Les flux d’investissements directs étrangers

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Des cartes pour comprendre le monde
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2014 | Académie : Inédit
 
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les flux d’investissements directs étrangers
 
 

Des cartes pour comprendre le monde

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Géographie

31

CORRIGE

 

Sujet inédit

étude critique de document

> En quoi ce document permet-il d’approcher la complexité du monde actuel sur le plan géoéconomique ? Quel regard critique peut-on porter sur ce document ?

Document

Les flux d’investissements étrangers


 

Lire la consigne

  • Le sujet traite de la première partie du programme, « Des cartes pour comprendre le monde ». Il restreint l’étude à la dimension géoéconomique. Dans ce cas, il est clair que la mondialisation est le thème central, à travers les flux d’investissements des transnationales.
  • La consigne demande spécifiquement de procéder à une analyse critique de ce document. Mais même dans les cas où elle ne le précise pas, vous devez le faire.

Analyser le document

  • Le document est constitué de deux cartes en points proportionnels qui permettent de comparer les flux d’IDE entre 1992 et 2012. Les investissements directs étrangers sont des mouvements de capitaux internationaux réalisés par des entreprises transnationales. Ces capitaux permettent d’acheter des entreprises étrangères, de créer ou développer des filiales. Ces IDE sont un instrument privilégié de la mondialisation.
  • Il faut noter que ces flux de capitaux sont mesurés en dollars US courants : or, le dollar s’est déprécié entre ces deux dates, d’environ 50 %. Autrement dit, 100 $ investis en 1992 équivalent à peu près à 150 $ investis en 2012.
  • Enfin, la lecture de la légende nous apprend que les flux de moins de 500 millions de dollars n’ont pas été représentés, afin de gagner en lisibilité. La taille des cercles est identique, ce qui permettra de comparer directement les cartes. Attention aux unités : 1 000 signifie 1 000 millions, donc 1 milliard de dollars.

Définir les axes de l’étude

  • Ces cartes permettent de comparer les années, les IDE globaux et leur distribution régionale, qu’il faudra décrire et expliquer. Il sera probablement plus souple d’intégrer dans chaque partie des éléments de critique du document plutôt que d’en faire une partie séparée.
  • Un premier axe présentera la poussée de la mondialisation. Une deuxième partie analysera l’évolution de la distribution régionale des IDE. Une troisième partie évoquera l’évolution du capitalisme financier révélée par ces cartes.
Corrigé

Ce corrigé est rédigé sous la forme d’un plan détaillé. Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] On ne voit souvent la mondialisation qu’à travers les délocalisations. Celles-ci ne sont pourtant que l’infime partie d’un phénomène plus vaste : les investissements réalisés sur la planète par les firmes transnationales, acteurs privilégiés d’un capitalisme mondialisé.

[Présentation du document] Le document est composé de deux cartes en points proportionnels, qui décrivent les flux d’investissements directs étrangers (IDE) dans le monde en 1992 et 2012. La légende commune, exprimée en millions de dollars américains (US$) courants, permet de comparer directement les deux cartes. Les deux dates n’ont pas été choisies au hasard : 1992 est la première année après la disparition de l’URSS et le triomphe mondial du capitalisme ; 2012 est la dernière année disponible auprès de la CNUCED. Cette comparaison de la répartition mondiale des IDE permet de faire une lecture géoéconomique de l’organisation du monde actuel.

 

Conseil

Évitez autant que possible les annonces éléphantesques, du style « dans une première partie, nous verrons que… ». Concentrez-vous sur les idées et leur progression au long de votre devoir.

[Annonce du plan] L’étude du document montre clairement le fait majeur qu’est la poussée de la mondialisation. Cette poussée se réalise de façon différenciée, rebattant les cartes de l’organisation du monde. Le capitalisme financier a en effet des lois qui se traduisent dans l’espace mondial.

I. La poussée et la diffusion de la mondialisation

1. L’explosion globale des IDE

La comparaison des deux cartes fait apparaître un phénomène massif : l’explosion, en vingt ans, du volume des IDE. Autant la carte de 1992 paraît presque vide, autant celle de 2012 se remplit de points dont les proportions ont été multipliées par 10. Les États-Unis passent de 19 milliards (Mds) à 167 Mds, le Royaume-Uni de 15 à 62 Mds, la Chine de 11 à 121 Mds !

2. La diffusion mondiale des IDE

Mais cette explosion globale se double d’un phénomène encore plus important : la diffusion mondiale des IDE. Réservés en 1992 à quelques pays d’Amérique, d’Europe et d’Asie orientale, les IDE dépassent 500 M US$ dans presque tous les pays du monde. Toutes les sous-régions sont à présent concernées : l’Amérique centrale, l’Asie centrale et du Sud, et même l’Afrique.

