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Les États-Unis et la question environnementale : le cas de Pittsburgh

Étude critique de documents

Les États-Unis et la question environnementale : le cas de Pittsburgh

2 heures

10 points

Intérêt du sujet • La ville de Pittsburgh est une métropole située dans la Rust Belt, ancienne région industrielle du Nord-Est des États-Unis. Pourtant, elle s'illustre depuis plusieurs années par une politique environnementale ambitieuse.

 

 D'après les deux documents, montrez que Pittsburgh connaît une trajectoire particulière par rapport à la politique environnementale états-unienne.

Document 1Pittsburgh, une métropole respectant l'accord de Paris

Alors que les États-Unis sortaient des accords de Paris sur le climat, la ville de Pittsburgh, en Pennsylvanie, autrefois capitale de la sidérurgie, est devenue un modèle dans la lutte contre le réchauffement climatique.

« J'ai été élu pour représenter les habitants de Pittsburgh, pas de Paris », a expliqué le président américain Donald Trump, jeudi 1er juin [2017], utilisant la cité industrielle de l'Est américain (Pennsylvanie) pour justifier le retrait de l'accord de Paris sur le climat. Formule choc, mais mauvais choix de ville. Dans les minutes qui ont suivi, le maire démocrate de la ville, Bill Peduto, a renvoyé le chef de l'État dans les cordes sur Twitter.

« Les États-Unis rejoignent la Syrie, le Nicaragua et la Russie, en décidant de ne pas participer à l'accord mondial de Paris. C'est maintenant aux villes de prendre les rênes » de l'économie verte […].

Mais le président n'a pas cité que Pittsburgh. Dans sa déclaration, il a insisté : « Il est temps de mettre Youngstown, dans l'Ohio, Detroit, dans le Michigan et Pittsburgh, en Pennsylvanie, qui comptent parmi les meilleurs endroits de ce pays, devant Paris, en France. » Il fait ainsi l'amalgame entre d'anciennes villes industrielles laissées pour compte, comme Detroit, et d'autres comme Pittsburgh qui connaissent une fulgurante renaissance postindustrielle avec des centres urbains qui se sont totalement métamorphosés ces dernières années.

Toutefois, un point commun ressort entre ces trois villes, en dehors de leur localisation dans la Rust Belt industrielle : elles ont toutes voté Clinton en novembre 2016. […]

Le Monde avec AFP, site LeMonde.fr, 2 juin 2017.

Document 2De la ville industrielle à la ville verte

Des années 1930 à aujourd'hui, Pittsburgh s'est réinventée. Aujourd'hui, c'est une ville « verte ».

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ph © Margaret Bourke-White / The LIFE Picture Collection / Getty Images

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ph © HaizhanZheng / iStockphoto / Getty Images

 

Les clés du sujet

Identifier les documents

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Comprendre la consigne

L'arrivée de Donald Trump bouleverse les objectifs environnementaux à l'échelle mondiale. Cependant, aux États-Unis, des maires et des gouverneurs d'État tentent d'appliquer un développement durable.

L'exemple de Pittsburgh illustre cette double dynamique.

Dégager la problématique et construire le plan

La consigne et le texte invitent à privilégier un plan thématique.

La ville de Pittsburgh montre que la politique environnementale des États-Unis doit être observée à différentes échelles. Les villes et États fédérés peuvent adopter leur propre politique environnementale.

Tableau de 3 lignes, 2 colonnes ;Corps du tableau de 3 lignes ;Ligne 1 : I. L'impact mondial de la politique environnementale états-unienne; La révolution industrielle a conduit à une augmentation de la pollution aux États-Unis. Alors que la majorité des pays tentent de limiter leur impact sur l'environnement, les États-Unis restent en dehors de cette démarche.; Ligne 2 : II. Pittsburgh, un modèle particulier; Malgré son passé sidérurgique, la ville de Pittsburgh s'est reconvertie dans des activités moins polluantes. Ce changement apparaît dans le paysage urbain et contraste avec la politique environnementale du pays.; Ligne 3 : III. Le cas de Pittsburgh, reflet de la multiplicité des acteurs; Le système politique états-unien repose sur des autorités multiples. Les différences politiques se ressentent à diverses échelles et laissent une réelle autonomie aux villes et États fédérés.;

