Les États-Unis et le monde à deux dates importantes de leur histoire : 1918 et 1941

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle L - Tle ES | Thème(s) : Les chemins de la puissance : les Etats-Unis et la Chine depuis 1918
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2013 | Académie : Antilles, Guyane
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les États-Unis et le monde à deux dates importantes de leur histoire : 1918 et 1941

Les chemins de la puissance

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Histoire

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Antilles, Guyane • Juin 2013

étude critique de documents

> Après avoir replacé les documents dans leur contexte respectif, montrez dans quelle mesure ils rendent compte de la politique étrangère des États-Unis d’Amérique à deux dates importantes de leur histoire : 1918 et 1941. Vous porterez un regard critique sur le document 1 en évoquant la portée de ce discours.

Document

Extraits du discours du président Woodrow Wilson devant le Congrès des États-Unis, le 8 janvier 1918

« […] Ce que nous exigeons dans cette guerre n’est donc rien de particulier pour nous-mêmes. Ce que nous voulons, c’est que le monde devienne un lieu sûr où tous puissent vivre, […] spécialement pour toute nation éprise de la paix, comme la nôtre, pour toute nation qui désire vivre librement de sa vie propre, décider de ses propres intuitions, et être sûre d’être traitée en toute justice et loyauté par les autres nations, au lieu d’être exposée à la violence et aux agressions égoïstes de jadis […].

C’est donc le programme de la paix du monde qui constitue notre programme. Et ce programme, le seul possible selon nous, est le suivant :

1 – Des conventions de paix, préparées au grand jour […].

2 – Liberté absolue de la navigation sur mer, en dehors des eaux territoriales […].

3 – Suppression, autant que possible, de toutes les barrières économiques, et établissement de conditions commerciales égales pour toutes les nations consentant à la paix et s’associant pour son maintien.

4 – Échange de garanties suffisantes que les armements de chaque pays seront réduits au minimum compatible avec la sécurité intérieure […].

9 – Une rectification des frontières italiennes devra être opérée conformément aux données clairement perceptibles du principe des nationalités […].

14 – Il faut qu’une société des nations soit constituée en vertu de conventions formelles ayant pour objet d’offrir des garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale aux petits comme aux grands États. » 

Source : Digithèque de matériaux juridiques et politiques de l’université de Perpignan.

Document

Photographie d’une réunion publique organisée par l’ « America First Committee », aux États-Unis en 1941


Traduction du texte : « Sauvez nos fils. Non aux convois [d’armements vers l’Europe]. Non à la guerre. Non à la mort de soldats américains. Rejoignez le comité America First. Aidez-nous dans notre combat. »

Note : L’ « America First Committee » (« Comité Amérique d’Abord ») fut fondé en 1940 pour s’opposer à l’hypothèse de l’entrée en guerre des États-Unis. Ce groupe de pression organisa notamment de nombreux meetings et aurait compté jusqu’à 800 000 membres.

Lire la consigne

Le sujet porte sur les relations (le « et » de l’énoncé) qu’entretiennent les États-Unis avec le reste du monde au moment des guerres mondiales, autrement dit sur leur politique extérieure. Les années 1918 et 1941 renvoient au moment précis où le pays entreprend d’intervenir dans chacun des conflits, moment donc où il y a débat sur l’opportunité d’une telle intervention. S’il faut exposer les choix faits par les dirigeants et les expliquer par référence au contexte, il faut aussi présenter les arguments de leurs opposants (ce que suggère la présence du document 2). La consigne invite encore à porter un regard plus attentif sur le premier document afin d’en évaluer la portée, autrement dit ses conséquences. À l’aide de vos connaissances, vous devez préciser ce que le discours a produit, mais aussi ses limites ou ses échecs.

Analyser les documents

Le premier document est un discours officiel prononcé par le président des États-Unis Woodrow Wilson (le chef de l’exécutif) devant les représentants du peuple américain (le Congrès) qui ont seuls le pouvoir de ratifier les traités entre États. C’est un document important (événement) qui expose les 14 points justifiant la participation du pays à la Première Guerre mondiale. À ce titre, ils exposent les buts de guerre des États-Unis. Le second document traduit l’opinion d’une association de citoyens hostiles à l’entrée en guerre que prépare leur président (en août 1941, Franklin D. Roosevelt signe la charte de l’Atlantique, texte qui définit les buts de guerre anglo-américains).

