Les États-Unis et le monde selon Ronald Reagan

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle S | Thème(s) : Les chemins de la puissance : les Etats-Unis et la Chine depuis 1945
Type : Analyse de document | Année : 2016 | Académie : Antilles, Guyane

 

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Antilles, Guyane • Septembre 2016

analyse de document

Les États-Unis et le monde selon Ronald Reagan

Présentez le document. Indiquez quelle image Ronald Reagan veut donner des États-Unis et quels arguments il emploie. Mettez en évidence les limites de son propos.

document Discours de Ronald Reagan devant l’Assemblée générale des Nations unies

Monsieur le Secrétaire général, Monsieur le Président, éminents délégués, Mesdames et Messieurs,

[…] Notre politique étrangère, comme l’a dit un jour le président Eisenhower, « n’est pas difficile à présenter. Nous sommes en faveur de la paix avant tout ». […] À ceux qui remettaient en cause la véracité de ces paroles, il leur disait, permettez-moi de le signaler, qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous étions la seule puissance industrielle intacte au monde. Notre suprématie militaire était incontestable. Nous maîtrisions l’atome, et nous avions la capacité de déclencher sa puissance destructrice n’importe où dans le monde. En bref, nous aurions pu parvenir à une domination mondiale, mais cela était contraire au caractère de notre peuple. Au lieu de cela, nous avons écrit un nouveau chapitre de l’histoire de l’humanité.

Nous avons utilisé notre puissance et notre richesse pour reconstruire les économies du monde ravagées par la guerre, aussi bien de l’Est que de l’Ouest, y compris les nations qui avaient été nos ennemies. Nous avons pris l’initiative de créer des institutions internationales telles que ces Nations unies, où des dirigeants de bonne volonté pourraient se rassembler pour construire des ponts pour la paix et la prospérité.

L’Amérique n’a pas d’ambitions territoriales. Nous n’occupons pas de pays, et nous n’avons pas bâti de murs pour enfermer notre peuple. […]

Les États-Unis ont pris part à quatre guerres au cours de ma vie. Dans chacune, nous avons lutté pour défendre la liberté et la démocratie. Nous n’avons jamais été les agresseurs. La force de l’Amérique et, oui, sa puissance militaire ont été une force pour la paix, non pour la conquête ; pour la démocratie, non pour le despotisme ; pour la liberté, non pour la tyrannie. […]

À l’ère nucléaire, les principales puissances portent une responsabilité particulière pour apaiser ces sources de conflits, et pour s’abstenir de toute agression. Et c’est pourquoi nous sommes si profondément préoccupés par la conduite de l’URSS. […] Les guérillas et les terroristes soutenus par l’URSS sont à l’œuvre en Amérique centrale et du Sud, en Afrique, au Moyen-Orient, dans les Caraïbes et en Europe, violant les droits de l’homme et déstabilisant le monde par la violence. […]

La décennie de la soi-disant Détente a vu l’URSS accroître sa puissance militaire comme jamais dans l’histoire. […] Mon pays a appris une dure leçon durant ce siècle : qu’à elles seules, des paroles ne peuvent enrayer le fléau de la tyrannie. C’est pourquoi nous nous sommes lancés dans un effort de renouveau de notre force, qui s’était dangereusement affaiblie. Nous refusons de devenir plus faibles pendant que des adversaires potentiels restent engagés dans leurs aventures impérialistes.

Extraits du discours de Ronald Reagan devant l’Assemblée générale des Nations unies, à l’occasion d’une session spéciale consacrée au désarmement, 17 juin 1982.

Source : Ronald Reagan Presidential Library.

Les clés du sujet

Lire la consigne

La consigne vous invite d’abord à présenter le document, ce que vous ferez en introduction en soulignant l’importance du contexte historique.

Elle vous demande ensuite de préciser l’image que l’auteur veut donner de son pays en indiquant les arguments qu’il utilise. À cette occasion, vous mettrez en évidence l’objectif du discours de Ronald Reagan.

Enfin, elle vous invite à faire preuve d’esprit critique en soulignant les limites de son argumentation.

Observer le document

Le document est un discours du président des États-Unis Ronald Reagan, peu de temps après son entrée en fonctions, prononcé devant l’Assemblée générale des États-Unis le 17 juin 1982.

Dans un contexte de reprise des tensions entre les États-Unis et l’URSS, il aborde la question du désarmement. À cette occasion, il rappelle le rôle international des États-Unis depuis 1945.

