Les inégalités d'accès à Internet dans le monde

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES - Tle L | Thème(s) : Des cartes pour comprendre le monde
Type : Etude critique de document(s) | Année : 2017 | Académie : Pondichéry

Montrez que les deux documents sont complémentaires pour identifier les inégalités d’accès à Internet dans le monde. Confrontez-les pour mettre en évidence l’organisation géoéconomique du monde.

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Pondichéry • Avril 2017

étude critique de documents

Les inégalités d’accès à Internet

Document 1 Les internautes dans le monde

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Union internationale des télécommunications et Banque mondiale, 2015.

Document 2 Les vingt États qui concentrent le plus de personnes non connectées à Internet en 2013

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Banque mondiale, 2014. Carte réalisée d’après le rapport Les Obstacles à l’utilisation d’Internet dans le monde produit par le cabinet McKinsey & Co, octobre 2014.

Les clés du sujet

Lisez la consigne

La consigne est plutôt développée et tient en deux temps. Vous devez d’abord montrer « que les deux documents sont complémentaires pour identifier les inégalités d’accès à Internet dans le monde ». Vous devez ensuite confronter les deux documents « pour mettre en évidence l’organisation géoéconomique du monde ».

La problématique paraît simple : dans quelle mesure les inégalités d’accès à Internet rendent-elles compte de l’organisation géoéconomique du monde ? Pourtant, l’analyse des documents montre que ce lien, évident au premier abord, est moins simple lorsque l’on y regarde de plus près.

Analysez les documents

Les données des deux documents datent de 2013 et 2014 et émanent de deux organisations internationales du système des Nations unies : la Banque mondiale et l’Union internationale des télécommunications. Notez que le document 2 a été construit à partir du rapport d’un grand cabinet de conseil international, McKinsey & Co. Ce sont donc des sources fiables, qui permettent de centrer le propos sur l’analyse des données et non sur l’engagement des auteurs.

Le document 1 est une carte en anamorphose : la surface des pays du monde a été déformée en fonction du nombre d’internautes par pays. Les surfaces ont été complétées d’aplats de couleurs qui indiquent la part des internautes dans la population.

Le document 2 semble le miroir du précédent : la carte montre en effet les 20 États qui concentrent le plus de personnes non connectées à Internet.

Définissez les axes de l’étude

Même si la consigne y invite, il paraît malhabile de diviser l’étude dans les deux temps indiqués : l’analyse des inégalités risque simplement de confirmer la grille de lecture géoéconomique du monde que vous connaissez, entraînant une bonne part de répétitions.

On pourrait, plutôt, montrer d’abord en quoi les inégalités d’accès à Internet recouvrent largement les divisions géoéconomiques classiques du monde actuel, avant de souligner dans un deuxième temps les limites mais aussi les apports cachés des documents qui permettent de nuancer et de compléter cette approche.

Corrigé

Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] Il y a un demi-siècle, Marshall McLuhan lançait l’expression qui l’a rendu célèbre : le « village global ». La réalité de ce « village global » reste toutefois nuancée et c’est ce que tendent à montrer les deux documents.

[Présentation et problématique] Leurs données, de 2013 et 2014, émanent de deux organisations internationales du système des Nations unies : la Banque mondiale et l’Union internationale des télécommunications. Le document 1 est une carte en anamorphose : la surface des pays du monde a été déformée en fonction du nombre d’internautes par pays, puis colorée selon la part des internautes dans la population des États. Le document 2 montre les 20 États qui concentrent le plus de personnes non connectées à Internet. Dans quelle mesure ces deux cartes sur les inégalités d’accès à Internet rendent-elles compte de l’organisation géoéconomique du monde ?

[Annonce du plan] En première analyse, les inégalités d’accès à Internet recouvrent largement les divisions géoéconomiques classiques du monde actuel. Toutefois, malgré des limites évidentes, ces cartes permettent aussi de nuancer cette première approche.

I. Une organisation géoéconomique du monde classique

Conseil

Citez des données issues des documents.

