Ouest restent étroitement solidaires.
  • La crise des euromissiles (1977-1983) montre combien le lien reste fort. Face au déploiement des SS20 soviétiques, Américains, Britanniques et Français font bloc. Le bras de fer initié par Leonid Brejnev se termine à l’avantage des occidentaux.
  • Le déclin des partis communistes et l’affaiblissement de l’URSS rassurent les États-Unis et leurs alliés européens. Ensemble, ils accentuent les pressions économiques, politiques et médiatiques pour fissurer le bloc de l’Est et accompagner la désatellisation des démocraties populaires. La chute du mur de Berlin en 1989 scelle la victoire des États-Unis et de l’Europe libérale.

[Transition] La menace communiste qui pesait sur le continent a été plus que contenue : elle a disparu. Quelles relations les États-Unis vont-ils désormais entretenir avec les Européens ?

1995-2010 : les États-Unis,
concurrents d’une Europe indépendante

1. Un nouvel environnement international

  • Avec la disparition de l’URSS en 1991, un nouvel ordre mondial se dessine. Les États-Unis se retrouvent face à une Europe politiquement élargie (à 15 en 1995, 27 en 2007) et économiquement puissante (deuxième pôle mondial de la Triade). Dans le cadre de la mondialisation économique et culturelle, les liens politiques se renforcent. L’OTAN s’étend à l’Europe de l’Est (29 États en 2009) et elle joue un rôle prépondérant dans la défense de la paix sur le continent (dans les Balkans, notamment).
  • Sur la scène mondiale, l’alliance États-Unis/Europe se renforce aussi. En 1991, Britanniques et Français participent à l’opération Tempête du Désert (guerre du Golfe) aux côtés des Américains et avec l’aide financière, entre autres, des Allemands. Face aux nouveaux périls et à la menace terroriste, les relations restent plus fortes que jamais. La France réintègre même le commandement unifié de l’OTAN en 2009.

2. Des divergences économiques et environnementales fortes

  • Sur le plan économique, en revanche, les différences s’affirment (modèle plus libéral aux États-Unis) et la concurrence est de plus en plus vive. Les relations deviennent sources de contentieux. Sont notamment en cause les politiques agricoles, la loi fiscale américaine, le déficit de la balance courante des États-Unis, les taux de change dollar-euro. Face à la crise financière en 2008, les États-Unis et les Européens ne s’entendent pas sur les mesures à prendre.
  • Les rivalités se focalisent aussi sur les questions environnementales et la lutte contre le réchauffement climatique. Les États-Unis récusent toute législation contraignante et refusent les accords internationaux soutenus par les Européens comme le protocole de Kyoto (1992).

3. Des désaccords géostratégiques forts

La crise irakienne de 2003 est l’occasion d’un bras de fer révélateur. Leader d’un groupe de pays européens hostiles à une intervention militaire sous l’égide de l’ONU, la France menace d’utiliser son droit de véto au Conseil de sécurité. La question palestinienne est une autre source de divergences profondes.

Conclusion

Depuis 1945, les relations des États-Unis avec l’Europe de l’Ouest se sont dégradées sans devenir hostiles ; dans le même temps, les États-Unis se sont trouvés de nouveaux alliés en Europe de l’Est. Ces changements relèvent surtout du souci que les États-Unis ont toujours eu de défendre leurs intérêts. C’est à ce titre qu’ils aident ou non les Européens. Le nouvel équilibre des forces entre les deux rives de l’Atlantique les conduit à prendre leur distance, même si les modèles restent idéologiquement proches.