Les États-Unis et le monde en 1990

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : Les chemins de la puissance : les Etats-Unis et la Chine depuis 1945
Type : Analyse de document | Année : 2014 | Académie : Sujet zéro
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les États-Unis et le monde en 1990
 
 

Les chemins de la puissance

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HISTOIRE

5

CORRIGE

 

Sujet zéro

analyse de document

> Après avoir rappelé le contexte dans lequel George Bush prononce son discours, expliquez sur quels principes doit se fonder, selon lui, le nouvel ordre du monde. Mettez en évidence les limites de ce discours en montrant que ce nouvel ordre mondial est mis au service des intérêts politiques et économiques des États-Unis.

Document

Discours du président des États-Unis George Bush au Congrès, le 11 septembre 1990

Nous sommes réunis ce soir, témoins dans le golfe Persique d’événements aussi significatifs qu’ils sont tragiques. Aux premières heures du 2 août, à la suite de négociations et après que le dictateur irakien Saddam Hussein eut promis de ne pas recourir à la force, une puissante armée irakienne envahit son voisin nullement méfiant et beaucoup plus faible, le Koweït. En l’espace de trois jours, cent vingt mille soldats irakiens et huit cent cinquante chars avaient déferlé sur le Koweït, et marchaient vers le sud pour menacer l’Arabie Saoudite. C’est à ce moment-là que je décidai de contrecarrer l’agression. […]

Ce soir, je veux vous parler de ce qui est en jeu, de ce que nous devons faire ensemble pour défendre partout les valeurs du monde civilisé et pour maintenir la force économique de notre pays.

Nos objectifs dans le golfe Persique sont clairs, précis et bien connus. […] Ces objectifs ne sont pas seulement les nôtres. Ils ont été approuvés par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies à cinq reprises ces cinq dernières semaines. La plupart des pays partagent notre volonté de faire respecter les principes. Et un grand nombre d’entre eux ont intérêt à ce que la stabilité règne dans le golfe Persique. Ce n’est pas, comme Saddam Hussein le prétend, les États-Unis contre l’Irak. C’est l’Irak contre le monde. Comme vous le savez, je viens d’avoir un entretien très fructueux avec le président de l’URSS, M. Mikaïl Gorbatchev. Je suis content que nous œuvrions de concert en vue d’établir de nouvelles relations. […] Il est clair qu’aucun dictateur ne peut plus compter sur l’affrontement Est-Ouest pour bloquer l’action de l’ONU contre toute agression. Un nouveau partenariat des nations a vu le jour. […]

Aujourd’hui, ce nouveau monde cherche à naître. Un monde tout à fait différent de celui que nous avons connu. Un monde où la primauté du droit remplace la loi de la jungle. Un monde où les États reconnaissent la responsabilité commune de garantir la liberté et la justice. Un monde où les forts respectent les droits des plus faibles. […]

Il s’agit du premier assaut contre le nouveau monde que nous recherchons, le premier test de notre détermination. Si nous n’avions pas réagi de manière décisive à cette première provocation, si nous n’avions pas continué à faire preuve de fermeté, ce serait un signal donné aux tyrans actuels et potentiels du monde entier. […] Les récents événements ont certainement montré qu’il n’existe pas de substitut au leadership américain. Face à la tyrannie, que personne ne doute de la crédibilité et du sérieux des États-Unis. Que personne ne doute de notre détermination.

Bibliothèque présidentielle du Musée George Bush,
College Station, Texas.

Lire la consigne

  • Le sujet porte sur une partie de la question au programme Les États-Unis et le monde depuis 1945.
  • La consigne vous invite à analyser le document proposé sous trois angles : en le replaçant d’abord dans son contexte historique, c’est-à-dire au lendemain de l’invasion du Koweït par l’Irak, à la fin de la guerre froide ; en mettant ensuite en évidence les principes d’un « nouvel ordre mondial » défendu par son auteur, le président des États-Unis George Bush ; en précisant enfin ses limites, qui tiennent à la défense des intérêts vitaux (politiques et économiques) des États-Unis.

Observer le document

Le document qui vous est proposé est un discours du président des États-Unis George Bush (en exercice de 1989 à 1993) devant le Congrès, c’est-à-dire la réunion de la Chambre des représentants et du Sénat. Il a été prononcé le 11 septembre 1990, un mois après l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein. En précisant la position des États-Unis, il y définit les principes d’un nouvel ordre mondial.

Définir les axes de l’analyse

  • Votre analyse vous amènera à répondre à la question suivante, en lien avec le libellé du sujet : comment les États-Unis envisagent-ils un nouvel ordre mondial à la fin de la guerre froide ?
  • Pour y répondre, vous pouvez suivre les pistes indiquées explicitement par la consigne : d’après vos connaissances, vous préciserez les éléments du contexte historique indispensables à la compréhension du document ; puis vous relèverez, en les expliquant, les principes sur lesquels l’auteur entend s’appuyer ; enfin, avec un regard critique, vous les mettrez en relation avec les enjeux vitaux qui concernent les États-Unis.
Corrigé

Les titres en couleur servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Présentation du document] Le document proposé est un discours prononcé par le président des États-Unis, George Bush, devant le Congrès le 11 septembre 1990, lors de la crise du Golfe déclenchée par l’invasion du Koweït par l’Irak un mois plus tôt. Dans ce texte, l’auteur expose les objectifs des États-Unis au Moyen-Orient et dans le monde.