3. Une nuance : la mesure en dollars courants

 

Conseil

Essayez toujours de faire une phrase de transition qui permet de lancer la partie suivante en montrant les liens logiques qui les unissent.

Un élément d’ordre monétaire doit cependant modérer quelque peu cette impression : les documents sont exprimés en dollars courants et non en dollars constants. Il faut donc tempérer l’explosion des IDE d’un coefficient d’érosion monétaire qu’on peut estimer à 50 %. Cela ne fait cependant que modérer l’explosion et la diffusion mondiales des IDE.

[Transition] Reste à en analyser la répartition et à comprendre quelle organisation du monde en découle.

II. Le déclin de l’Occident et l’essor des émergents

1. Les investissements au Nord

 

Conseil

Ne récitez pas simplement les chiffres lisibles sur le document : traduisez-les en pourcentages ou en multiplicateurs qui leur donneront du sens et faciliteront les comparaisons.

Les investissements dans les pays du Nord ont beaucoup augmenté, mais de façon différenciée. Si les États-Unis ont vu les flux d’IDE presque multipliés par 9, conservant ainsi leur premier rang mondial et leur rôle leader dans la mondialisation, les pays européens connaissent des fortunes moins évidentes : les IDE sont multipliés par 4 au Royaume-Uni, mais seulement par 2 en Espagne, et n’augmentent que de 40 % en France (2e au 16e rang). Ce n’est pas, comme au Japon, un problème d’ouverture aux capitaux étrangers. La faiblesse relative de la croissance des IDE réside plutôt dans la faiblesse de la croissance et les rigidités des économies de l’UE : le capital est manifestement mieux employé et plus rentable ailleurs.

2. L’émergence et ses réalités capitalistiques

Les pays émergents sont les grands gagnants. Les flux de 2012 ont explosé par rapport aux chiffres de 1992, notamment chez les BRIC : multiplication par 11 pour la Chine, par 17 pour la Russie, par 20 pour l’Inde, par 22 pour le Brésil. La Chine est devenue la 2e destination mondiale, le Brésil la 4e, la Russie la 9e, l’Inde la 15e. Les IDE concernent même les lions de la croissance africaine : l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Mozambique.

3. Pourquoi il faut nuancer le déclin du Nord

Le déclin de l’Occident est manifeste. Il faut cependant le nuancer. D’abord, parce que les États-Unis conservent la première place dans la mondialisation ; ensuite parce que ces cartes sont des cartes de flux, qui ne rendent pas compte de l’historique et que les stocks d’IDE accumulés par les pays occidentaux sont encore considérables ; enfin, parce qu’une bonne part des IDE réalisés le sont par des firmes transnationales d’origine occidentale.

[Transition] Ces firmes ont fait du monde leur terrain de jeu, un jeu qui comporte des règles lisibles sur les documents.

III. Les lois du capitalisme financier mondialisé

1. La recherche de la croissance

La première loi est la recherche de la croissance, qui génère du profit. Les IDE se dirigent donc vers les pays connaissant les plus forts taux de croissance : les pays émergents. Cela explique les flux vers la Chine et l’Asie du Sud-Est, le Brésil et le Chili, la Turquie et l’Inde, comme vers les marchés en convergence d’Europe orientale. Les pays pétroliers reçoivent également des flux massifs : la Russie, le Kazakhstan, les pays du Golfe arabo-persique.

2. L’aversion au risque

 

Info

L’expression de marchés « frontières » vient de la finance. Elle désigne les marchés naissants, aux environnements juridiques incertains, aux risques-pays élevés mais aux perspectives prometteuses.

Les marchés « frontières » du continent africain attirent des capitaux, surtout les pays pétroliers (Nigeria, Égypte, Soudan). Mais les montants en jeu demeurent modestes. Les firmes transnationales manifestent en effet une certaine aversion au risque. L’entrée de l’Afrique dans la mondialisationvia les IDE est donc affaire de temps.

3. L’explosion des centres offshore

Quelques pays reçoivent des IDE parfois massifs, en fort développement depuis 1992. L’exemple le plus étonnant ? Les Îles Vierges britanniques, avec près de 65 Mds US$, soit le 5e rang mondial, autant que l’immense Brésil ! Ces pays sont en effet des centres financiersoffshore, dits « paradis fiscaux », qui permettent aux firmes transnationales de recycler des capitaux à peu de frais. Cette finance offshore explique également les IDE entrants au Luxembourg, à Singapour et à Hong Kong.

Conclusion

La comparaison de ces deux cartes permet ainsi d’évaluer l’intégration plus ou moins poussée des pays dans la mondialisation. L’organisation du monde vue selon une lecture géoéconomique montre les recompositions en cours : permanence des États-Unis, déclin de l’Europe, essor des émergents, marchés frontières d’Afrique, explosion des centres offshore. C’est donc un monde d’une grande complexité qui est donné à voir par ce document.