Les médias français, l’opinion publique et la guerre d’Algérie, 1954-1962

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Annales corrigées
Classe(s) : Tle L - Tle ES | Thème(s) : Médias et opinion publique dans les grandes crises politiques en France depuis l'affaire Dreyfus
Type : Composition | Année : 2012 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les médias français, l’opinion publique et la guerre d’Algérie, 1954-1962

Médias et opinion publique

Corrigé

7

Histoire

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Sujet inédit

composition

Entrer dans le sujet

  • En temps de crise politique, l’État joue un rôle majeur dans le contrôle des médias pour défendre la politique menée. La guerre d’Algérie confirme cette règle, même si au cours du conflit, des médias nouveaux prennent une place de plus en plus grande.
  • Vous devez veiller à ne pas traiter séparément les différents éléments du sujet, mais à analyser leurs liens : quels sont les rapports entre les médias, l’opinion publique et le pouvoir (influences, soumission, émancipation…) et leur évolution au cours du conflit ?

Dégager la problématique

  • Une problématique pose un « problème » qui permet d’aborder un sujet selon un angle précis, pour conduire une démonstration.
  • La problématique découle de l’analyse des termes du sujet qui doit, dès l’introduction, poser le questionnement qui appelle une réponse développée et argumentée.
  • Comment le pouvoir utilise-t-il les médias face à l’opinion publique ? Comment les médias évoluent-ils au cours du conflit et comment évolue leur influence sur l’opinion, puis sur le pouvoir ?

Définir le plan

I. La « guerre sans nom » masquée par le pouvoir

II. Le rôle des médias dans l’éveil de l’opinion publique, entre censure et émancipation

III. De Gaulle et l’indépendance

Rappels

  • Pensez à replacer le nom de personnages historiques, des dates ou des faits notables dans toute composition d’histoire.
  • N’hésitez pas à valoriser et éclairer votre propos par des citations, qui doivent être placées impérativement entre guillemets.
  • Pour l’écriture des années, écrivez bien « années 1950 » ou « années cinquante », et non « années 50 ».
  • Le général de Gaulle s’écrit toujours avec un « d » minuscule, sauf lorsqu’il est placé en début de phrase.
Corrigé

Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie. Certains exemples doivent être développés à l’aide de vos connaissances.

Introduction

[Contexte et définition du sujet] Lorsqu’éclate la guerre d’Algérie en 1954, le gouvernement français pense pouvoir gérer la crise par la voie politique. Cependant, le conflit s’installe et il est bientôt question d’envoyer des appelés : l’opinion publique, concernée, s’intéresse progressivement à une guerre dont les différents médias français tentent de rendre compte.

[Présentation de la problématique et du plan] Comment le pouvoir utilise-t-il les médias face à l’opinion publique ? Comment les médias évoluent-ils au cours du conflit et comment évolue leur influence sur l’opinion, puis sur le pouvoir ?

La « guerre sans nom » masquée par le pouvoir

1. L’Algérie, un enjeu vital pour le pouvoir

  • Lors des attentats de la Toussaint rouge, le 1er novembre 1954, le gouvernement français, par la voix de son ministre de l’Intérieur François Mitterrand, rappelle la position ferme du pays : « L’Algérie c’est la France ! » Le pouvoir entend démontrer à l’opinion combien les deux rives de la Méditerranée sont et doivent rester liées.
  • Pour des raisons économiques d’abord : Marseille envoie 3 millions de tonnes de marchandises par an en Algérie ; un travailleur français sur huit travaille pour l’Algérie en 1954. Ces arguments sont souvent rappelés à travers les actualités cinématographiques.
  • Cette attitude s’explique aussi par le contexte international : la France perd l’Indochine la même année. Le président de la République René Coty déclare en 1957 lors de son voyage à Mulhouse : « Qu’on ne compte pas sur nous pour sacrifier de l’autre côté de la Méditerranée une autre Alsace-Lorraine. » Ces paroles sont reprises en chœur par tous les médias.

2. Quels médias pour informer l’opinion publique française ?

  • Les journaux sont le média de masse le plus important. Au milieu des années 1950, la grande presse quotidienne (France-Soir, Le Parisien libéré, Le Figaro) rassemble avec les quotidiens régionaux plusieurs millions de lecteurs. En complément, la presse hebdomadaire et les magazines sont les grands pourvoyeurs d’images. L’avènement du livre de poche au début des années 1950 confirme le rôle de l’écrit.
  • En 1958, les quatre principales radios qui émettent sur le territoire peuvent potentiellement s’adresser à 38 millions d’auditeurs.
  • La télévision se popularise au cours du conflit, mais reste minoritaire : 1 % des foyers sont équipés en 1954, 23 % en 1962. Les actualités cinématographiques jouent encore un rôle notable à la fin du conflit.

