Les mouvements sociaux en France

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Intégration, conflit, changement social
Type : Raisonnement sur un dossier documentaire | Année : 2012 | Académie : Inédit
Unit 1 - | Corpus Sujets - 1 Sujet
 
Les mouvements sociaux en France

Intégration, conflit, changement social

Corrigé

40

Ens. spécifique

sesT_1200_00_48C

Sujet inédit

raisonnement • 10 points

> À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez comment les mouvements sociaux se sont transformés en France.

Document 1

Les organisations de masse ont subi au cours des années 80, en France comme dans l’ensemble des pays occidentaux, une importante érosion de leurs rangs. […] Les partis politiques ont accusé une chute du nombre d’adhérents, qui sont passés de 875 500 en 1982 à 628 000 dix ans plus tard. Ce déclin […] a nettement plus touché la gauche parlementaire tandis que les formations de droite et d’extrême droite, en croissance, le comblaient en partie. […]

Le mouvement est encore plus net pour les confédérations syndicales dont on estime qu’elles auraient perdu la moitié de leurs adhérents entre le milieu de la décennie 1970 et celui de la décennie ultérieure. Avec un taux de syndicalisation établi autour de 9 % de la population active aujourd’hui, qui masque un net clivage entre secteur public et secteur privé (8 % dans le privé, contre 26 % dans le public et parapublic), la France se trouve, là encore, la lanterne rouge des pays occidentaux. […] Au déclin quantitatif s’est ajouté un dépérissement de l’activité militante, en particulier des interventions de communication dirigées vers l’extérieur (tractage, collage, diffusion de la presse militante, porte-à-porte pour les adhérents des partis, renvoyant de la sorte l’image d’un engagement sans chaleur et accentuant le mauvais ancrage social des organisations. […]

Notre pays se trouve périodiquement secoué par des conflits sociaux d’envergure […]. Ce sont les grèves des cheminots (1986), des instituteurs (1987), des agents d’Air France et de la Snecma, des infirmières (1988), conduites hors contrôle syndical par des coordinations lors de la seconde moitié des années 80. […] C’est le mouvement des intermittents du spectacle de l’été 2003, la fronde des chercheurs du premier trimestre 2004, pour n’en citer que quelques-uns.

[…] L’émergence des groupes novateurs s’observe pour l’essentiel dans deux domaines. Celui de la question sociale tout d’abord, avec l’apparition à partir de 1988 des syndicats SUD (Solidaires, unitaires et démocratiques), […] ainsi que d’associations de « sans » : sans logement avec le DAL (Droit au logement) […], sans emploi avec le MNCP (Mouvement national des chômeurs et précaires) et AC ! (Agir ensemble contre le chômage), créé en 1993 à l’initiative de syndicalistes ; ce dernier groupe va jouer un rôle pivot entre les deux champs, syndical et associatif, notamment […] par une synthèse entre mouvement ouvrier et nouveaux mouvements sociaux.

Isabelle Sommier, « Une France protestataire ? »,
Sciences humaines, hors-série n° 46, automne 2004.

Document 2

Le nombre de journées de grève en France
de 1976 à 2004


Source : DARES.

Champ : Tous secteurs hors agriculture et fonction publique.

L'axe vertical indique le nombre de journées en milliers. 

Document 3

Participation des Français à diverses actions de 1981 à 2008 (en % des réponses)


Source : Enquête Arval sur les valeurs des Français, Alternatives économiques, hors-série n° 90, 4e trimestre 2011, p 69.

Entrer dans le sujet

Les mouvements sociaux désignent des actions collectives visant à transformer l’ordre social. Ils peuvent mobiliser des groupes sociaux, mais aussi des groupes à statut particulier. Ils se manifestent à l’occasion de conflits sociaux en rendant visibles les rapports de domination qu’ils contestent. L’affaiblissement de la contestation peut refléter une transformation profonde des mouvements sociaux, liée à l’évolution de la structure sociale.

