Les États-Unis et le monde selon Barack Obama

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Les chemins de la puissance : les Etats-Unis et la Chine depuis 1918
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2014 | Académie : Pondichéry
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les États-Unis et le monde selon Barack Obama
 
 

Les chemins de la puissance

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Histoire

13

CORRIGE

 

Pondichéry • Avril 2014

étude critique de document

> Indiquez dans quels domaines s’exerce la puissance mondiale des États-Unis selon le président Obama. Montrez que cette conception de la puissance témoigne des permanences et des évolutions des relations des États-Unis avec le monde depuis 1945.

Document

Discours du président Obama sur l’état de l’Union1, 24 janvier 2012, Washington (extraits)

« Il n’a pas un endroit au monde que je négligerai pour ouvrir de nouveaux marchés pour les produits américains. Et je ne resterai pas les bras croisés quand nos concurrents ne respectent pas les règles du jeu. Nous avons déposé des plaintes contre la Chine à un rythme près de deux fois supérieur à celui du gouvernement précédent […].

En mettant fin à la guerre en Irak, nous avons pu infliger des coups décisifs à nos ennemis. Du Pakistan au Yémen, les agents d’Al-Qaïda qui demeurent sont en fuite, et ils savent qu’ils ne peuvent pas se soustraire aux États-Unis d’Amérique. Grâce à cette position de force, nous avons commencé à mener la guerre en Afghanistan à sa fin. Dix milliers de nos soldats sont revenus au pays. Vingt-trois mille de plus seront rapatriés d’ici la fin de l’été. La passation de la responsabilité aux Afghans se poursuivra et nous forgerons un partenariat durable avec l’Afghanistan pour que ce pays ne soit plus jamais une source d’attaque contre l’Amérique.

Au moment où le flux de la guerre se retire, une vague de changement déferle sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, de Tunis au Caire, de Sanaa2 à Tripoli. […] Nous défendrons les droits et la dignité de toutes les personnes humaines – hommes et femmes ; chrétiens, musulmans et juifs. Nous soutiendrons les politiques qui favorisent l’émergence de démocraties solides et stables et de marchés ouverts, car la tyrannie ne fait pas le poids face à la liberté.

En outre, nous protégerons la sécurité des États-Unis contre ceux qui menacent nos citoyens, nos amis et nos intérêts. Regardez l’Iran. Grâce à la force de notre diplomatie, un monde naguère divisé sur la façon de gérer le dossier nucléaire iranien ne fait maintenant plus qu’un. Le régime est plus isolé que jamais ; ses dirigeants font face à des sanctions paralysantes, et tant qu’ils se déroberont à leurs responsabilités, cette pression ne fléchira pas […].

Le renouvellement du leadership3 américain se fait sentir sur toute la planète. Nos plus anciennes alliances en Europe et en Asie sont plus fortes que jamais. Nos liens avec les Amériques sont plus profonds. Notre attachement absolu – et je dis bien absolu – à la sécurité d’Israël se traduit par la coopération militaire la plus étroite de l’histoire entre nos deux pays. Nous avons fait clairement comprendre que les États-Unis sont une puissance dans le Pacifique […]. Des coalitions que nous avons forgées pour sécuriser le matériel nucléaire aux missions que nous avons menées contre la faim et la maladie, des coups que nous avons assénés à nos ennemis à la force immuable de notre exemple moral, l’Amérique est de retour. Quiconque vous dirait autrement, quiconque vous dirait que les États-Unis sont en déclin ou que notre influence s’est érodée, ne sait pas de quoi il parle […]. L’Amérique reste la nation qui est indispensable aux affaires mondiales […]. »

Source : version française disponible sur le site de l’ambassade des États-Unis en France.

1. Discours annuel de chaque président américain devant le Congrès.

2. Sanaa : capital du Yémen.

3. Dans ce texte, situation d’un État qui exerce une influence dominante sur le monde.

Lire la consigne

  • Avant de lire la consigne, n’oubliez pas d’analyser l’énoncé. C’est là que se situe le sujet, « les chemins de la puissance », à travers l’exemple des États-Unis. Le sujet ne couvre pas tout le programme. Partant de 1945, il exclut la période isolationniste des États-Unis (1918-1941).
  • La seconde phrase de la consigne propose la problématique : en quoi le texte témoigne-t-il de la conception américaine de la puissance ? La première phrase invite à recenser les domaines dans lesquels cette puissance s’exprime. Pour chacun, évaluez la continuité ou le changement qui s’opère. Deux contextes sont à prendre en considération : la guerre froide (1947-1991) et l’après-guerre froide (1992-2012).

Analyser le document

De sensibilité démocrate, le président Obama est, en janvier 2012, au début de son second mandat. Le discours sur « l’état de l’Union » expose la politique qu’il entend mener. C’est un document officiel. Il permet de confronter son projet à l’œuvre de ses prédécesseurs et de l’évaluer en fonction du contexte international ou intérieur.

Organiser la réponse

La consigne invite à suivre un plan analytique. Les trois premiers paragraphes permettent d’identifier les domaines d’analyse : économique, militaire et politique. L’évaluation des évolutions se fera thème par thème. Sachant que la conception américaine de la puissance varie peu pendant la période, évitez l’approche antithétique.

Un domaine n’est pas évoqué dans le texte : le soft power. Essayez d’y faire allusion en termes de critique du document. Ce domaine peut se combiner avec chacun des autres. Le plan qui se dessine ainsi est le suivant :

I. Ouvrir de nouveaux marchés : le chemin économique de la puissance ;

II. Le retrait militaire du Moyen-Orient : un changement non significatif ;

III. Le soutien politique : une arme ancienne réactualisée.

 
Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

De 1945 à 2012, les États-Unis ont fait figure de grands rivaux de l’URSS, puis de puissance hégémonique après la chute de celle-ci en 1991. Dans quels domaines cette puissance s’est-elle exercée ?