Définir les axes de l’analyse

Pour construire votre plan d’analyse, vous devez prendre en compte la logique de l’argumentation de l’auteur : pourquoi, au début des années 1980, les États-Unis doivent-ils se réarmer ? Pourquoi, cependant, ne menacent-ils pas la paix mondiale ?

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleur servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

Définition

La « guerre fraîche » désigne la reprise des tensions entre les États-Unis et l’URSS entre 1975 et 1985.

[Présentation du document] Le document proposé est un discours du Président américain Ronald Reagan prononcé devant l’Assemblée générale des Nations unies le 17 juin 1982, au début de son mandat et durant la « guerre fraîche ». Lors d’une session consacrée au désarmement, il défend la nécessité pour les États-Unis de se réarmer.

[Problématique et annonce du plan] Comment le Président des États-Unis justifie-t-il le réarmement de son pays ? Pour répondre à cette question, nous présenterons d’abord l’affaiblissement relatif de la puissance américaine au début des années 1980 puis son rôle dans les relations internationales à partir de 1945.

I. L’affaiblissement de la puissance américaine au début des années 1980

1. L’expansion soviétique dans le monde

Dans les années 1970, la puissance américaine est affaiblie par la défaite au Vietnam, le choc pétrolier de 1973 et la perte d’un allié précieux, le shah d’Iran, renversé par la révolution islamique de 1979.

Info

Confrontés à une forte résistance soutenue par les États-Unis, les Soviétiques évacuent l’Afghanistan en 1988.

L’Union soviétique profite de ce recul américain pour étendre son influence dans le monde (« Les guérillas… la violence. ») : au Nicaragua, une guérilla marxiste renverse le dictateur Somoza soutenu par les États-Unis en 1976 ; à partir de 1975, des régimes communistes s’implantent en Afrique, comme en Angola et au Mozambique ; en 1979, l’Armée rouge envahit l’Afghanistan.

2. Le repli américain

Info

En raison de la reprise des tensions entre les deux superpuissances, les accords SALT II ne sont pas ratifiés par le Congrès américain.

Selon l’auteur, la puissance militaire des États-Unis s’est affaiblie au cours des années 1970 (« notre force… affaiblie »). Implicitement, il remet en cause les traités de limitation des armements signés avec l’URSS (SALT I en 1972, SALT II en 1979).

D’après lui, les États-Unis seraient restés passifs face au renforcement de la puissance soviétique (« Mon pays… tyrannie. »). Il vise sans doute l’administration de son prédécesseur Jimmy Carter, attaché à la défense des droits humains.

II. Les États-Unis, garants de la stabilité internationale

1. Des valeurs universelles…

Pour Ronald Reagan, le monde n’a pas à s’inquiéter d’un réarmement américain, car la politique étrangère des États-Unis est guidée par la défense de valeurs universelles : la paix, la démocratie, la liberté (« La force de l’Amérique… la tyrannie. »).

Gagnez des points !

Cette remarque vous permet de souligner une limite idéologique du propos de l’auteur.

Il s’agit d’une vision manichéenne des relations internationales durant la guerre froide : le bien serait incarné par les États-Unis ; le mal par l’URSS (« L’Empire du mal »).

2. …défendues par la puissance américaine

Dans les deux premiers paragraphes, Ronald Reagan rappelle le rôle majeur des États-Unis dans la reconstruction politique (la fondation de l’ONU) et économique du monde (le plan Marshall) après 1945.

Il rappelle également leur participation aux conflits du xxe siècle (guerres mondiales, guerre de Corée, guerre du Vietnam) « pour défendre la liberté et la démocratie ». Pour les guerres de Corée et du Vietnam, cette affirmation est sujette à caution puisqu’il s’agissait surtout d’endiguer l’expansion communiste.

Il dénonce aussi l’impérialisme soviétique en évoquant la construction du mur de Berlin (« nous n’avons pas bâti… notre peuple ») et l’invasion de l’Afghanistan (« nous n’occupons pas de pays »). Il passe sous silence l’impérialisme américain en Amérique latine caractérisé par le soutien aux dictatures militaires.

Conclusion

[Réponse à la problématique] Ainsi, Ronald Reagan justifie le réarmement des États-Unis en soulignant l’affaiblissement de la puissance américaine au début des années 1980 et le rôle essentiel des États-Unis dans la paix mondiale depuis 1945.

[Critique du document] L’intérêt de ce document est de nous rappeler les objectifs de la politique extérieure américaine durant la seconde moitié du xxe siècle. Cependant, en diabolisant l’adversaire soviétique, il nous donne une vision biaisée de cette politique.