Les pays du Nord se lisent dans la part des internautes dans la population (doc. 1). On distingue aisément les zones où cette proportion dépasse les trois quarts de la population : Amérique du Nord, Europe occidentale, Japon, Corée du Sud et Taïwan, Australie et Nouvelle-Zélande. Un autre Nord apparaît en retrait, avec 50 à 75 % de population connectée : l’Europe du Sud, balkanique et orientale, ainsi que la Russie (70,52 %).

Conseil

Vous pouvez aussi comparer l’Inde avec les États-Unis.

Dans le Sud émergent, malgré des pourcentages moyens à faibles, les deux États géants – Chine et Inde – déforment l’anamorphose de façon très sensible. Les 675 millions d’internautes chinois dépassent largement ceux de l’Union européenne. On retrouve le Sud émergent dans les aplats de couleurs : la part des internautes dans la population varie de 25 à 50 % dans l’essentiel de l’Amérique latine, de l’Asie du Sud-Est et plus encore dans les pays du Golfe.

Reste le Sud en retard, dont les pays les moins avancés (PMA). L’anamorphose de l’Afrique subsaharienne – qui rassemble 34 des 48 PMA – paraît atrophiée et sa valeur bien faible (moins de 25 %, avec par exemple 0,99 % en Érythrée !). L’image globale est certes un peu perturbée par les émergents africains. Mais au total ces PMA se lisent clairement sur le document 1, tant en données absolues que relatives, comme le montre l’autre région en retard, l’Asie du Sud (2,1 % au Myanmar).

Conseil

Terminez votre partie par une phrase de conclusion partielle, suivie d’une phrase de transition.

Ainsi, les inégalités d’accès à Internet nous donnent une vision classique de l’organisation géoéconomique du monde. Cependant, une analyse comparée plus poussée des deux documents vient nuancer ce tableau attendu.

II. Mais une vision à nuancer et compléter

Attention

Vous devez éclairer le document en apportant des connaissances tirées du cours.

Parmi les pays les mieux connectés du document 1, certains comptent également un grand nombre de personnes non connectées (doc. 2) : ainsi, Chine et Inde en rassemblent 1,8 milliard. Ce sont donc à la fois les pays qui comptent le plus d’internautes, et le plus de non-internautes. Plus étonnant encore, aux États-Unis, il y a 50 millions de personnes non connectées. Elles doivent être mises en relation avec les inégalités sociales : 50 millions, c’est à peu de chose près le nombre de pauvres outre-Atlantique. Dans le document 2 figurent des pays appartenant aux trois catégories de notre première analyse (pays du Nord, émergents et du Sud). Et ce document 2 totalise 3,246 milliards de personnes non connectées : on est loin du « village global » !

Relevons ensuite les limites des deux documents, qui ne permettent pas une étude toujours fine du phénomène. Ces cartes par pays excluent les analyses à l’échelle infranationale : pas question, dès lors, de mesurer les différences d’accès à Internet entre les régions urbaines et les régions rurales, entre les zones littorales et les zones intérieures.

Attention

On n’envisage ici que la liberté du consommateur, car le sujet porte sur l’organisation géoéconomique.

Enfin, il y a ce que les documents ne disent pas. Un internaute américain ou européen peut-il être comptabilisé comme un internaute indien ou chinois si l’on considère l’Internet comme un marché ? Si l’on pense l’Internet comme un espace d’expression, que dire des internautes chinois, dont les accès au Web sont surveillés par le pouvoir ? Sans même parler des situations en Iran, en Turquie, en Corée du Nord… Difficile, dans ces conditions, d’imaginer Internet comme un vaste marché où chaque internaute serait un consommateur libre de ses choix dans un espace géographique où la distance serait abolie.

Conclusion

Ces deux documents sont donc relativement complémentaires : ils permettent une analyse classique et une autre qui l’est moins des inégalités nationales dans l’accès à Internet. Si l’on retrouve globalement les catégories fondamentales de l’organisation géoéconomique du monde, avec des différences nettes entre Nord développé, Sud émergent et Sud moins avancé, il semble toutefois que ce prisme d’analyse est un peu trop grossier, du moins à l’échelle des documents présentés. De multiples questions se posent, qui font que la mesure chiffrée de l’accès à Internet est loin de rendre compte de la diversité des situations géoéconomiques.