 

Info

Président des États-Unis de 2008 à 2012, Barack Obama est réélu fin 2011 pour un second mandat de quatre ans (2012-2016).

À l’aube de son second mandat (janvier 2012), Barack Obama, président de sensibilité démocrate, prononce le discours sur l’état de l’Union dans lequel il expose, sur la base de son propre bilan, la politique qu’il entend poursuivre. En quoi son propos témoigne-t-il des permanences et des évolutions des relations des États-Unis avec le reste du monde ?

 

Conseil

L’annonce du plan n’est pas obligatoire en étude de document. Si vous manquez de temps, vous pouvez ne pas la faire.

Pour mener cette évaluation, nous analyserons successivement les trois domaines exposés par l’orateur : la conquête de nouveaux marchés, le retrait militaire du Moyen-Orient et le soutien politique aux nouvelles démocraties.

I. Ouvrir de nouveaux marchés : le chemin économique de la puissance

  • Le premier domaine qu’évoque Obama (paragraphe 1) renvoie à la puissance économique. Il n’entend pas seulement aider à la libéralisation des marchés dans le monde (paragraphe 3), il veut « ouvrir de nouveaux marchés » aux entreprises américaines. Les États-Unis ont bâti leur puissance sur la base du capitalisme et de la liberté d’entreprendre. Croissance et développement leur ont apporté la richesse, celle qui leur a permis de financer le plus gros budget militaire mondial ou les laboratoires de recherche les plus innovants. L’arme économique est celle qu’ils utilisent avec succès depuis 1947 et le plan Marshall imaginé pour contenir l’impérialisme soviétique.
 

Conseil

L’étude critique du document consiste à extraire un passage du texte pour en discuter la validité en lui opposant des connaissances personnelles.

  • Obama exprime sa détermination contre les concurrents « qui ne respectent pas les règles du jeu ». Il dénonce la Chine (paragraphe 1). Cette référence aux règles peut surprendre de la part d’un pays dont les présidents républicains (R. Reagan, G. W. Bush) ont mené des politiques de déréglementations. Mais il ne faut pas y voir un changement car, au nom du libéralisme, les États-Unis luttent toujours contre les pays qui protègent leurs marchés, comme l’Union européenne par exemple.
 

Info

Le concept de soft power évoque la capacité d’un pays à séduire les autres États sans avoir à user de sa force ou de la menace. Cette capacité repose sur ses moyens de communication, l’attractivité de sa culture et son rayonnement scientifique.

  • Le soft power américain renforce cette puissance par l’exportation des modèles de consommation et des produits associés, ou la diffusion d’informations servant les intérêts des entreprises américaines.

II. Le retrait militaire du Moyen-Orient : un changement non significatif

  • Le président Obama évoque le retrait américain d’Irak ou d’Afghanistan (paragraphe 2) et sa préférence pour « la force de la diplomatie » (paragraphe 4). Il se pose ainsi à l’opposé de l’interventionnisme du président Bush (2001-2008).
  • Ce changement est à relativiser. Depuis 1945, les États-Unis disposent d’une puissance militaire sans égale. Véritable « gendarme du monde » disposant de bases sur tous les continents, ils sont le seul pays capable d’intervenir dans toutes les régions du monde. Ils ne s’en sont jamais privés au temps de la guerre froide (guerre de Corée ou du Vietnam) ; moins encore après la disparition de l’URSS en 1991 (guerres du golfe, d’Irak, en Afghanistan).
  • En réaffirmant sa détermination contre l’Iran (paragraphe 4), sa volonté de renforcer les « anciennes alliances » (l’OTAN, l’OTASE ou avec Israël) et sa référence à la capacité d’action dans le Pacifique (paragraphe 5), Obama inscrit son action dans la continuité de ses prédécesseurs. Si l’un des pays du Moyen-Orient redevenait « source d’attaques contre l’Amérique », les États-Unis retrouveraient assez vite la voie de l’action militaire.

III. Le soutien politique, une arme ancienne réactualisée

 

Info

On peut citer le cas de Haïti, aidé par les Américains après le tremblement de terre de 2010, une aide critiquée parce qu’elle leur aurait permis de prendre le contrôle de l’île.

  • À travers l’exemple des révolutions arabes (paragraphe 3), Obama plaide pour un soutien politique aux peuples qui défendent la démocratie et le libéralisme. Cette action peut prendre des formes multiples : soutien diplomatique, aides économiques, accords de coopération technique ou culturelle, voire missions « contre la faim et la maladie » à titre humanitaire.
  • Tous ces outils pacifiques, renforcés par le soft power, tissent des liens qui consolident les positions des États-Unis dans tous les domaines où ils sont déjà dominants. Ils permettent d’isoler leurs ennemis sur la scène internationale. Obama cite le cas de l’Iran (paragraphe 4). Celui-ci rappelle celui de Cuba qui subit ce genre de pression depuis 1962. Si cette méthode a l’avantage d’être moins décriée parce que moins brutale, la survie du régime castriste en définit les limites.

Conclusion

La puissance des États-Unis de 1945 à nos jours s’appuie sur une détermination constante de ses dirigeants à défendre les intérêts nationaux dans tous les domaines. En affirmant que son pays est « indispensable » et en reprenant la formule « America is back » (paragraphe 5) chère au président républicain Reagan, Obama inscrit son action dans la continuité de ses prédécesseurs. La fin de la guerre froide a conduit le pays à s’adapter à de nouvelles concurrences (les pays émergents) ou menaces (le terrorisme), mais les États-Unis n’entendent pas quitter les chemins qui les ont placés au sommet des nations.