Les États-Unis et le monde depuis 1918

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Les chemins de la puissance : les Etats-Unis et la Chine depuis 1918
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2015 | Académie : Polynésie française
Corpus Corpus 1
Les États-Unis et le monde depuis 1918

Les chemins de la puissance

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Histoire

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Polynésie française • Juin 2015

étude critique de document

> En quoi ce document permet-il de comprendre le rapport des États-Unis au monde à l’issue de la Première Guerre mondiale ?

 Document Les quatorze points du président Wilson

« Nous sommes entrés dans cette guerre parce que des violations du droit se sont produites qui nous touchaient au vif, et qui rendaient la vie de notre peuple impossible, à moins qu’elles ne fussent réparées, et que le monde ne fût une fois pour toutes assuré contre leur retour. […]

Ce que nous voulons, c’est que le monde devienne un lieu sûr où tous puissent vivre en sécurité, […] un lieu pour toute nation qui désire vivre sa propre vie en toute liberté, décider de ses propres institutions, et être assurée que les autres nations la traitent en toute justice et loyauté, au lieu de se voir exposée aux agressions égoïstes de jadis. […]

C’est donc le programme de paix dans le monde qui constitue notre programme. Et ce programme, le seul que nous croyons possible, est le suivant :

1. Des conventions de paix, préparées au grand jour […].

2. Liberté absolue de la navigation sur mer, en dehors des eaux territoriales […].

3. Suppression, autant que possible, de toutes les barrières économiques et établissement de conditions commerciales égales pour toutes les nations […].

4. Échange de garanties suffisantes que les armements de chaque pays seront réduits au minimum compatible avec la sécurité intérieure.

5. Arrangement librement débattu de toutes les revendications coloniales, basé sur la stricte observation du principe que […] les intérêts des populations en jeu pèseront d’un même poids que les revendications équitables du gouvernement dont le titre sera à définir. […]

8. Le territoire français tout entier devra être libéré […].

9. Une rectification des frontières italiennes devra être opérée, conformément aux données clairement perceptibles du principe des nationalités.

10. Aux peuples d’Autriche-Hongrie, dont nous désirons voir sauvegarder et assurer la place parmi les nations, devra être accordée au plus tôt la possibilité d’un développement autonome. […]

13. Un État polonais indépendant devra être créé, qui comprendra les territoires habités par des populations indiscutablement polonaises, auxquelles on devra assurer un libre accès à la mer.

14. Il faut qu’une association générale des nations soit constituée […] ayant pour objet d’offrir des garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale aux petits comme aux grands États. »

Woodrow Wilson, Message au Congrès des États-Unis (extrait), 8 janvier 1918.

Les clés du sujet

Analysez le sujet

L’énoncé

Le sujet est la relation (le « et ») qu’entretiennent les États-Unis avec le reste du monde. La formule « depuis 1918 » suggère une analyse dans la durée ; mais le choix d’un seul document et la consigne qui précise « à l’issue de la Première Guerre mondiale » interdisent d’aborder l’étude de façon chronologique.

La consigne

  • Peu usuelle, cette consigne ne fournit qu’une problématique. Cette situation oblige à travailler à partir de l’énoncé, puis du document afin de tirer de celui-ci les axes d’étude susceptibles de cerner les différents types de « rapports » entretenus par les États-Unis avec le monde.
  • Le « en quoi » invite à énoncer des types de relations. Mais il s’agit aussi de les « comprendre ». La critique se fera point par point et devra évaluer si le texte inaugure une nouvelle position internationale des États-Unis.

Le document

  • Il s’agit d’un document officiel, émanant du président des États-Unis, l’homme qui définit la politique étrangère du pays.
  • Non validé par le Congrès en 1919, le projet reste l’expression d’une opinion non représentative de la population américaine.
  • Il date du 8 janvier 1918, alors que la guerre n’est pas terminée. Woodrow Wilson justifie ici l’intervention américaine en Europe, un choix qui est à l’opposé de l’isolationnisme traditionnel des États-Unis.

Utilisez les mots clés


Évitez les pièges

  • Ne vous laissez pas tromper par le « depuis 1918 » de l’énoncé. Tel qu’il est construit, le sujet n’invite pas à montrer une évolution des relations entre les États-Unis et le reste du monde.
  • N’oubliez pas qu’il s’agit d’une étude « critique ». Pour valoriser votre copie, rappelez que Wilson ne fut pas suivi par l’opinion publique américaine et que le Congrès désavoua une partie de ses principes.
  • Utilisez le texte pour en extraire des axes d’étude. Pour chacun, réservez un paragraphe aux explications.
Corrigé
Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Info

La doctrine Monroe condamne toute intervention des Européens dans les affaires du continent américain comme des États-Unis dans les affaires européennes.