3. Des médias au service du pouvoir

  • Dans leur immense majorité, tous ces médias servent la propagande de l’État qui n’emploie jamais le terme de guerre, mais parle d’« événements » ou d’« opérations de pacification » pour ne pas alarmer l’opinion.
  • Les films des actualités cinématographiques et des journaux télévisés utilisent largement les images du SCA, le service cinématographique aux armées, illustrant l’optimisme officiel et montrant l’efficacité des opérations militaires, les redditions et les ralliements massifs.
  • Les médias rassurent également en filmant la vie qui continue ; à Alger, les actualités présentent le premier salon de la télévision en décembre 1956 ou encore l’inauguration d’un nouveau stade à Oran en mai 1957.

Le rôle des médias dans l’éveil de l’opinion publique, entre censure et émancipation

1. Le réveil progressif de l’opinion publique

  • En 1956, le gouvernement français envoie le contingent en Algérie : des milliers de familles françaises sont impliquées. Le sujet devient la préoccupation principale des journalistes et l’opinion se divise face à la politique du pouvoir en Algérie.
  • Les sondages IFOP montrent que les Français ne sont guère favorables au statu quo. Même si le Front de libération nationale (FLN), qui lutte pour l’indépendance de l’Algérie, est très peu populaire en France à cause des attentats, une partie de plus en plus grande des citoyens souhaite la négociation pour entrevoir l’issue d’un conflit qui n’en finit plus et dont les violences s’étendent à la métropole.

2. Répression et contrôle étroit

  • Contre les médias, l’État dispose de tout un arsenal de mesures. Il opère des saisies (L’Express, France-Observateur), mais les journaux reparaissent avec une notoriété souvent accrue.
  • Le pouvoir n’hésite pas à faire arrêter des journalistes, les gardes à vue servant à intimider. Il veut pousser la presse à s’autocensurer.
  • Les réunions et manifestations sur le sujet ne sont pas autorisées. En 1957, la censure interdit le film de Stanley Kubrick, Les Sentiers de la gloire, dont le scénario se déroule lors de la guerre de 1914, et dans lequel les cadres de l’armée apparaissent aussi lâches qu’ambitieux et cruels. Par conséquent, le parallèle avec la guerre d’Algérie est vite établi.

3. Des écrits pour dénoncer les crimes

  • Malgré la répression et la censure, des courageux brisent le silence. Dans L’Express, François Mauriac critique la politique répressive violente de Guy Mollet. France-Observateur est le premier à parler de « guerre d’Algérie ».
  • Dans son ouvrage, La Question, publié en 1958, Henri Alleg dénonce lui aussi la torture qu’il a subie de la part des militaires. Bien qu’interdit, le livre connaît un grand succès.

De Gaulle et l’indépendance

1. La grave crise politique de mai 1958

Le putsch d’Alger déstabilise le régime, déjà fragilisé par l’instabilité ministérielle. De Gaulle est rappelé au pouvoir en juin 1958 et met en place la ve République.

2. L’évolution de la position du pouvoir

À partir de 1960, il prône l’évolution du statut de l’Algérie. De Gaulle sait que l’indépendance est inéluctable et subit également la pression de l’opinion internationale, favorable à la décolonisation. Il a le soutien d’une grande partie de l’opinion publique, lassée, et des médias : Paris Match montre pour la première fois des photographies d’Algériens brandissant leur drapeau en décembre 1960. Cette ouverture n’empêche pas les répressions (17 octobre 1961).

3. Radio et télévision : la « voix de la France »

L’arrivée de de Gaulle au pouvoir n’a pas transformé l’approche du gouvernement à l’égard des médias : de Gaulle ne se prive pas d’utiliser les moyens les plus modernes. C’est en uniforme lors d’allocutions télévisées qu’il évoque l’« Algérie algérienne ». En 1961, lors du Putsch des généraux, c’est par la radio qu’il ordonne aux appelés de ne pas obéir au « quarteron de généraux en retraite » qui ont osé braver son autorité. La presse unanime suit la position du général. Les accords d’Évian sont signés en 1962 : l’Algérie est indépendante.

Conclusion

[Bilan et réponse à la problématique] La guerre d’Algérie apparaît ainsi comme une atteinte grave à la liberté de l’information, le pouvoir ayant largement utilisé les médias comme instrument de sa politique.

[Ouverture] Mais elle marque aussi un tournant dans l’histoire des relations entre les médias, l’opinion publique et le pouvoir : le développement de la radio et de la télévision à la fin du conflit est le prélude à l’ère de l’information instantanée qui prendra par la suite le pouvoir au dépourvu lors des graves crises politiques.