Les politiques de l'emploi

Merci !

Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES | Thème(s) : Travail, emploi, chômage
Type : Dissertation | Année : 2015 | Académie : Nouvelle-Calédonie


Nouvelle-Calédonie • Novembre 2015

dissertation • 20 points

Les politiques de l’emploi

 Les politiques visant à renforcer la flexibilité du marché du travail sont-elles suffisantes pour lutter contre le chômage ?

Document 1 Évolution du taux de chômage et du taux de croissance du PIB en volume entre 1975 et 2013 en France (en %)

sesT_1511_11_02C_01

Source : Insee, 2014.

Document 2 Indice de flexibilité du marché du travail1 et taux de chômage structurel2 en % (2000-2007)

sesT_1511_11_02C_02

Source : Mathilde Lemoine, Étienne Wasmer, « La mobilité des salariés », Rapport du Conseil d’analyse économique, 2010.

1. Indice de flexibilité du marché du travail : indicateur du degré de flexibilité du marché du travail calculé par les auteurs du rapport. Plus l’indice est élevé, plus la flexibilité du marché du travail est forte.

2. Chômage structurel : forme de chômage provoqué par une inadéquation de l’offre et de la demande de travail due aux structures de l’économie.

Document 3 Structure des dépenses (en %) des politiques du marché du travail par catégories

sesT_1511_11_02C_03

Source : Dares, 2014.

Document 4 Montant des allègements de cotisations sociales des entreprises pris en charge par l’État en France (en milliards d’euros)

Années

Montant des allègements en milliards d’euros

1992

1,9

1993

3,4

1994

4,7

1995

6,2

1996

9,9

1997

11,5

1998

11

1999

11,8

2001

18,2

2002

19,4

2003

19,6

2004

20,1

2005

21,1

2006

23,9

2007

27,1

2008

30,7

2009

29,9

2010

30

2011

28,3

2012

27,6

Source : Acoss-Urssaf, 2013.

Note de lecture : en 2012, les entreprises françaises ont bénéficié d’allègements de cotisations de sécurité sociale pour un montant total de 27,6 milliards d’euros.

Les clés du sujet

Entrer dans le sujet

La flexibilité du marché du travail désigne la capacité de l’offre de travail (exprimée par les actifs) et de la demande de travail (exprimée par les employeurs) à s’adapter quantitativement et qualitativement aux fluctuations de l’activité économique.

Le chômage désigne la situation d’un actif disponible sans emploi et qui en recherche un activement.

Dégager la problématique

Les politiques de flexibilité du marché du travail peuvent permettre, sous conditions, de lutter contre le chômage structurel, mais elles sont insuffisantes pour remédier à la diversité des formes de chômage.

Exploiter les documents

Document 1

Ce graphique montre l’évolution du PIB réel et du taux de chômage en pourcentage en France entre 1975 et 2013. Certaines périodes révèlent une corrélation positive entre les deux évolutions, comme à la fin des années 1990 où les années d’expansion coïncident avec une baisse significative du taux de chômage, tandis qu’en 2009 la récession s’accompagne d’une aggravation du taux de chômage.

Document 2

Ce graphique permet de mesurer pour quelques pays le lien entre l’indice de flexibilité du marché du travail et le taux de chômage structurel en pourcentage entre 2000 et 2007. Si en Espagne fort taux de chômage structurel et flexibilité faible semblent aller de pair, tout comme faible taux de chômage et flexibilité forte en Autriche, la dispersion des points évoque une corrélation faible.

Document 3

Ce graphique nous informe sur l’évolution de la structure des dépenses en pourcentage des politiques du marché du travail entre 2000 et 2011 en France. Les dépenses actives recouvrant les catégories 2 à 7 constituent environ un tiers des dépenses totales depuis 2003, tandis que la part des dépenses passives (catégories 8 et 9) est majoritaire.

Document 4

Ce tableau porte sur l’évolution entre 1992 et 2012 des allègements de cotisations sociales des entreprises prises en charge par l’État en France en milliards d’euros. Ils connaissent une augmentation presque continue entre 1992 et 2008, mais ont tendance à légèrement diminuer depuis 2009.

Définir le plan

Nous expliquerons qu’une plus grande flexibilité du marché du travail peut permettre de réduire le chômage structurel avant de montrer la nécessité de mettre en œuvre d’autres politiques de l’emploi.

Corrigé

Corrigé

Introduction

François Hollande a annoncé en janvier 2016 plusieurs mesures pour endiguer la forte hausse du chômage, qui reste une des priorités de son quinquennat. Le chômage désigne la situation d’un actif disponible sans emploi et qui en recherche un activement. De nombreux pays ont fait le choix de politiques de l’emploi centrées sur une plus grande flexibilité du marché du travail, consistant à renforcer la capacité de l’offre de travail et de la demande de travail à s’adapter quantitativement et qualitativement aux fluctuations de l’activité économique. Dans quelle mesure ces politiques peuvent-elles permettre de combattre le chômage ? Nous expliquerons qu’une plus grande flexibilité du marché du travail peut permettre de réduire le chômage structurel avant de montrer la nécessité de mettre en œuvre d’autres politiques de l’emploi.

I. Les politiques de flexibilisation du marché du travail peuvent permettre de combattre le chômage structurel

1. Des fondements néoclassiques

Pour les économistes néoclassiques, le marché du travail est un marché comme les autres où s’ajustent offre (émanant des actifs) et demande de travail (exprimée par les employeurs). De trop fortes rigidités l’empêchent de fonctionner correctement : on voit alors apparaître un excédent d’offre sur la demande donnant naissance à un chômage structurel. En France, la hausse du taux de chômage de plus de deux points entre 1983 et 1988, concomitante d’une reprise de la croissance (document 1), tend à accréditer la thèse d’un chômage lié aux structures de l’économie.