Les titres et les indications entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] En janvier 2017, quand Donald Trump prend ses fonctions de Président, il fait supprimer la page consacrée à l'environnement sur le site de la Maison-Blanche. Pour autant, si les États-Unis apparaissent comme les mauvais élèves du développement durable, des villes et des États fédérés mènent une politique environnementale ambitieuse. [Présentation du sujet] C'est sur ce jeu d'échelles que revient le corpus documentaire en s'appuyant sur l'exemple de la métropole de Pittsburgh. Le document 1 est un texte rédigé par Le Monde avec l'Agence France-Presse en juin 2017. Il montre comment la ville de Pittsburgh reste dans l'accord de Paris malgré le retrait du pays demandé par D. Trump. Le document 2 compare deux photos de Pittsburgh en 1930 et de nos jours, opposant une Pittsburgh industrialisée à une ville plus verticalisée et mieux structurée. [Problématique] Dans quelle mesure la métropole de Pittsburgh illustre-t-elle les paradoxes de la politique environnementale états-unienne ? [Annonce du plan] La politique environnementale de la première puissance mondiale a un impact sur l'ensemble de la planète [I]. Pourtant, de grandes villes comme Pittsburgh parviennent à suivre une voie singulière par rapport aux directives de Washington [II]. Cette opposition montre la multiplicité d'acteurs impliqués dans la question environnementale aux États-Unis [III].

I. L'impact mondial de la politique environnementale états-unienne

1. Un pays au cœur de la révolution industrielle

Pittsburgh appartient à la « Rust Belt » (document 1, l. 21), soit la « ceinture de la rouille ». Des industries lourdes avaient été installées dans cette région pendant la révolution industrielle à la fin du xixe siècle, lui valant le surnom de Manufacturing Belt. Le déclin de ces industries lourdes a provoqué une crise de ces activités et donc le changement de surnom.

C'est d'ailleurs à cette identité que fait référence la photographie des années 1930 (document 2 A). On y voit les fumées de la cheminée d'une usine en arrière-plan alors qu'au premier plan trône le pont en acier Fort Pitt Bridge. La ville a longtemps été considérée comme la capitale de la sidérurgie, car elle est idéalement située à la confluence de deux rivières qui se rejoignent pour former le fleuve Ohio.

Le secret de fabrication

Quand l'étude porte sur deux documents, le correcteur apprécie que vous les croisiez dans votre analyse. Si vous le pouvez, utilisez-les dans la même sous-partie. Ici sur la photo des années 1930, vous comprenez que Pittsburgh était une ville industrielle mais vous ne savez pas quelles activités y étaient pratiquées. Le texte vous apporte cette information en expliquant que Pittsburgh a été la « capitale de la sidérurgie ».

2. Un climatosceptique à la Maison-Blanche

Bien que les États-Unis soient le pays de la Wilderness, ils sont parmi les plus importants pollueurs. Ils émettent autant de gaz à effet de serre que la Chine et exploitent des énergies polluantes comme les gaz de schiste, dont l'extraction a été permise par Barack Obama. L'arrivée de Donald Trump a bouleversé la politique environnementale mondiale. Il s'est rapidement retiré de l'accord de Paris sur le climat, comme le rappelle le texte (l. 4). Persuadé que le réchauffement climatique n'existe pas, il a surtout privilégié pour son pays l'économie au détriment de l'environnement.

mot clé

La Wilderness désigne la « nature sauvage » non encore soumise à l'humain. Cette notion a accompagné la conquête de l'Ouest aux États-Unis ; elle s'illustre aujourd'hui encore par la présence de phénomènes dangereux comme les ouragans.

Cette décision a nui à l'image du pays car la majorité des acteurs mondiaux ont rejoint l'accord de Paris et peu l'ont refusé, à l'exception de dictatures ou d'États en difficultés économiques : « Les États-Unis rejoignent la Syrie, le Nicaragua et la Russie, en décidant de ne pas participer à l'accord mondial de Paris » (document 1, l. 8-9). Il s'agit donc d'une perte de prestige pour la première démocratie du monde dont beaucoup aimeraient qu'elle prenne la tête d'une politique internationale durable. Depuis 2017, le Nicaragua et la Russie ont ratifié le texte. Les États-Unis sont donc le seul pays, avec la Syrie, à ne pas être dans l'accord.

[Transition] Si les États-Unis sont devenus un important pollueur comme les autres pays occidentaux avec la révolution industrielle, ils maintiennent cette politique au xxie siècle malgré une prise de conscience mondiale. Pour autant, en changeant d'échelle, il convient de nuancer ce constat.

II. Pittsburgh, un modèle particulier

1. De la cité industrielle à la ville verte

Pittsburgh continue à être considérée par certains comme une ville industrielle. Or, le texte explique que cette image fait partie du passé : « d'anciennes villes industrielles » (document 1, l. 15). La ville a dû s'adapter, elle est passée à d'autres activités dans la recherche, l'éducation et la santé. Cette métropole de Pennsylvanie voit sa reconversion saluée puisque le président Barack Obama, qui a souscrit à l'accord de Paris sur le climat, y a accueilli le G20 en 2009.

mot clé

Adopté en 2015, l'accord de Paris sur le climat est une déclaration d'intention par laquelle chaque État signataire s'engage à diminuer l'émission de gaz à effet de serre pour contenir le réchauffement climatique.