[Contexte et présentation du document] En 1917, le sort de la Grande Guerre reste indécis. Appelés à l’aide par les Alliés, les États-Unis entrent en guerre en avril 1917. En janvier 1918, le président Woodrow Wilson justifie devant le Congrès américain une intervention en rupture avec la tradition isolationniste (doctrine Monroe) du pays.

[Problématique] Quelles relations les États-Unis entretiennent-ils avec le monde depuis cet important discours ?

[Annonce du plan] En quoi celui-ci permet-il de comprendre les rapports qui se mettent en place entre les États-Unis et les autres nations à l’issue de la Grande Guerre ? Wilson fut-il suivi par ses compatriotes auxquels il proposait un interventionnisme que beaucoup redoutaient ? Peut-on dire que ses quatorze points inaugurent une nouvelle position internationale des États-Unis, manifestation de leur marche vers la puissance ?

I. Des rapports économiques libéraux favorables aux intérêts américains

  • Le projet met en première ligne (dès les points 2 et 3) les relations de libre-échange. À travers les principes de « liberté de navigation » (points 2 et 13 avec l’accès de la Pologne à la mer), l’appel à la suppression « de toutes les barrières économiques », autrement dit des droits de douane (point 3), et la défense du « développement autonome » (point 10), Wilson défend la liberté du commerce et de l’entreprise, celle d’échanges sans entraves. Le soutien aux « revendications coloniales » (point 5) associé au « principe des nationalités » (point 9) est également un moyen de tisser des relations amicales avec de nouveaux peuples.

Info

Le Lusitania était un navire de commerce britannique. Il a été torpillé par un sous-marin allemand en 1915, faisant 1 614 morts dont 128 Américains.

  • Le projet s’explique par les convictions pacifiques du président. Il est conforme aussi aux traditions économiques américaines fondées sur le libéralisme. Il vise à ouvrir de nouveaux marchés aux produits américains. Le discours renvoie encore au souvenir du Lusitania. Wilson dénonce les dommages collatéraux de la guerre dont ses compatriotes ont été les victimes.
  • Il comporte toutefois un risque : celui de déplaire aux puissances coloniales alliées (France, Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni) et d’établir avec elles des rapports tendus.

II. Une transparence diplomatique plutôt contestée

  • Le président américain préconise l’établissement de relations « au grand jour » (point 1). Il entend aussi freiner la course aux armements et réduire les équipements militaires (point 4). Ce point a vocation à favoriser des relations de paix avec le reste du monde.
  • Son projet s’explique par la volonté de rompre avec la diplomatie secrète qui liait les États européens entre eux en 1914 et qui fut à l’origine de la Grande Guerre. Il est également conforme aux valeurs de la démocratie américaine, faites de dialogue et de recherche du compromis propres à tout régime de ce type.

Info

Le multilatéralisme est un mode d’organisation des relations internationales qui se traduit par la coopération de trois États au moins dans le but d’instaurer des règles communes.

  • Le projet d’une Société des Nations (point 14) propose toutefois d’établir un multilatéralisme dans les relations internationales, un choix en rupture avec la tradition isolationniste américaine. Sur ce point, le Congrès ne suit pas Wilson : les États-Unis n’entendent pas encore se poser en « gendarme du monde ».

III. Une apologie du droit des peuples, partagée mais qui inquiète

  • Le point 5 sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est une des clés du discours ; il est compréhensible sous la plume d’un dirigeant, démocrate, d’une ancienne colonie qui a conquis son indépendance les armes à la main.

Info

Le corridor polonais fut à l’origine de l’agression allemande contre la Pologne en 1939.

  • Ce point crée toutefois des risques de tensions, voire de conflits : avec les puissances européennes peu disposées à accorder l’indépendance à leurs colonies ; avec des populations dont les droits seraient « oubliés », les Allemands des Sudètes soumis aux Tchèques ou ceux du corridor polonais, par exemple ; avec des États dont les revendications territoriales ne seraient pas entendues, comme l’Italie privée de la Dalmatie et du port de Fiume au profit de la Yougoslavie (point 9).
  • De même, le projet d’une société internationale qui garantirait l’« intégrité territoriale aux petits comme aux grands États » (point 14) pose le risque de rapports tendus avec le monde, situation que les Américains ne sont pas prêts à assumer. La non-ratification du traité de Versailles en 1919 et la victoire, en 1920, des Républicains rassemblés autour du slogan America first en témoignent.

Conclusion

[Bilan] Produit de raisons idéologiques (le pacifisme de Wilson) et d’autres plus intéressées (le commerce) ou de circonstances (le drame du Lusitania), le document permet de comprendre les rapports de paix que le président américain veut tisser avec le monde ; il annonce le passage de l’isolationnisme à l’interventionnisme des États-Unis.

[Élargissement] En 1918, toutefois, cette mutation est loin d’être achevée. Il faudra attendre la victoire de 1945 pour que le pays assume ses responsabilités de grande puissance.