Selon les économistes les plus libéraux, il existe plusieurs formes de rigidités sur le marché du travail. Il peut s’agir d’une législation trop contraignante concernant l’embauche ou les licenciements qui n’incite pas à la création d’emplois. Les interventions des syndicats ou de l’État peuvent aussi favoriser les rigidités à la baisse du taux de salaire réel. L’ajustement ne pouvant pas se faire par les prix, il se fait par les quantités, créant du chômage qualifié de « classique ».

Pour faciliter l’appariement entre offre et demande de travail, les économistes néoclassiques préconisent d’introduire davantage de flexibilité, censée permettre aux entreprises de mieux maîtriser le coût du travail et in fine de créer des emplois.

2. Les politiques de flexibilisation pour soutenir l’emploi

La flexibilité peut être salariale, elle consiste alors à alléger le coût du travail, en particulier celui des actifs les moins qualifiés ayant une productivité faible. Les allègements de cotisations sociales qui, en France, ont été multipliés par 16 entre 1992 et 2008 en sont des illustrations (document 4). L’ajustement entre offre et demande peut également reposer sur des mesures fluidifiant le marché du travail : des licenciements facilités, des possibilités de recours à des emplois à durée limitée ou encore la création de dispositifs d’adaptation du temps de travail aux besoins (heures supplémentaires, annualisation). En Autriche, la forte flexibilité du marché du travail coïncide avec un taux de chômage structurel inférieur à 5 %, contre 11,5 % en Espagne, pays caractérisé par de fortes rigidités (document 2).

La flexibilité peut être qualitative, il s’agit de développer l’adaptabilité et la polyvalence des salariés par des formations adaptées. En France, des programmes sont proposés aux moins qualifiés afin d’augmenter leur employabilité. Ces mesures dites « actives », devant favoriser le retour à l’emploi, représentent en France près d’un tiers des dépenses totales du marché du travail depuis 2001 (document 3).

II. Mais ces politiques de l’emploi doivent être accompagnées d’autres types de politiques de l’emploi

1. La flexibilisation du marché du travail a des effets limités

Le lien entre flexibilité accrue du marché du travail et faible taux de chômage est loin d’être mécanique. Par exemple, entre 2000 et 2007, la Norvège et l’Irlande ont des taux de chômage structurel inférieurs à 5 %, alors que la rigidité de l’emploi y est maximale (document 2). Les allègements de charges en France qui dépassent les 18 milliards d’euros dans les années 2000 (document 4) n’ont pas empêché le taux de chômage de passer de 7 % à 9 % environ entre 2001 et 2006 (document 1).

Les mesures de flexibilisation du marché du travail peuvent générer des effets pervers incitant les entreprises à maintenir de bas salaires ou à créer des emplois à durée déterminée. En Allemagne, le dynamisme du marché du travail tend à occulter la dégradation des conditions de vie des actifs les moins qualifiés. Par ailleurs, quand les allègements de charges patronales sont compensés par de la TVA sociale, les ménages les plus pauvres qui consacrent une partie plus importante de leur revenu disponible à la consommation vont voir leur niveau de vie diminuer. Au final, la diminution de la demande globale induite par ces politiques peut nuire à l’emploi.

2. D’autres politiques de l’emploi doivent être menées

Keynes remet en cause le modèle néoclassique. En l’absence de rigidités sur le marché du travail, il n’existe pas de mécanisme régulateur garantissant le plein-emploi. Le chômage trouve son origine dans une insuffisance de la demande anticipée en biens et services. Ce manque de débouchés en période de ralentissement économique conduit ainsi les employeurs à diminuer leur demande de travail.

Pour lutter contre ce chômage conjoncturel, toute mesure de flexibilisation accrue sera inefficace. Il faut au contraire mener des politiques de soutien à la demande globale, c’est-à-dire des politiques de relance se traduisant par une hausse des dépenses publiques ou par un accroissement du niveau de vie des ménages. L’objectif est d’atténuer la récession en limitant la baisse de la consommation et de l’investissement, composantes de la demande globale. En France, après une baisse du PIB réel de 3 % en 2009, on assiste à une reprise de l’activité économique et à une baisse du taux de chômage de 0,5 point entre 2010 et 2011 faisant suite au plan de relance 2008-2009 (document 1).

Les politiques de l’emploi dites « passives » qui concernent le financement des indemnités chômage et les dispositifs d’incitation au retrait d’activité ne doivent pas être négligées. Par exemple, en France en 2011, les mesures « passives » s’élèvent à 60 % des dépenses totales liées au marché du travail (document 3). L’assurance-chômage permet d’assurer un traitement social du chômage en maintenant le niveau de vie des actifs privés d’emploi.

Conclusion

Les politiques de flexibilisation du marché du travail, sous ses différentes formes, peuvent favoriser la diminution du chômage structurel. Mais, d’une part, elles n’ont pas toujours les effets escomptés et, d’autre part, elles peuvent contribuer à dégrader le contexte économique. Plus encore, elles s’avèrent incapables de lutter contre le chômage conjoncturel qui nécessite des politiques de soutien à la demande.

La question du chômage est complexe. Il reste sans doute des voies à explorer, à l’instar du Canada qui expérimente différentes politiques sur des petits territoires avant de choisir le type de politique de l’emploi à généraliser.