Pourtant, Donald Trump semble ignorer cette métamorphose puisqu'il prend l'exemple de Pittsburgh pour se retirer de l'accord de Paris en déclarant : « J'ai été élu pour représenter les habitants de Pittsburgh, pas de Paris » (document 1, l. 1-2). Le président insinue que la ville peut encore polluer avec des activités d'industrie lourde pour se développer sur le plan économique.

2. Une métamorphose inscrite dans le paysage urbain

La comparaison des deux photographies (document 2) illustre le changement d'activités de la métropole de Pennsylvanie. Les autorités municipales ont transformé ce centre industriel en quartier des affaires, agréable à vivre, grâce à la verticalisation du bâti et aux espaces verts.

Cette transformation semble avoir été rapide, comme l'indique l'article du Monde : « une fulgurante renaissance postindustrielle avec des centres urbains qui se sont totalement métamorphosés ces dernières années » (document 1, l. 17-19). Cela explique la différence entre la réussite de Pittsburgh et le maintien de la crise dans d'autres villes de la Rust Belt.

[Transition] Pittsburgh était donc un exemple mal choisi pour justifier le retrait de l'accord de Paris. Les États-Unis sont un État fédéral, aussi les décisions prises à la Maison-Blanche peuvent diverger à l'échelle locale.

III. Une multiplicité d'acteurs et d'échelles

1. Un système complexe

conseil

En géographie, le changement d'échelles est particulièrement apprécié. Il permet de nuancer une situation en la regardant à l'échelle de la ville, du pays et monde.

Tout d'abord, le maire de Pittsburgh et Donald Trump n'appartiennent pas au même parti politique. Le président est républicain, alors que Bill Peduto est « le maire démocrate de la ville » (document 1, l. 6). Il y a donc une opposition entre les deux hommes, d'autant plus que certaines villes de la Rust Belt ont soutenu la candidate démocrate Hilary Clinton à l'­élection présidentielle de 2016 (document 1, l. 21-22).

Dans l'idéal, la politique environnementale est le résultat d'un consensus entre l'État fédéral et les États fédérés. Mais chaque ville dispose d'une réelle autonomie, ce qui explique peut-être pourquoi Donald Trump a confondu Pittsburgh avec une autre ville de la Rust Belt, Detroit, qui a connu une grave crise et a beaucoup de difficultés à en sortir (document 1, l. 15-16).

2. Le choix local des villes vertes

Pour Bill Peduto, il paraît évident que la politique environnementale doit être menée à l'échelle locale : « C'est maintenant aux villes de prendre les rênes de l'économie verte » (document 1, l. 9-10). En effet, si Washington a laissé ces questions de côté, certains pouvoirs locaux (villes, États) ont fait le choix de s'engager en faveur de l'environnement.

Le pari semble gagnant puisqu'en plus de l'accueil du G20 en 2009, Pittsburgh connaît une « fulgurante renaissance » (document 1, l. 17). Après avoir longtemps perdu des habitants, la population de la ville se stabilise et certains investisseurs étrangers viennent s'y implanter, comme Sony.

Conclusion

[Réponse à la problématique] L'exemple de Pittsburgh montre la nécessité de changer d'échelles pour comprendre la politique environnementale états-unienne qui ne peut se résumer aux déclarations et actions tonitruantes de leur président. [Critique du document] Ce corpus montre avec justesse comment Pittsburgh s'est reconvertie en quelques décennies pour sortir de la crise postindustrielle. Toutefois, les documents se concentrent sur des questions politiques et ne montrent pas les activités pratiquées dans la métropole ni les pratiques quotidiennes des citoyens. [Ouverture] Si des villes comme Pittsburgh et des États comme la Californie tendent vers un développement durable, cela ne pourra être atteint qu'avec des décisions fortes prises par le président pour changer un système mondial.

Le secret de fabrication

L'ouverture est la dernière image que vous laissez au correcteur. Elle a pour but de proposer un sujet en lien avec celui qui vient d'être traité ou bien d'ouvrir sur la période suivante. Ici tout votre travail a montré les contradictions entre les différentes autorités politiques dans le pays. Vous expliquez donc que les États-Unis doivent d'abord surmonter ces contradictions pour s'insérer dans une politique environnementale à l'échelle mondiale.

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