Définir les axes de l’étude

La consigne impose trois opérations successives (soit trois parties) : la présentation des contextes (et des documents) qui peut se faire dans une introduction ; la présentation de la politique extérieure américaine mais aussi les critiques qu’elle suscite ; l’évaluation de la portée des 14 points de Wilson, ainsi que leurs limites.

Il ne faut surtout pas faire une étude successive des documents.

Corrigé

Confronter deux documents

1 Étudier deux documents, c’est d’abord les présenter ensemble plutôt que séparément en commençant par relever leurs points communs (ici, leur contexte de guerre et leur origine américaine) ; on soulignera ensuite les différences en mettant en évidence (si possible) celles qui les opposent (ici, pour ou contre l’intervention militaire).

2 Confronter, c’est aussi analyser ensemble. Même dans une approche antithétique, l’étude successive de chaque document est à éviter. À l’aide de la consigne, il faut construire un plan par thèmes, puis extraire de chaque document les réponses. Si ces réponses s’opposent, le débat historique est mis en évidence ; si elles se confortent, elles permettent d’expliquer la situation.

3 La conclusion ne sera tranchée que si les deux documents vont dans le même sens. La confrontation, cependant, débouche généralement sur un propos nuancé ou la désignation du point de vue qui l’a emporté.

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Jeune nation en devenir, les États-Unis se trouvent confrontés dans la première moitié du xxe siècle à deux guerres mondiales. Dans le cadre de celles-ci, leur aide est sollicitée, au risque de compromettre leur isolationnisme traditionnel. Sur ce point, les deux documents permettent d’analyser les points de vue d’Américains en 1918 et 1941, moment où s’est décidée l’entrée des États-Unis dans ces guerres. Chacun de ces documents expose les raisons pour lesquels le pays doit ou non intervenir. Ils ne sont, toutefois, pas de même portée. Le premier expose les 14 points que fixe le président des États-Unis Woodrow Wilson pour justifier sa décision d’aider les Alliés lors de la Première Guerre mondiale. C’est un document officiel. Daté de 1941, le second présente l’opinion d’une association de citoyens hostiles à l’intervention armée. En quoi ces documents reflètent-ils les hésitations politiques d’une puissance émergente ?

I. Une politique d’intervention contestée

  • En 1914 comme en 1939, les présidents Wilson et Roosevelt estiment nécessaire d’intervenir aux côtés des Alliés. Les intérêts économiques et financiers du pays les y poussent. Soucieux de convaincre ses compatriotes, Wilson justifie sa décision d’entrer dans la guerre par la nécessité de défendre la paix Il met aussi en avant des principes auxquels les Américains sont attachés : la liberté d’entreprendre (points 2 et 3), le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (« principe des nationalités », point 9), la transparence démocratique (points 1 et 4). Ces objectifs se retrouvent 23 ans plus tard dans la charte de l’Atlantique.
  • Les Américains sont disposés à aider les démocraties dans leur combat contre les régimes autocratiques ou totalitaires ; mais, attachés à leur isolationnisme traditionnel, beaucoup refusent l’intervention militaire qui engagerait la vie de nombreux jeunes gens sur les champs de bataille. En 1941, le souvenir des morts de la Première Guerre mondiale pèse sur les esprits ; s’y ajoute la rancœur envers des Européens qui n’ont pas payé leurs dettes lors de la crise des années 1930.

Les présidents américains assument les responsabilités que leur impose la puissance ; mais en 1920, le Congrès contrarie Wilson.

II. Une remise en cause qui affaiblit le projet wilsonien

  • Le discours de Wilson a servi de base à la négociation des traités de paix en 1919. Les rectifications territoriales préconisées ont été suivies. La France a récupéré l’Alsace-Lorraine, la Pologne a été restaurée avec un accès à la mer conformément au principe d’égalité des nations en matière de « conditions commerciales » (point 3), une Yougoslavie a été créée conformément au point 9. Prévue par le point 14, une Société des Nations a vu le jour.
  • Mais pour des raisons tant diplomatiques que techniques, toutes les conditions n’ont pas été respectées. Wilson est en outre désavoué par le Congrès qui refuse de ratifier le traité de Versailles au prétexte de la SDN qui aurait contraint le pays à s’engager dans des conflits qui leur étaient étranger. Cette attitude reflète les contradictions d’une Amérique hésitante et affaiblit d’emblée l’organisation internationale mise en œuvre par son président.

Conclusion

Entre 1900 et 1950, les États-Unis ont changé de statut et appris à assumer leurs responsabilités de grande puissance ; mais il a fallu deux guerres mondiales pour que les Américains renoncent à l’isolationnisme.