[Problématique et annonce du plan] Nous l’analyserons en tentant de répondre à la question suivante : comment les États-Unis envisagent-ils un nouvel ordre mondial en 1990, c’est-à-dire à la fin de la guerre froide ? Pour ce faire, nous replacerons d’abord ce discours dans son contexte ; puis nous préciserons les grands principes de la politique extérieure des États-Unis avant d’en souligner les limites.

I. Un nouveau contexte international et régional

1. Une nouvelle détente

 

Info

Pour réussir ses réformes économiques, Mikhaïl Gorbatchev veut mettre fin à la course aux armements.

  • Depuis 1985, année de l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev, nouveau dirigeant de l’URSS, les relations Est-Ouest connaissent une nouvelle détente : l’affrontement laisse place à la coopération (« Comme vous le savez […] nouvelles relations. »).
  • Cette détente permet à l’ONU de retrouver des marges de manœuvre, car l’URSS cesse d’utiliser son droit de véto pour faire obstruction aux initiatives américaines au sein du Conseil de sécurité (« Il est clair […] toute agression. »).

2. Le Moyen-Orient sous tension

  • Depuis la fin de la guerre Iran-Irak (1980-1988), l’Irak est affaibli et endetté. Le 2 août 1990, son dirigeant, Saddam Hussein, fait envahir le Koweït voisin pour s’approprier ses ressources pétrolières et effacer la dette qu’il a envers lui (1er paragraphe) ; le 8 août, son territoire est annexé à celui de l’Irak.
  • À de multiples reprises, sous l’impulsion des États-Unis, le Conseil de sécurité de l’ONU exige sans succès le retrait des troupes irakiennes du Koweït (« C’est à ce moment-là […] agression. » ; « Ces objectifs […] principes. »). Face aux atermoiements de Saddam Hussein, les États-Unis préparent dès le 7 août une intervention militaire à laquelle ils cherchent à associer leurs alliés (« Que personne ne doute de notre détermination. »).

II. Les principes d’un nouvel ordre mondial

1. Le respect du droit international

 

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La référence à une autre partie du cours peut valoriser votre copie.

  • George Bush s’appuie sur les principes de la charte des Nations unies (1945), eux-mêmes inspirés des 14 points de Wilson (1918).
  • Il rappelle le respect de la souveraineté et de l’égalité entre États, bafouées par l’Irak aux dépens du Koweït (« […] une puissante armée […] le Koweït »).

2. Le respect de valeurs universelles

  • Comme en 1917 et en 1941, les États-Unis se prétendent investis d’une mission consistant à défendre dans le monde entier des valeurs fondamentales : la paix, la liberté, la justice (4e paragraphe), la démocratie (« Face à la tyrannie »).
  • À cette occasion, l’auteur oppose le « monde civilisé » incarné par les États-Unis et le monde de la barbarie incarné par l’Irak (« la loi de la jungle »).

3. La promotion du multilatéralisme

  • Selon George Bush, les États-Unis agissent de concert avec le reste de la communauté internationale (« La plupart des pays partagent notre volonté de faire respecter les principes. »).
  • C’est pourquoi ils s’appliquent à obtenir la validation du Conseil de sécurité de l’ONU, qui incarne cette communauté (« Ces objectifs […] dernières semaines. »).

III. La défense des intérêts politiques et économiques américains

1. Assumer le leadership mondial

  • L’affaiblissement politique et économique de l’URSS dans la seconde moitié des années 1980 conduit les États-Unis à jouer seuls le rôle de « gendarmes du monde »  Les récents événements […] sérieux des États-Unis. »).
  • La crise du Golfe permet au président américain de démontrer à l’Irak et à ses alliés sa volonté d’assumer ce rôle géopolitique (« Que personne ne doute de notre détermination. »).

2. Sécuriser l’approvisionnement pétrolier

  • En 1990, les États-Unis restent très dépendants des États du golfe Persique pour leur approvisionnement en pétrole, sur lequel repose leur puissance économique (« pour maintenir la force économique de notre pays »).
 

Info

Depuis 1945, l’Arabie Saoudite exporte son pétrole vers les États-Unis en échange de leur protection militaire.

  • C’est pourquoi la stabilité du Moyen-Orient constitue pour eux une priorité majeure : l’invasion du Koweït par l’Irak leur est d’autant plus intolérable que l’Arabie Saoudite, leur principal fournisseur, semble elle-même menacée (« En l’espace de trois jours […] agression. »).

Conclusion

[Réponse à la problématique] Ainsi, la fin de la guerre froide et la crise du Golfe constituent un contexte favorable qui permet aux États-Unis de définir les principes d’un nouvel ordre mondial, tout en défendant leurs intérêts vitaux au Moyen-Orient.

[Critique du document] L’intérêt historique de ce discours est de mettre en évidence l’affirmation de l’hyperpuissance américaine dans le monde de l’après-guerre froide. Cependant, il exprime un point de vue occidental qui entend imposer ses valeurs dans une région qui ne les partage pas complètement.