Comprendre les documents

Document 1

  • Il dresse un bilan de l’évolution des mouvements sociaux en France. L’affaiblissement des organisations classiques (partis politiques et syndicats), d’abord avancé, correspond autant à une diminution sensible du nombre d’adhérents, qu’à une érosion de « l’intensité militante », qui s’accompagne d’une perte de légitimité dans la population.
  • Enfin, de nouvelles formes d’expression contestataires sont apparues depuis la fin des années 1980 : coordinations et autres mouvements débordant les syndicats, mouvements sociaux plus ou moins informels comme ceux des « sans ».

Document 2

Il permet de mettre en évidence une réduction tendancielle du nombre de jours de grève depuis le milieu des années 1970. Même si la base de calcul a été modifiée et que la fonction publique n’est pas prise en compte, des pics de contestation sont néanmoins observables.

Document 3

  • Il illustre la montée de nouvelles formes d’actions, reposant davantage sur une action individuelle, comme la signature d’une pétition ou le boycott. Le rôle du mouvement social est alors de coordonner les actions des individus, de les agréger pour qu’elles trouvent un écho plus important.
  • La manifestation reste une valeur sûre de la protestation, avec une pratique qui augmente.

Définir le plan

On structurera le raisonnement en deux parties traitant d’abord de l’affaiblissement des mouvements sociaux traditionnels, puis de l’émergence de nouveaux mouvements sociaux.

Corrigé

Introduction

  • De l’étranger, la France est souvent perçue comme le pays des grèves et de la contestation, où les mouvements sociaux jouent un rôle crucial. Ils désignent des actions collectives visant à transformer l’ordre social et peuvent mobiliser des groupes sociaux, mais aussi des groupes à statut particulier : étudiants, minorités ethniques ou culturelles, laissés-pour-compte (sans logement, privés d’emploi…). Ils se manifestent à l’occasion de conflits sociaux en rendant visibles les rapports de domination qu’ils contestent.
  • On assiste a priori à un recul global des mouvements sociaux. Mais il s’agit plutôt d’une mutation de ces derniers, grâce à l’émergence de nouvelles formes de protestation.

I. L'affaiblissement des mouvements sociaux traditionnels

  • Les mouvements traditionnels ayant structuré l’action collective depuis le xixe siècle en France, les partis politiques et les syndicats, connaissent une baisse significative du nombre de leurs adhérents depuis les années 1970 (document 1). Les pratiques militantes qu’ils supposent sont moins valorisées et plus intermittentes. Les fruits de leurs actions, respectivement la participation électorale et les conflits sociaux, sont également en recul marqué.
  • Ainsi, l’abstention électorale a régulièrement augmenté, alors que le nombre de jours de grève est passé du pic de 4 millions du milieu des années 1970, à moins de 250 000 au milieu des années 2000 (document 2). De plus, dans les années 1980 ont eu lieu des actions collectives (infirmières, instituteurs…), desquelles les syndicats étaient absents. Ces derniers, dont l’action repose sur des stratégies de mobilisation massive, sont caractérisés par la primauté de la discipline collective sur les initiatives personnelles. Cette manière d'agir correspond moins aux aspirations d’une population plus instruite, plus individualiste, qui souhaite souvent voir les résultats concrets de ses actions.

II. L'émergence de nouveaux mouvements sociaux

  • Pourtant, la population n’est pas moins mobilisée, comme l’atteste la progression de la part des Français déclarant avoir participé à une manifestation (de 25 à 40 % de 1981 à 2008 ; document 3). De nombreux conflits sociaux non encadrés par les organisations syndicales ont également éclaté depuis la fin des années 1980 (document 1), tandis que des émeutes se sont aussi produites dans des quartiers de banlieue. La contestation est toujours présente, mais elle s’organise différemment, avec des organisations plus souples et plus informelles.
  • Ces nouvelles modalités de mobilisation ont conduit à les qualifier de « nouveaux mouvements sociaux ». Ils permettent de faire coïncider l’envie d’engagements individuels et limités, émanant d’une population plus individualiste et autonome motivée par la morale, avec la nécessité d’une action collective. En ce sens, ces nouveaux mouvements sociaux modernisent et renouvellent l’action collective.

Conclusion

Les mouvements sociaux sont en mutation depuis la fin des années 1970. Les mouvements de masse liés à la société industrielle reculent, alors que se mettent en place de nouvelles formes de contestation sociale, adaptées à la population de la société postindustrielle.